L'école
pour tous
L'intégration scolaire des élèves handicapés, même si ses principes
n'ont été définis qu'en 1975, retrouve un principe fondateur de l'école
républicaine et, au-delà, l'héritage des Lumières et de la Révolution
de 1789 le droit de tous à l'instruction comme garantie de l'égalité
juridique des citoyens .
Dans ce contexte, il faut alors veiller à ne pas dissocier voire opposer
les différents publics en risque d'exclusion en les traitant comme des
minorités concurrentes ce n'est jamais au titre de sa différence qu'un
enfant peut faire valoir son droit à l'école, mais bien au contraire
parce que, avant d'être un handicapé, un immigré, un cas social ou un
surdoué, il est un enfant à qui sont reconnus des droits.
L'effort d'intégration constitue donc toujours plus ou moins une forme
de discrimination positive qui conduit à déstandardiser l'action éducative
pour la rendre possible Pour les jeunes handicapés, la scolarisation
revêt alors inévitablement des formes variées et souvent complexes temps
partiel, aménagements horaires, coordination avec des soins, adaptation
des exigences, etc- Sa forme idéale, l'intégration individuelle dans
une classe ordinaire, est très coûteuse pour l'élève concerné
qui doit le plus souvent assumer seul sa singularité de handicapé dans
un univers conçu et organisé par et pour des bien-portants. C'est pour
le décharger un peu de ce surcoût, autant matériel et physique que psychique,
qu'a été imaginée, il y a maintenant pres de quinze ans, dans les Bouches-du-Rhône,
la fonction d'auxiliaire d'intégration.
La première mission de l'auxiliaire est en effet d'apporter à l'élève
le maximum de sécurité et de confort pour l'étude tout en allégeant
sa dépendance à l'égard de son entourage. Mais, l'accompagnement par
un auxiliaire n'est pas indispensable à tous les élèves handicapés et
ne doit s'envisager que dans des situations clairement identifiées.
Sans cela, la présence de l'auxiliaire risque de recréer une nouvelle
forme de dépendance et donc d'aliénation.
Pratiquement, la tâche de l'auxiliaire est difficile : il lui revient
d'ajuster son action, de n'en faire ni trop ni trop peu et de reconsidérer
périodiquement ce réglage d'attitude. La fonction se caractérise donc
par l'originalité d'une combinaison inévitable entre des tâches souvent
très peu qualifiées et une analyse critique permanente de son action
qui suppose beaucoup d'intelligence et de maturité. Cette particularité
rend indispensable un encadrement professionnalisé et un accompagnement
psychologique des auxiliaires qui doivent sans cesse marquer leur territoire
-mais pas trop cependant - dans une constellation d'acteurs eux-mêmes
surimpliqués - parents, enseignants, soignants - et dans un contexte
saturé d'affectivité.
Pour ces raisons, le "métier" d'auxiliaire d'intégration n'en est
peut-être pas un au sens habituel du terme. L'activité des auxiliaires
est actuellement expérimentée dans le cadre du dispositif Emploi-jeunes.
De l'observation minutieuse de cette expérimentation se dessinera peut-être
une nouvelle forme de travail social, diversifiée selon l'âge de l'enfant
ou de l'adolescent, selon son niveau de scolarité et surtout en fonction
du désavantage lié à son handicap. L'important est d'imaginer un dispositif
généralisable, pérenne et offrant à ceux qui le font exister une expérience
capitalisable dans leur propre parcours de professionnalisation.
Ainsi, une fois de plus, il sera démontré que l'attention portée par
la collectivité à ceux de ses membres que le destin a défavorisés constitue
pour tous une source d'enrichissement insoupçonné.
José Puig
Inspecteur d'Académie