Les différences entre " élève en difficulté " et " élève en échec "

Vous trouverez sur cette page quelques courriers émanant de professionnels de l'enseignement spécialisé reçus sur la liste @ideeleves. Ils sont reproduits avec l'autorisation de leurs auteurs. Merci à eux.

Je vois souvent écrit indifféremment "élève en difficulté" ou "élève en échec", chaque terme renvoyant la plupart du temps, dans l'esprit de l'auteur (ou dans l'esprit du lecteur visé), à une seule et même réalité. Qui fait le distingo entre "élève en difficulté" et "élève en échec" ? Et en quoi consiste cette différence ?
Arsom

En réponse à Arsom, voilà comment je ressens échec et difficulté, ça n'a rien de scientifique, et je réponds à brûle pourpoint, j'attends les réponses des collègues ... Tous les élèves que j'ai accueillis en SES SEGPA sont en échec, c'est à dire qu'ils ne réussissent pas dans le système "normal". Echec s'opposant à réussite. Cet échec ils le ressentent ou l'ont pratiquement tous ressenti d'une manière ou d'une autre. Il est même intériorisé: dans leur esprit leur non-réussite trouve sa cause en eux, jamais ils ne vont penser que c'est parce qu'on ne leur a pas donné les clefs pour apprendre...Il me semble que le regard d'autrui joue un rôle prépondérant dans ce sentiment inéluctable d'échec. D'ailleurs ce n'est pas parce qu'ils sont en SEGPA que ce regard change (les élèves "normaux" comme ils disent ne se privent pas de leur > faire ressentir, les profs du collège de même - je ne m'étendrai pas sur ce point). Ils sont en échec parce qu'ils ont de grosses difficultés d'apprentissage (dont les causes sont multifactorielles). Nous devons travailler donc sur les deux fronts : d'une part celui de restaurer l'estime de soi afin d'éradiquer ce sentiment d'échec et les mettre en situation de réussite, d'autre part celui de travailler sur leur difficultés d'apprentissage. Il me semble que ces élèves sont conscients de leur échec, alors qu'ils ne sont pas conscients de leurs difficultés d'apprentissage.

Frédérique


Pour ma part je me situe du côté de l'apprenant : son attitude devant la tâche .. Echec enverrait à une notion d'abandon, fuite ou travail bâclé, difficulté lorsque l'élève essaie. Philippe Meirieu établit le parallèle dans un de ces ouvrages (j'ai perdu la référence).

Paul


Pour ma part, j'utilise la distinction entre ces deux notions surtout pour indiquer une différence d'écart entre l'enfant et son groupe-classe. Un élève de CM2 qui a un "niveau CP" n'est plus "en difficulté", mais "en échec"... Forcément, ça joue sur le degré de conscience qu'a l'enfant de ses "difficultés" : plus il est "loin" des autres, plus il en a une conscience aiguë - sauf pathologie spéciale (et encore ?)... Ceci dit, j'ai tendance à penser que les enfants ont presque toujours une conscience, au moins confuse, de leurs difficultés... Même avant de "décrocher" totalement par rapport à leur classe... Il est vrai que certains "dénient", mais ça, c'est une autre histoire...

Daniel


Personnellement, j'ai tendance à penser qu'un enfant est en échec lorsqu'il ne parvient plus à trouver un étayage dans le groupe auquel il appartient. Elle correspond à ce que je nomme l'abandon intérieur, la perte de toute motivation... Pour prendre un exemple concret, je pense que certains enfants sont en échec dans une classe du fait de l'écart qui existe entre leur ZPD et celle des autres, mais cet écart peut se réduire par la pédagogie dispensée ou l'aide apportée.

Jean-Michel


Je crois qu'on peut entrer dans c'débat sur "en difficulté" ou "en échec" par le "?" qui suivait dans mon texte. C'est d'l'indication dont nous parlons. Ou plutôt de l'ensemble de signes récoltés qui nous conduit à poser/penser ce "diagnostique". Et après ? Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir en faire ? En échec, en difficulté, en galère, en dicapé, englué dans des signifiants parasites, dys...quelque chose, autiste, inadapté,... j'en passe et d'aime ailleurs ! Cet enfant là, il est tout ça... plus ce que NOUS en avons fait en le mettant sous le microscope. En l'objectivant. (en tentant de l'objectiver) Test, évaluation, contrôle, .. lève la patte.. fait le beau... ouvre la bouche... tire la langue... dit 33... Je ne relance pas le débat sur la nécessité de "l'état des lieux" (je préfère cette expresion à celle de diagnostique car elle inclue, plus précisément je crois, avec la notion d'espace propre au lieu, l'ensemble des personnes et des situations qui ont permis qu'un "tableau" soit dressé de cet enfant là.) Ensuite, comme nous sommes aussi dans le tableau, on parle de notre difficulté, de notre échec, .. nos limites. S'il'y'a un papillon dans l'tableau, son battement d'aile peut produire.. un typhon à Hiroshima ? Qui est dans le tableau ?

Pascal

Page précédente Retour au sommaire