" Lorsqu'un élève est en difficulté dans l'apprentissage de la lecture, je .. "

La fiche synthèse de Pierre PUDDU

Je cherche les moyens de le mettre rapidement en situation de réussite.

1 Je ne l'oblige (évidemment) pas à lire à haute voix devant les autres élèves.
2 Je trouve avec lui un texte à sa portée qu'il lira à un groupe ou à toute la classe.
Dans des textes qui lui plaisent avec un minimum de difficultés de vocabulaire, de sons et de syntaxe complexes ou bien je lui écris un texte sur mesure sur le thème de son choix, avec redondance et mise en page adaptée. Ce texte est préparé en classe et avec les parents et l'enfant choisit le jour où il est prêt à le lire en classe. Je pense que cette première réussite est capitale.
3 Je cherche s'il a acquis le principe alphabétique. ( quelques sons ) S'il connaît les syllabes simples ( CV une lettre par phonème puis cc )
4 Je teste sa conscience phonologique avec par exemple le jeu : Quand Mr Torr dit "sapin" , Mme "Or" dit " pain"
5 Je lui fais lire des pseudo-mots pour masquer l'effet de mémoire, connaissance globale des mots. exemple pseudo-mots analogiques gabane, gitron, ... il doit inhiber cabane, citron.. puis gaton, bicane par exemple qui n'ont pas de voisin existant.
6 Je lui apprends à : chercher le point de fin de phrase dans un texte avant de la lire. trouver qui fait quoi dans chaque phrase trouver ce que remplace les "il" etc Je lui demande de relire s'il n'a pas compris la phrase.
7 Je lui demande d'écrire des histoires ou des phrases souvent: écrire pour mieux lire. Je lui donne (souvent au début) un secrétaire pour le libérer de l'orthographe.
8 Je lui apprends à repérer les marques orthographiques dans les mots qui font qu'ils ne suivent pas le code phonème/graphème.
9 Je lui demande d'épeler les mots pour les apprendre yeux ouverts, yeux fermés puis de les écrire sans modèle, éventuellement yeux fermés.( voir M. Barrios)
10 Je lui fais lire des mots écris à l'envers ( avec un logiciel de dessin c'est facile à faire.)
11 Je lui demande de raconter ce qu'il a lu, reformuler ( pas réciter car la mémoire n'est pas une alliée pour la compréhension.)
12 Je demande au rased et aux parents d'aller dans le même sens que moi. exemple on appelle les lettres par leur nom (bé,cé, dé etc) pas par leur son. Ça a des inconvénients exemple écrire mer mr amis plus d'avantages ; Je suis contre faire prononcer des sons imprononçables ( consonnes ) Les lettres sont des graphies auxquelles on donne un nom , pas des sons.
13 Je fais constater à l'enfant que s'il est en échec en lecture, il peut être doué en géométrie ou autre.
14 j'allais oublier : je surveille son écriture ( calligraphie) : les m et n, s et r, a et o etc mal dessinés sont souvent signes de flou dans leur discrimination
Cette liste est incomplète. Mes propos insistent sur la connaissance du code. Cependant la compréhension est l'objectif final.
Les enfants adorent jouer avec les sons, les mots, inventer et les activités qui sont parfois cataloguées comme non porteuses de sens, en ont un. Elles sont ludiques (pas de surcharge) leur finalité est évidente ; Dès que l'enfant sent une aisance naissante, il reprend confiance, mais cette confiance peut s'étioler; il faut être vigilant.
La reconnaissance automatisée des mots est pour moi la garantie d'un succès futur, au collège, car là il faudra lire des textes plus difficile où le contexte sera inconnu et où deviner sera presque impossible. Je pense que l'idée qui voudrait que les enfants puissent emmagasiner visuellement les mots sans passer par leur son et le décodage oblige les enfants à employer clandestinement une voie sans voix qui est anti-naturelle. Evidemment la plupart apprendront contre la méthode, ... la justifiant. Je pense qu'il ne faut pas passer trop de temps à analyser les différents types d'écrits au cycle 2 : Le point de départ est pour moi les mots, pas les textes. A débattre, je suppose !
Ma réponse est sûrement bien longue mais il ne peut pas y avoir de réponse simple - et je ne prétends pas détenir LA solution - pour des enfants qui ont derrière eux plusieurs années d'échec. ( J'ai des CE1/CE2 ) Je pense ici parler d'enfants qui ne sont pas en grande difficulté, qui peuvent les surmonter avec de l'aide.

Marc


mais aussi.. ça parait si évident et pourtant... je m'assure qu'il n'existe pas de problème d'audition ou de vision...

Jean-Charles


Je m'informe auprès de lui sur ses centres d'intérêts et je cours avec lui à la BCD chercher les livres suceptibles de l'intéresser.... Ensuite je fais ma petite cuisine avec quelques albums sélectionnés... Mais ceci n'est qu'une proposition!!!

Françoise


Dans un premier temps, je fais des investigations (qualité du langage, capacité à inférer, tests pour évaluer les compétences déjà acquises (médial, E-20, conscience phonologique, capacité à émettre des hypothèses et à les vérifier, motivation, projet de lecteur personnel et familial, savoir si l'écrit représente quelquechose puis ... je lui propose des jeux du genre 'les mystères de Pékin", je lui lis des histoires, je lui propose d'en raconter à partir d'images séquentielles ou les "1001 contes" (lien avec la classe), on résoud des énigmes (avec support texte) et à la fin de chaque séance je lui propose d'apprendre les gestes de la BOREL qu'un enfant un jour a appelé 'le livre magique'.(La Borel est pour moi, une autre entrée possible ou un appui supplémentaire pour l'apprentissage de la combinatoire) Les jeux sont utilisés pour pousser la motivation, les mystères de pékin par exemple sont bien pour montrer le rôle de l'écrit (lire pour jouer par exemple). Si la motivation n'est vraiment pas probante j'utilise la simulation globale. Ou alors on utilise l'informatique pour travailler sur une médiation différente.

Marie-Christine


Suis peut-être encore un peu jeune dans le métier, mais j'évite de le taxer de dyslexique primaire, je cherche à comprendre quelles sont les compétences de lecture qui lui font défaut, et j'essaie de bâtir un projet de lecture avec lui, projet qui ait un peu de sens pour l'aider à réussir, et pour essayer de comprendre avec lui ce qui le fait échouer au bord du grand large de la découverte par la lecture.

Jean-Pierre


Signes ou symptômes de non lecture
 
Les déchiffreurs mauvais compreneurs n’ont pas une démarche active de compréhension face à l’écrit
- Ils n’explorent pas le document, ont une lecture linéaire, à la " pêche aux mots difficiles " - Ces enfants sont des déchiffreurs exclusifs, ils passent toujours par l'oralisation ou la subvocalisation pour identifier les mots, même les plus évidents. - Pratiquant un décodage linéaire suivant le découpage évident du texte, Ils mobilisent toutes leurs capacités sur le mot qui vient. - La suite de mots oralisés ou subvocalisés peut ainsi s'évanouir sans traces signifiantes.
Ils ne mobilisent la plupart du temps pas leurs connaissances, - ils n’arrivent pas à cadrer le thème du texte - Le thème est la plupart du temps inconnu (problème du contexte) Ils sont persuadés que quand on lit on doit tout extraire de l'écrit, l'enseignement tendant le plus souvent à les dissuader de recourir à ce qu'ils pourraient savoir par ailleurs et l'effort qu'ils font les empêchant de mobiliser simultanément d'autres connaissances.
Ils fixent leur attention sur les détails et sont incapable de dégager le noyau du texte L'oralisation produit alors dans le meilleur des cas, une signification ponctuelle sans le rapport au contexte qui définit les nuances de sens.
Leurs stratégies sont limitées, - ils n’anticipent pas, - ne reviennent pas sur ce qui a posé problème, - ne font pas les inférences, - ont des problèmes avec les anaphores, - n’arrivent pas à traiter les informations en s’aidant des connecteurs logiques Sans conscience du fonctionnement syntaxique, sans schèmes syntaxiques suffisamment prégnants pour ordonner en signification les mots oralisés, ils sont souvent contraints d'accumuler les mots reconnus jusqu'à saturation de leur mémoire immédiate. - Ne percevant pas les relations qui peuvent unir ce mot aux autres, ils ne sont pas conscients qu'ils l'isolent pour l'oraliser.
L'enfant croit avoir lu, mais il n'a rien compris, c'est la lecture à vide

Cette pratique de lecture stérile en se reproduisant entraîne une frustration.

Comment trouver plaisir à lire quand on fait de tels efforts pour retirer si peu de sens de l'écrit ?


Frédérique Mattéi

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