Courrier de Martial Prévot du 25 Avril 2000

Ce courrier s'inscrit dans une discussion sur les différences entre signe et symbole et le travail sur les symboles qui peut être mené par le rééducateur .

En m'aidant du savoir que m'ont transmis mes formateurs de Strasbourg et du site (http://french.chass.utoronto.ca/linguistique/sentiers/langue/intro.htm) qui pourrait nous aider à avancer dans notre reflexion concernant la capacité de symbolisation de l'enfant, je (Martial - rééducateur depuis 3 ans) vais essayer de vous expliquer comment je l'ai compris :
En prenant comme base de reflexion la célèbre scène décrite par Freud concernant son petit fils manipulant une bobine de fil, (Ce dernier s'amusait à lancer une bobine attachée par un fil en disant : "Fort" (part !) -> il la lançait ; "Da" (Revient !) -> il la faisait revenir à lui) ; l'enfant avait démontré à Freud sa capacité à symboliser par un jeu ce qu'il avait du mal à accepter en réalité. En jouant de cette façon, il continuait de posséder le pouvoir sur sa mère afin de la faire revenir ; à défault de pouvoir de faire réellement. Il avait donc symbolisé sa mère par un objet ; ce qui pouvait le rassurer et accepter son absence.
Il en va de même pour le "doudou", que l'enfant exerce une action sur lui ou non. (Pour en savoir plus sur ce phénomène il faut se référer à Winnicot et à son concept "d'objet transitionnel").

En fait, ce qu'il faut retenir de ce jeu de bobine est que l'absence de la mère permet la naissance du concept "symbole" chez son enfant : sa mère est absente => il éprouve un manque, une insatisfaction => il est obligé de trouver un moyen pour satisfaire son désir (j'écris désir et non besoin car ce dernier doit être satisfait pour continuer à vivre alors qu'un désir peut très bien ne pas être satisfait sans avoir de concéquence directe sur la santé physique) => il trouve donc le moyen de la symboliser par un objet.

Par contre, si le besoin de manger ou de boire n'est pas satisfait, l'enfant pourra symboliser ce manque pour le combler momentanément mais il faut absolument que ce besoin soit comblé à un moment ou à un autre car l'enfant ne peut pas symboliser continuellement une fonction vitale :
Au début du manque, l'enfant pourra se rendormir mais plus le temps passe, plus ce besoin devient important au point de plus pouvoir le symboliser. Ne vous est-il pas déjà arrivé de vous relever la nuit pour aller boire par exemple ? (ou aller aux toilettes...)

Evidemment, tout le travail de la mère consiste à faire la différence entre besoin et désir afin que son enfant puisse construire le concept de symbole (Signal qui, de par sa forme ou sa nature évoque spontanément dans une culture donnée quelque chose d'abstrait ou d'absent) ; puisqu'un désir ne doit pas être satisfait immédiatement pour que l'enfant puisse se construire des images mentales et un besoin doit être satisfait le plus rapidement possible pour que l'enfant ne détruise pas le concept de symbole qu'il est en train de se construire.
Je m'explique : l'enfant ne fait pas la différence entre besoin et désir ; si un besoin est inassouvi, il pensera que le fait de se construire des symboles n'est pas valable puisqu'il ne parvient pas à se fabriquer une image mentale lui permettant d'accepter ce qui lui manque en réalité.
Si la mère ou son entourage ne font pas attention à cette différence fondamentale entre besoin et désir (parce qu'ils ont des difficultés sociales, financières, ...) L'ENFANT NE RETIENDRA PAS LE CONCEPT SYMBOLE COMME ETANT UN MOYEN EFFICACE POUR COMBLER UNE INSATISFACTION, UN MANQUE.

Maintenant, qu'est-ce que cela a à voir avec le fait d'apprendre à lire, à écrire, à compter : Le Langage nait grâce à une insatisfaction de se faire comprendre -> des symboles (mots) sont alors utilisés par l'enfant et son entourage.
L'enfant produit un rapport entre le référent (l'objet lui-même dans le monde), le signifiant (expression phonique) et le signifié (contenu sémantique : ce que cela signifie pour lui en l'absence du référent.
C'est là que la symbolisation intervient)
(Le rapport entre signifié, signifiant et référent m'est encore difficile à manipuler, si ce que que j'ai tenté d'expliquer n'est pas clair ou incorrect, merci de le rectifier)

L'apprentissage de la lecture et l'écriture étant directement lié à la façon dont l'enfant a intériorisé le langage, on peut comprendre maintenant l'importance capitale de la fonction symbolique.

En fait, le rééducateur, grâce aux jeux symboliques (c'est "pour de faux") qu'il met en scène avec des enfants, permet de développer cette fonction qui est déficiente pour ceux qui sont "en mal" d'apprendre. On joue en quelque sorte comme le petit fils de Freud  : le rééducateur fait prendre conscience à l'enfant qu'il peut se détacher de la réalité qui lui est insupportable.
Par exemple, si l'enseignant est "une peau de vache" ; ce n'est pas un problème pour l'enfant qui peut symboliser , Il prend de l'enseignant ce qui peut l'aider à apprendre, et il peut "le tuer" symboliquement à chaque fois qu'il va en récréation : il l'imite, il verbalise son mécontentement à ses copains, etc..

Voilà, j'espère que cela pourra aider nos reflexions, j'espère aussi avoir des réactions, des commentaires, d'autres témoignages sur ce thème qui est très important...

Martial - http://www.multimania.com/martial

 

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