Entretien avec Didier FESSARD,

porteur du projet AVS, membre d'IRIS Initiative,
à propos des Auxiliaires de Vie Scolaire
 
Propos recueillis  par Thierry Berthou le mercredi 24 avril 2002 au CAT des Genêts d’or à Châteaulin (29) .
 
T : Doit-on dire AVS ou AIS ?

D : Derrière le terme d’A.I.S il y a l’idée d’intégration scolaire qui signifie que l’on les accepte ces enfants mais qu’il n’y a pas une obligation de les prendre.  Avec le terme d’ AVS nous voulons sortir de cette idée pour rentrer dans la vie scolaire, dans quelque chose de normal pour que la vie scolaire de ces enfants se passe dans les meilleures conditions.

T : L’apparition du premier service d’accompagnement scolaire s’est faite en Ille et Vilaine à l’initiative d’une institutrice, mère d’un enfant handicapé , en 1982 , où en est-on 20 ans après ?

D : Vingt ans après nous en sommes à des services dans soixante-cinq départements à peu près. Il y a 2000 jeunes qui font ce métier d’auxiliaire de vie scolaire et 3500 élèves accompagnés .Nous sommes sortis de l’expérimentation qui portait sur une vingtaine de départements mais nous ne sommes pas encore non plus dans la généralisation ni dans la consolidation de tout ça

T : En juin 1999, une vingtaine d’associations, dont celle que tu présides, sont membres de la FNASEPH , pourrais-tu nous en dire davantage sur cette fédération et les buts qu’elle poursuit ?

D : Juste une précision je ne préside pas d’association , le président d’Iris - Initiative s’appelle Emmanuel De la Taille . Mireille Malot en est la déléguée générale . Aujourd’hui  il y a environ 70 associations qui sont dans la FNASEPH . La fédération a deux fonctions principales : la première est d’être un lieu d’échanges, d’expériences ,de travail en commun et d’élaboration : nous avons par exemple élaboré un référentiel de formation . La fédération a également un rôle de groupe de pression pour faire reconnaître l’existence des besoins afin obtenir que les pouvoirs publics reconnaissent la notion de service public et éventuellement de délégation de service public. Enfin elle a un troisième rôle qui est de faire reconnaître un métier avec tout ce que cela implique.

T :Le dispositif s’appuie sur le dispositif des emplois jeunes, comment les actions que tu mènes pourront-elles être pérennisés à l’échéance des cinq ans ?

D : Il faudra, à un moment donné, sortir clairement du dispositif emplois jeunes Celui-ci est en effet soumis à des aléas aussi bien économiques que politiques . Mireille Malot a proposé qu’il y ait un fonds national de financement de l’aide à l’intégration scolaire ou un système de ce type et que l’on crée des emplois de type CDI ou CDD, c’est-à-dire  des emplois de type plus traditionnel que ceux que l’on a aujourd’hui.

T : Quelles relations entre AVS et SESSAD ?

D : Les relations ne sont pas formalisées, ce sont en fait les relations entre membres de la même équipe éducative . Dans certains endroits les Sessad ont un rôle dans la formation des jeunes à l’accompagnement de l’enfant . Ils vont par exemple informer les jeunes sur l’aide que peut apporter un kinésithérapeute ou encore sur des notions de manutention . Nous avons réalisé des statistiques qui montrent qu’il y a seulement 40 % des enfants accompagnés qui sont suivis par un Sessad . Le même type de relations et d’échanges existe avec des libéraux ou avec des professionnels indépendants .Certains seraient sur la position de dire que, comme les métiers d’auxiliaires sont proches des actions d’accompagnement des Sessad,  ils devraient être intégrés dans le même système . J’y vois deux inconvénients : le premier, qui est plus important que l’autre, c’est que les Sessad sont tous sur un champ de handicap donné alors que nos interventions sont multi handicaps, ce qui pourrait générer des problèmes de coordination. Il y a  un  deuxième inconvénient , peut-être un peu moins grave au moins à court terme, c’est que cela  impliquerait des financements avec l’assurance maladie alors que je pense que nous sommes dans un champ qui ne relève pas spécifiquement de l’assurance maladie , mais si la sécurité sociale accepte de payer on ne va pas se battre .
 

T : L’association que tu représentes : IRIS initiative, a signé une convention avec l’éducation nationale et la Fnaseph , peux-tu nous expliquer les modalités et les objectifs de ce partenariat ?
 
D : Les objectifs portaient justement sur la phase expérimentale .Il s’agissait d’expérimenter dans une vingtaine de départements et à grandeur réelle la pertinence du service et la faisabilité de la mise en œuvre par un système associatif sous forme d’un comité interministériel dans chaque département .Nous pouvons dire aujourd’hui que ces objectifs là sont atteints. Il y avait un deuxième type d’objectifs qui étaient de préparer des décisions au niveau politique avec un comité de pilotage interministériel . Là le système est en grande partie défaillant dans la mesure où le comité de pilotage interministériel ne s’est réuni qu’une fois. Suite à cette rencontre une mission a été confiée à Mireille Malot mais nous n’avons pas encore aujourd’hui de bilan de la convention fait avec l’Etat .

T : L’AVS n’a pas de mission de soin ni de mission pédagogique, il est une aide, si j’ai bien compris, qui facilite l’accessibilité à l’école pour des enfants qui sans elle, ne pourraient y avoir accès . Quel est précisément leur rôle ?

D : Nous avons défini leur rôle autour de quatre fonctions . Il intervient quand même, pour situer le cadre de son travail, sous l’autorité d’un employeur associatif extérieur à l’école qui a une convention avec l’école pour l’intervention et il est en classe sous l’autorité du chef d’établissement et des enseignants. Sa mission est d’abord une mission d’accompagnement à la vie quotidienne , aux actes de la vie quotidienne, par exemple la cantine, les toilettes, les prises de notes ,les aides pour tracer des choses etc. Il a également une fonction éducative , pardon une fonction d’abord sur la socialisation qui est justement de ne pas devenir la béquille indispensable mais de permettre au jeune à chaque fois que c’est possible d’être en relation directe avec l’enseignant et les autres élèves. Il a encore une fonction éducative autour des apprentissages, il peut être  une aide à la facilitation d’un certain nombre d’apprentissages sous l’autorité de l’enseignant . Il a enfin une fonction de communication qui est qu’en tant que membre de l’équipe éducative l’auxiliaire doit s’assurer que la mise en œuvre du projet se fait dans de bonnes relations de communication aussi bien avec les parents, l’ enseignant ,les services de soins ,les médecins, les RASED s’il y a RASED et tous les autres acteurs qui sont autour de l’enfant .
 

T : La création des AVS suscite de nombreuses espérances chez les parents. N’y a t-il pas un risque de surenchère dans laquelle on demanderait que ces aides soient formées comme des spécialistes ?

D : Il y a deux risques de surenchère : le premier est de demander systématiquement l’auxiliaire parce qu’il est considéré par les parents comme un moyen de plus de réussir à l’école alors que parfois l’élève n’en a pas besoin . Il y a aussi effectivement le risque sur la sur-spécialisation.  Nous avons une demande de certains parents et de certaines associations liées au domaine du handicap d’en faire des sortes de SESSAD bis ou d’ éducateurs spécialisés bis etc, sans doute parce qu’il manque aussi des moyens en la matière .Nous essayons de freiner cette demande pour rester sur un champ qui quand même demande un niveau de qualification un peu moins élevé .

T : Tous les types de handicaps peuvent-ils être concernés par ce dispositif ?

D : Nous essayons de ne pas raisonner en partant du handicap mais en considérant le fait que ce sont des élèves en situation de handicap qui peuvent être traités . A partir de ce moment là nous ne faisons pas de sélection des handicaps . Par contre dans les temps de mise en œuvre des dispositifs et si on prend par exemple le Finistère où nous sommes aujourd’hui les gens démarrent souvent par le handicap moteur et sensoriel parce que cela paraît plus facile .Assez vite d’autres handicaps sont concernés : nous avons vu ici que les AVS intervenaient pour les troubles du langage, l’hyperactivité, les troubles du comportement ou la déficience intellectuelle. Nous arrivons assez rapidement à couvrir l’ensemble des champs du handicap voire même des besoins éducatifs spécifiques puisqu’ il y a des cas où la notion de déficience au sens médical n’est pas clairement définie mais pour lesquels nous savons qu’un accompagnement humain est utile .

T : L’AVS est une réponse humaine à des besoins particuliers, cette aide peut-elle être ou devenir une réponse technique et/ou médicale ?

D : Principalement humaine : l’idée est de dire que l’on met à l’école une personne qui pourrait faire ce que la famille ,les parents pourraient faire s’ils avaient temps de le faire et s’il était jouable de les mettre dans l’école .

T : C’est vraiment l’idée de compensation

D : Cette aide peut avoir de temps en temps quelques aspects paramédicaux. Par exemple quand il s’agit de jeunes qui font des aspirations endo-trachéales ou ont d’autres besoins nécessitant d’autres interventions techniques .Elle peut être une aide à la réflexion sur l’aménagement dans la classe . Mais les auxiliaires ne sont pas des spécialistes de la question , ils vont plutôt aller chercher les informations techniques pour les apporter à la classe .

T :  Certains AVS en poste souhaitent intégrer la fonction publique et ainsi avoir le statut de fonctionnaire . Qu’en penses-tu ?
 
D : Je pense tout d’abord que ce n’est pas aberrant puisque nous avons bien dit que nous nous inscrivions dans une fonction de service public et que le service public peut être assuré de deux manières : soit il est assuré directement par la fonction publique qui s’en donne les moyens,  soit il y a une délégation claire de service public avec les contraintes que cela pose.  C’est à dire que  si l’on confie un projet à une association il faut le faire avec un cahier des charges défini et valider le fait que cette association est capable de le mener à bien.  Il y a un financement mais par contre on doit contrôler que l’argent est bien destiné à ce pourquoi il est fait . Je peux comprendre que les auxiliaires demandent à rentrer dans la fonction publique mais pour ma part je pense qu’il est préférable de rester dans le système associatif . Le système purement éducation nationale a des limites ,nous  avons pu le tester la semaine dernière à Chartres où les auxiliaires étaient assez isolés et où il n’y avait pas de système de suivi vraiment formalisé . On demande aux secrétaires CCPE de le faire mais je ne suis pas sûr qu’ils aient vraiment le temps de le faire . Ils n’ avaient pas vraiment les moyens de mener des actions de formation puisqu’il s’agit là d’une compétence justement du domaine associatif . J’ai noté également un manque de souplesse puisque le contrat type des aides éducateurs a été quand même modifié en disant que tous les ans l’affectation du jeune pourrait être changé si les besoins de l’enfant avaient évolué et qu’il pourrait même être modifié en cours d’année et ça c’est déjà assez difficile dans un système administratif . Par contre il y a d’autres avantages, dans les cas par exemple où l’accompagnement de l’enfant ne nécessite pas beaucoup de temps les AVS peuvent jouer un autre rôle que leur rôle d’aides éducateurs et que donc ils ne sont pas à ne rien faire soit chez l’employeur soit dans la  classe à attendre pour rien . Les deux systèmes ont des avantages et des inconvénients . En ce qui me concerne je table plutôt sur la solution associative  qui me paraît plus souple . En fait on constate que dans les endroits où l’on a combiné les deux nous arrivons  à de bonnes choses. C’est à dire que nous avons des aides éducateurs qui sont efficaces  et des auxiliaires associatifs qui donnent la souplesse que n’ont pas les aides éducateurs. En terme de statut ce sont des personnes qui ont des statuts différents mais en terme de fonctionnement il s’avère que c’est plutôt une bonne solution pour les enfants.

T : Quelles sont les principales difficultés que tu rencontres toi  dans ta mission aujourd’hui ?

D : Il y a d’abord le développement trop rapide de l’affaire.  Même si nous n’avons pas poussé au développement il est très rapide . Lorsqu’ il y avait vingt et quelques départements nous pouvions dire que nous étions bien au courant de ce qui se faisait et que l’on pouvait passer les infos correctement . Avec soixante-cinq nous ne le faisons pas dans de très bonnes conditions alors l’information est un peu hétérogène. La deuxième difficulté réelle vient du fait  que l’acteur normal à terme de ça c’est la FNASEPH et que la FNASEPH fonctionne uniquement avec des bénévoles . Les bénévoles n’ont pas tout le temps qu’il faudrait pour suivre alors qu’ il faudrait maintenant qu’ils prennent le relais réellement. Il y a une autre difficulté, qui ne concerne pas seulement ma mission, c’est je dirai le discours ambigu des pouvoirs publics qui à la fois disent c’est génial il faut faire etc. et puis en fait les décisions ne suivent pas. Mireille Malot a par exemple rendu son rapport l’an dernier et nous attendions derrière la sortie d’une circulaire d’application. Cette circulaire n’est toujours pas sortie et je pense qu’elle ne sortira pas avant qu’un nouveau gouvernement soit mis en place . C’est quand même un peu perturbant pour avancer correctement .

T : est-ce qu’il y a une question que je ne t’ai pas posée et à laquelle tu souhaiterais quand même répondre

D : Ce n’est pas vraiment une question mais plutôt une affirmation : je pense que nous avons démontré maintenant que le dispositif répond à un vrai besoin même s’il a  aussi ses limites . Il ne faudrait pas que ce dispositif se substitue à d’autres : il ne faudrait pas par exemple arrêter le programme de la mise en place de  Sessad ou la mise en place de CLIS sous prétexte que les AVS existent. C’est un système dans une variété de dispositifs complémentaires et avec toujours au centre des projets un parcours individuel d’ enfant qui peut comprendre des périodes en institutions spécialisées et des périodes en milieu ordinaire avec des variations possibles et non le système unique où tout le monde doit être en classe avec auxiliaire . On risquerait de faire une erreur si on faisait cela .

T : et sur l’intégration en général en France ?

D : Ce n’est pas très facile de comparer l’intégration en France avec l’intégration dans d’autres pays. Il semblerait quand même, avec les échos que nous avons, je pense à des échanges avec les Etats-Unis ou des choses comme ça ,que nous ayons vraiment à modifier les choses assez en profondeur Il demeure un obstacle je dirai quasiment culturel : la personne handicapée dans le milieu ordinaire n’est pas une habitude. Si je prends juste un exemple , il faudra que je leur dise, cet après-midi nous avions dix-huit salariés et il n’y en avait visiblement pas un seul qui était travailleur handicapé . Donc on voit bien que nous avons encore des efforts à faire parce que de nombreuses personnes handicapées peuvent faire ce travail d’auxiliaire .

 T : en changeant de registre parce que nous nous connaissons par l’intermédiaire d’Internet que penses-tu de l’intérêt de sites Internet consacrés à l’AIS et à l’intégration

D : Je trouve que c’est une idée assez géniale et c’est vraiment très bien  que vous ayez eu cette idée. Il y a une difficulté liée au fait que l’on ne sache pas quelle est la diffusion réelle de ces informations. Par exemple je pense que sur ton site il pourrait y avoir beaucoup plus d’enseignants , en recherche d’informations, à se manifester. Mais en même temps le fait que ces sites existent constitue une réponse vraiment complémentaire à d’autres moyens . C’est un moyen de transmettre les informations, par exemple pour les soixante-cinq dispositifs dont nous parlions, on peut immédiatement ou quasiment, puisqu’ils sont connectés à 90 % maintenant , passer des informations à soixante-cinq endroits de France différents, échanger, répondre à des questions etc. donc c'est à mon avis de toute manière un outil de plus  mais un outil incontournable aujourd’hui pour faire du bon travail . C’est même étonnant que lorsque l’ on cherche des informations sur ces dispositifs on aille sur des sites tels que le tien ou celui de Jean-Charles plutôt que sur le site du ministère qui n’est pas si complet que cela.
 

 

Page précédente Retour au sommaire