Lire.Lecture et écriture: acquisition et troubles du développement

Liliane Sprenger-Charolles et Casalis. S

Presses Universitaires de France  1996

Après avoir brossé un tableau complet des modèles d’acquisition de la lecture-écriture dans diverses langues de système alphabétique, l’auteur s’attache à étudier la spécificité de cette acquisition dans la langue française. Ces études lui servent ensuite de base pour analyser la dyslexie du développement en France, ainsi que la difficulté de reconnaissance des mots dans la dyslexie.
Les modèles d’acquisition de la langue écrite recensés par l’auteur peuvent être classés en trois grandes catégories:
1.le modèle à étapes, issu du modèle à double voie, qui se traduit par une succession stricte de trois ou quatre étapes caractérisées par les stratégies logographiques, les procédures par médiation phonologique ou phase alphabétique,  ainsi que les procédures orthographiques. Dans le cadre de ce système, divers chercheurs se demandent s’il faut absolument considérer la phase logographique comme voie incontournable dans l’apprentissage de la lecture, alors que l’information phonologique semble prédominante sur l’information visuelle.
2. le modèle de lecture/écriture par analogie: l’unité intermédiaire entre le mot et le graphème résiderait dans le couple attaque/rime, par médiation phonologique. L’enfant construirait un lexique orthographique de mots qui possèdent la même rime, ce qui l’aiderait à la correspondance entre graphèmes et phonèmes. Il est actuellement possible de dire qu’il existe deux procédures par médiation phonologique: la première utilise les relations entre graphèmes et phonèmes; la seconde utilise les relations entre des unités orthographiques plus larges que le phonème, les unités infrasyllabiques de type attaque-rime.
3. le modèle connexionniste fonctionne, quant à lui, sans règle, ni lexique, par connexions, avec des effets de fréquence et de régularité. Ce modèle, prometteur, bien que ne prenant pas en compte la relation lecture/écriture, méritera néanmoins d’être développé.
Par rapport à d’autres langues de type alphabétique, le français se caractérise par une difficulté de repérage des mots à l’oral, par des graphèmes souvent composés de plusieurs lettres, par une forte prédictibilité de la correspondance graphème phonème, ce qui est moins fort pour la correspondance phonème-graphème. Comme pour les autres langues alphabétiques, la phase logographique est remise en question, dans son aspect de stratégie constitutive de l’acte de lecture, du fait qu’elle n’est pratiquement pas utilisée par les enfants alors qu’ils utilisent. la médiation phonologique. Les caractéristiques phonologiques des items caractérisent les performances des enfants au début de l’apprentissage de la lecture-écriture au début de la lecture, entre autres pour les consonnes. Même en lecture silencieuse, les enfants utilisent la procédure de médiation phonologique; elle jouerait un rôle fondamental dans la mise en place du lexique orthographique.
Du point de vue de la dyslexie de développement, l’auteur analyse les hypothèses de la déviance (par laquelle l’apprenti met en place des stratégies alternatives vis à vis de l’acquisition de la procédure orthographique) et celle du retard (qui stipule que, sans médiation phonologique, la mise en place de la procédure orthographique est impossible). S’il existe ainsi deux sources principales de troubles dyslexiques, le déficit phonologique n’en demeurerait pas moins prédominant. Les dyslexiques ont recours à des procédures différentes de celles mises en place par des normo-lecteurs de même âge lexique, avec une grande faiblesse de reconnaissance des mots.
L’auteur conclut sur l’importance de la médiation phonologique, comme mécanisme fondamental et génératif (à l’opposé de la procédure logographique)  pour l’acquisition de la lecture/écriture et l’établissement du lexique orthographique.

Jean-Pierre Chevalier
http://jp.chevalier1.free.fr/

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