Ecrit par une responsable de l'AIS au Ministère de l'Education nationale,
ce livre se veut une analyse historique de l'évolution des aides spécialisées
depuis le début du siècle, pour donner quelques clés de compréhension
sur les évolutions en cours.
Tout d'abord, l'auteur situe l'enjeu social véhiculé par l'évolution
des institutions scolaires et sociales : nous sommes dans un contexte
de mise en oeuvre du droit à l'éducation pour tous, au milieu d'un
enchevêtrement complexe de structures et dispositifs, tant du point
de vue des responsables que des financeurs, qu'il serait bon de voir
évoluer d'une logique de filières à une logique de réseaux.
Ensuite, une analyse assez pointue est effectuée de la manière dont
la création et le développement des structures de l'éducation spécialisée
en France se sont révélées des filières d'exclusion, de 1909 à 1975
(au moins). Même s'il représente une évolution positive par rapport
à celui d'arriération et d'inéducabilité, le concept d'inadapatation
confine le secteur médico-éducatif dans une perspective ségrégative,
même s'il se dit au service du retour vers une hypothétique intégration
sociale ultérieure. Le secteur de l'éducation spécialisée dans l'Education
nationale a fonctionné selon le même schémas, jusqu'à la remise en
question apparue au cours des années 1970.
Dans un contexte assez tendu où les polémiques étaient assez acerbes
vis à vis de l'institution scolaire " alliée implicite d'un pouvoir
corrompu favorable à la reproduction sociale ", les lois de 1975 ont
donné à la personne handicapée sa place reconnue au sein des institutions
ouvertes à tous. Ces principes furent (sont?) longs à mettre en place,
en fonction des querelles institutionnelles diverses entre le scolaire
et le médico-éducatif, et autres institutions....
Depuis le début des années 1980, de nouvelles stratégies peuvent
se mettre progressivement en place, en réponse à une nouvelle demande
sociale qui se presse aux portes des écoles; d'autre part, de nouveaux
concepts comme le Classification Internationale des handicaps, permettent
d'avoir une vision moins globalisante et moins médicalisée du handicap,
celui-ci étant considéré comme un processus dynamique dépendant de
facteurs individuels et environnementaux. D'un point de vue institutionnel,
si les places en IME ne croissent pas, le nombre de SESSAD augmente.
La loi d'orientation sur l'éducation du 30 juillet 1989, rappelle
assez fort le principe de non discrimination pour l'enfant et sa famille.
Les nouveaux dispositifs spécialisés du système éducatif, tels que
les RASED, les SEGPA, forment maintenant un cadre cohérent pour des
démarches et progrès d'intégration, même si leur évolution est encore
lente, et si leur réussite est intimement liée à un long travail collectif
de consultation et concertation des divers nombreux partenaires.
En conséquence, l'auteur trace des perspectives pour l'action, perspectives
qui tiennent tant de la modification du regard porté sur l'enfant
différent ou handicapé, que de la prise en compte des nouveaux modes
de communication culturels et conventionnels, des pratiques pédagogiques
facilitatrices, du travail en partenariat et en concertation, sans
oublier de repenser aux formations professionnelles. Le choix des
mots (arriération, inadaptation, handicaps, besoins éducatifs spéciaux,
etc...) est de relative importance s'il ne se traduit pas par un changement
des pratiques, ce qui nécessite de disposer d'outils internes de différenciation
pédagogique, en prenant appui sur des réseaux externes de soin et
d'accompagnement.
Jean-Pierre
CHEVALIER