L'adaptation et l'intégration scolaires
Innovations et résistances institutionnelles

Jean-Marc Lesain-Delabarre

ESF Editeur/Collection Actions Sociales/Société

FICHE DE LECTURE

Le dimanche 27 mai 2001

Dans un contexte où l'environnement a évolué d'une logique de la pierre à une logique des réseaux, le présent ouvrage tente d'analyser les dynamiques des pratiques innovantes d'AIS, les résistances rencontrées, ce qui nécessite de mettre en place des stratégies d'innovation auxquelles sont affrontés les acteurs institutionnels. La notion de projet implique de reconnaître le rôle du partenariat, ce qui n'est pas sans poser de difficultés. Il convient donc alors d'évaluer les pratiques, et de définir l'éthique des aides vers laquelle on tend à s'orienter.

Du point de vue de l'analyse des pratiques d'AIS, l'innovation consiste en une inversion des logiques antérieures qui participe à la démocratisation qualitative du système éducatif. Ces innovations en éducation (comme les RASED) se heurtent à nombre de résistances, finement détaillés, liées aux incertitudes et clivages institutionnels, aux difficultés à mobiliser des moyens, aux problèmes divers de communication, et à d'autres facteurs internes ou externes. L'auteur analyse également les stratégies d'innovation qui reposent sur des minorités actives que sont souvent des groupes de parents; l'innovation ne peut se concevoir pour l'enseignant sans investissement de sens sur un projet de changement de ses pratiques. Il termine son analyse des dynamiques d'innovation par un listing des syndromes et effets pervers entre lesquels piloter l'AIS.

La seconde partie de son ouvrage consiste en une analyse des difficultés du partenariat en matière d'aide. Le partenariat pose problème dans le sens où il déstabilise des équilibres institutionnels au profit d'une logique territorialisée de réseaux et remet en cause des principes comme celui de l'égalité de tous face au service public; ouverture et partenariat sont aux antipodes des logiques de l'école républicaine; différentes variables entrent en action pour la réussite des actions de contractualisation partenariale. L'auteur en déduit quatre principes de développement qui permettent la réussite des projets de partenariat ( une démarche d'action globale, la territorialisation des actions, l'implication des populations bénéficiaires et le développement de la concertation à tous les niveaux). Il montre également face à quel paradoxe se heurte entre autres une conception contractuelle et contributive de aides: peut-on enjoindre l'intégration alors qu'elle nécessite la concertation pour sa réussite?

Dans ce contexte, il s'avère donc nécessaire de définir les bases d'une évaluation dynamique des politiques et démarches d'aides. Les démarches évaluatives du travail social sont nombreuses et il est important de savoir quel type de regard elles apportent sur le travail social (regard descriptif, compréhernsif, prospectif, sous l'angle du politique, du gestionnaire, de l'organisateur, de l'administrateur, du pédagogue....). Le secteur social est un marché qui ne peut se déployer à l'infini, et nécessite une meilleure gestion des ressources face aux contraintes financières et à l'évolution de la demande. Il nécessite donc la construction de protocoles évaluatifs, généralisables, pertinents, efficaces, cohérents et opportuns....

Pour conclure, l'auteur cherche à définir une éthique des aides, tant dans leur rapport aux pouvoirs qu'à la morale et la philosophie, au droit, à la médecine et la recherche médicale, à la communication et à la subversion.

Jean-Pierre Chevalier

Page précédente Retour au sommaire