APPRENDRE A LIRE

Ouvrage collectif dirigé par José Morais et Guy Robillart.
Editions Odile Jacob.

Très souvent, lorsque les élèves éprouvent des difficultés en lecture, on s'en remet à des explications intuitives qui font une place trop importante ( voire exclusive) aux carences de l'environnement social et de l'environnement familial. Le petit livre blanc rédigé par plusieurs spécialistes réunis à l'Observatoire  Nationale de la Lecture, organe consultatif du ministère de l'Education nationale, de la Recherche et de la Technologie, a le grand mérite d'apporter l'éclairage de la psychologie en général, et de la psychologie cognitive en particulier, sur la question.

Si un enfant "a du mal à lire", c'est avant tout parce qu'il identifie mal les mots écrits. " Le but de la lecture d'un texte est indiscutablement sa compréhension; cependant lire pour comprendre implique que lire n'est pas synonyme de comprendre. "

L'enfant doit reconnaître les mots, comment fait-il ?
" Entre la composition phonologique d'un mot et le sens qui lui correspond, il existe une relation qualifiée par les linguistes d'arbitraire. La relation entre la forme orthographique du mot et le sens de celui-ci est tout aussi arbitraire. Rien ne prédispose la forme du mot " boulangerie ", ni sa forme phonologique ni sa forme orthographique, à évoquer l'endroit où l'on vend le pain, pas plus qu'en anglais le mot " bakery " à désigner ce lieu. " .(A.Bentolila)

Quelles conclusions peut en tirer le praticien ? On en appelle souvent au sens comme préalable à la lecture, mais ce n'est pas le sens que l'on reconnaît, c'est la forme du mot, et le mot ne pourra pas être lu par l'enfant si celui-ci n'a pas acquis le principe alphabétique. Qu'en est-il de ce principe, dont la découverte est " le véritable moteur de l'apprentissage de l'identification des mots. " (A.Bentolila)

Notre alphabet comprend 26 lettres. Ces lettres, seules ou associées, correspondent à des sons

( phonèmes ). Si j'écris " ou ", le lecteur expert que vous êtes va " entendre " [u], parce qu'il aura assembler les lettres de la bonne façon.Ce principe est essentiel car il permet de percevoir des régularités et de reconnaître des mots que l'on rencontre pour la première fois .

Ce n'est toutefois pas suffisant de reconnaître les mots isolément pour lire, il faut également reconnaître leur organisation syntaxique dans la phrase. L'enfant doit apprendre à identifier progressivement le rôle des différents éléments. Il y a des petits mots qui reviennent souvent ( le-un..)
des mots qui changent de forme ( chante-chantent ..) des signes qui reviennent dans chaque phrase ( . - ; - , ) et tous ces éléments qui sont lus ont des relations nécessaires entre eux.

" Bien souvent, dans l'enseignement de la lecture, on tente vainement de concilier l'inconciliable : faire comprendre comment fonctionne le code écrit par la découverte du principe alphabétique tout en essayant, sur les mêmes supports, de faire découvrir les enjeux de la lecture. Or, chacun de ces deux objectifs complémentaires exige que l'on s'appuie sur des supports écrits de dimension et de nature très différentes. La découverte du principe alphabétique exige la manipulation de segments courts et soigneusement choisis pour une illustration précise; la prise de conscience de la diversité des écrits et de leurs finalités indivisuelles et sociales demande des écrits riches, authentiques, et socialement significatifs. " (A.Bentolila)

Comment faire pour aider les enfants ?

On ne devrait pas parler de lecture mais de langage à l'école. Avant le cours préparatoire les enfants peuvent découvrir les principales caractéristiques du langage oral et apprendre à se servir de leur langage dans les diverses situations qu'il rencontrent. " Il nous semble plus pertinent, dans la perspective d'une véritable continuité de l'apprentissage, de donner à tous les élèves maîtrise et lucidité linguistiques, de les sensibiliser au mieux aux enjeux et aux fonctions de la langue orale et écrite plutôt que de les entraîner précocement au décodage de l'écrit. " Des études ont montré que les enfants qui parlaient beaucoup en maternelle, qui savaient énoncer des phrases construites, qui manifestaient ( peut-être justement du fait de cette capacité à parler ) le désir de prendre, étaient aussi ceux qui réussissaient le mieux. D'où l'importance capitale de la maternelle dans la construction du langage chez l'enfant.
" Pour certains enfants, l'école maternelle constitue la première et la dernière chance de médiation dans un parcours d'apprentissage linguistique qui en a été jusque-là privé. "

Le chapitre II traite de l'identification des mots écrits qui est une composante indispensable, même si ce n'est pas la seule, de l'acte de lire. Les auteurs insistent sur la forme phonologique des mots qui doit être reconnue par l'enfant qui apprend à lire et distinguent " la reconnaissance ( activation de la forme-qui peut être soit phonologique, soit orthographique ) et identification( appréhension du sens ).
La mémoire est sollicitée de manière différente dans ces deux activités complémentaires que sont la lecture et l'écriture : " la lecture est une forme de reconnaissance et l'écriture une forme de rappel, reconnaissance et rappel étant deux manières de retrouver de l'information en mémoire. "

L'ouvrage ne se contente pas de décrire des conclusions d'expériences de psychologie; il donne également quelques recommandations. Dans un chapitre consacré à l'accompagnement de l'apprentissage de la lecture, les auteurs préconisent des évaluations régulières des acquisitions, la collaboration entre les pairs, le tutorat, l'aide de l'ordinateur. En résumé ne rien rejeter a priori, inventer des situations variées dans lesquelles l'enfant sera réellement en mesure de progresser dans la connaissance du code. Il ne s'agit pas de changer brutalement de pratiques, de bouleverser sa manière de faire au quotidien  mais de gagner quelques connaissances indispensables sur l'apprentissage de la lecture même si ces connaissances viennent bousculer nos idées (reçues).

Pour finir l'ONL fait 17 recommandations parmi lesquelles :

  • 1." Apprendre à lire c'est développer des habiletés dans deux domaines : l'identification des mots écrits, en particulier grâce à des compétences graphophonologiques, et le traitement du sens  pour la compréhension des textes.
  • 3. Le décodage graphophonologique est la procédure dominante de la reconnaissance des mots écrits au cycle 2. Il passe d'abord par l'acquisition du principe alphabétique, moment crucial de l'apprentissage. La maîtrise progressive des correspondances graphème-phonème doit ensuite permettre une automatisation du décodage et l'accès à une reconnaissance dite " orthographique ".
  • 5. Lire et écrire sont deux volets indissociables de l'apprentissage du code : l'écriture joue un rôle déterminant dans la construction des acquisitions, en particulier la reconnaissance orthographique des mots. "

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