Très souvent, lorsque les
élèves éprouvent des difficultés en lecture,
on s'en remet à des explications intuitives qui font une place
trop importante ( voire exclusive) aux carences de l'environnement
social et de l'environnement familial. Le petit livre blanc rédigé
par plusieurs spécialistes réunis à l'Observatoire
Nationale de la Lecture, organe consultatif du ministère de
l'Education nationale, de la Recherche et de la Technologie, a le
grand mérite d'apporter l'éclairage de la psychologie
en général, et de la psychologie cognitive en particulier,
sur la question.
Si un enfant "a du mal à lire",
c'est avant tout parce qu'il identifie mal les mots écrits.
" Le but de la lecture d'un texte est indiscutablement sa compréhension;
cependant lire pour comprendre implique que lire n'est pas synonyme
de comprendre. "
L'enfant doit reconnaître les
mots, comment fait-il ?
" Entre la composition phonologique d'un
mot et le sens qui lui correspond, il existe une relation qualifiée
par les linguistes d'arbitraire. La relation entre la forme orthographique
du mot et le sens de celui-ci est tout aussi arbitraire. Rien ne prédispose
la forme du mot " boulangerie ", ni sa forme phonologique ni sa forme
orthographique, à évoquer l'endroit où l'on vend
le pain, pas plus qu'en anglais le mot " bakery " à désigner
ce lieu. " .(A.Bentolila)
Quelles conclusions peut en tirer le praticien
? On en appelle souvent au sens comme préalable à la
lecture, mais ce n'est pas le sens que l'on reconnaît, c'est
la forme du mot, et le mot ne pourra pas être lu par l'enfant
si celui-ci n'a pas acquis le principe alphabétique. Qu'en
est-il de ce principe, dont la découverte est " le véritable
moteur de l'apprentissage de l'identification des mots. " (A.Bentolila)
Notre alphabet comprend 26 lettres. Ces lettres,
seules ou associées, correspondent à des sons
( phonèmes ). Si j'écris " ou
", le lecteur expert que vous êtes va " entendre " [u], parce
qu'il aura assembler les lettres de la bonne façon.Ce principe
est essentiel car il permet de percevoir des régularités
et de reconnaître des mots que l'on rencontre pour la première
fois .
Ce n'est toutefois pas suffisant
de reconnaître les mots isolément pour lire, il faut
également reconnaître leur organisation syntaxique dans
la phrase. L'enfant doit apprendre à identifier progressivement
le rôle des différents éléments. Il y a
des petits mots qui reviennent souvent ( le-un..)
des mots qui changent de forme ( chante-chantent
..) des signes qui reviennent dans chaque phrase ( . - ; - , ) et
tous ces éléments qui sont lus ont des relations nécessaires
entre eux.
" Bien souvent, dans l'enseignement
de la lecture, on tente vainement de concilier l'inconciliable : faire
comprendre comment fonctionne le code écrit par la découverte
du principe alphabétique tout en essayant, sur les mêmes
supports, de faire découvrir les enjeux de la lecture. Or,
chacun de ces deux objectifs complémentaires exige que l'on
s'appuie sur des supports écrits de dimension et de nature
très différentes. La découverte du principe alphabétique
exige la manipulation de segments courts et soigneusement choisis
pour une illustration précise; la prise de conscience de la
diversité des écrits et de leurs finalités indivisuelles
et sociales demande des écrits riches, authentiques, et socialement
significatifs. " (A.Bentolila)
Comment faire pour aider les enfants
?
On ne devrait pas parler de lecture
mais de langage à l'école. Avant le cours préparatoire
les enfants peuvent découvrir les principales caractéristiques
du langage oral et apprendre à se servir de leur langage dans
les diverses situations qu'il rencontrent. " Il nous semble plus pertinent,
dans la perspective d'une véritable continuité de l'apprentissage,
de donner à tous les élèves maîtrise et
lucidité linguistiques, de les sensibiliser au mieux aux enjeux
et aux fonctions de la langue orale et écrite plutôt
que de les entraîner précocement au décodage de
l'écrit. " Des études ont montré que les enfants
qui parlaient beaucoup en maternelle, qui savaient énoncer
des phrases construites, qui manifestaient ( peut-être justement
du fait de cette capacité à parler ) le désir
de prendre, étaient aussi ceux qui réussissaient le
mieux. D'où l'importance capitale de la maternelle dans la
construction du langage chez l'enfant.
" Pour certains enfants, l'école maternelle
constitue la première et la dernière chance de médiation
dans un parcours d'apprentissage linguistique qui en a été
jusque-là privé. "
Le chapitre II traite de l'identification
des mots écrits qui est une composante indispensable, même
si ce n'est pas la seule, de l'acte de lire. Les auteurs insistent
sur la forme phonologique des mots qui doit être reconnue par
l'enfant qui apprend à lire et distinguent " la reconnaissance
( activation de la forme-qui peut être soit phonologique, soit
orthographique ) et identification( appréhension du sens ).
La mémoire est sollicitée de manière
différente dans ces deux activités complémentaires
que sont la lecture et l'écriture : " la lecture est une
forme de reconnaissance et l'écriture une forme de rappel,
reconnaissance et rappel étant deux manières de retrouver
de l'information en mémoire. "
L'ouvrage ne se contente pas de décrire
des conclusions d'expériences de psychologie; il donne également
quelques recommandations. Dans un chapitre consacré à
l'accompagnement de l'apprentissage de la lecture, les auteurs préconisent
des évaluations régulières des acquisitions,
la collaboration entre les pairs, le tutorat, l'aide de l'ordinateur.
En résumé ne rien rejeter a priori, inventer des situations
variées dans lesquelles l'enfant sera réellement en
mesure de progresser dans la connaissance du code. Il ne s'agit pas
de changer brutalement de pratiques, de bouleverser sa manière
de faire au quotidien mais de gagner quelques connaissances
indispensables sur l'apprentissage de la lecture même si ces
connaissances viennent bousculer nos idées (reçues).
Pour finir l'ONL fait 17 recommandations
parmi lesquelles :
- 1." Apprendre à lire c'est
développer des habiletés dans deux domaines : l'identification
des mots écrits, en particulier grâce à des
compétences graphophonologiques, et le traitement du sens
pour la compréhension des textes.
- 3. Le décodage graphophonologique
est la procédure dominante de la reconnaissance des mots
écrits au cycle 2. Il passe d'abord par l'acquisition du
principe alphabétique, moment crucial de l'apprentissage.
La maîtrise progressive des correspondances graphème-phonème
doit ensuite permettre une automatisation du décodage et
l'accès à une reconnaissance dite " orthographique
".
- 5. Lire et écrire sont
deux volets indissociables de l'apprentissage du code : l'écriture
joue un rôle déterminant dans la construction des acquisitions,
en particulier la reconnaissance orthographique des mots. "