Nous manquons souvent de connaissances théoriques
et de situations d'apprentissage , de médiation ou de remédiation
possibles dans le domaine des mathématiques. André Lemoine
et Pierre Sartiaux ont fait le choix dans leur ouvrage d'adapter les
mathématiques aux enfants en conservant toute la rigueur nécessaire
et de permettre aux adultes de prendre un peu de distance avec des notions
connues mais insuffisamment explorées dans toutes leurs dimensions.
" Car, en fin de compte, ce sont les enfants qui sont au centre
de notre enseignement. Les mathématiques sont à leur service
et nous sommes là pour qu'elles deviennent vraiment un outil
pour eux "
Deux grandes parties dans l'ouvrage : la première
moitié est consacrée aux activités, la seconde
à la théorie. Cette dernière partie s'achève
par quelques repères pour une progression dans le domaine mathématique
pour les trois niveaux de maternelle. Ce livre, même s'il peut
être lu avec profit par tous, aidera principalement les enseignants
de maternelle et les enseignants spécialisés désireux
de mettre en place des actions de prévention dans ce domaine.
L'ouvrage ,sous-titré " Savoirs en jeu(x)"
, présente les différentes activités possibles
à partir de jeux traditionnels comme le jeu de l'oie, les puzzles
ou encore les dominos. Pour chacun de ses jeux on trouvera une description
rapide de sa forme traditionnelle ainsi que les différentes possibilités
de l'adapter aux classes maternelles. Pour le jeu de dominos par exemple,
les auteurs décrivent les dominos " du même au même
", les dominos des complémentaires, les dominos-puzzles...et
donnent également les contenus mathématiques des différentes
activités : les dominos permettent par exemple de travailler
les associations logiques ou numériques ou les relations , l'
approfondissement de la connaissance des nombres ainsi que la complémentarité
et l'addition. Les auteurs donnent également de précieux
conseils pour travailler de manière progressive avec de jeunes
enfants , lesquels sont amenés, lors de ces activités,
à verbaliser leurs actions.
Les auteurs présentent dans cette première
partie des exemples de matériel logique ou structuré comme
le matériel Cuisenaire permettant des activités mathématiques
. Ils présentent également des activités mathématisées
: " Une activité mathématisée est donc
une activité non mathématique de la vie de la classe où
l'on met en évidence des aspects mathématiques "
Le "coin" cuisine ou le jeu de la marchande permettent des
activités d'échanges . Ils insistent sur le fait que toutes
ces activités et ces jeux doivent être travaillés
sur le plan psychomoteur avant d'être transcrits sur une table.
" Pouvoir ainsi se décentrer est un apprentissage essentiel
en mathématique ( sans oublier le rôle social que permet
le décentrement : comprendre le point de vue de son interlocuteur
etc... ) En effet, cette décentration permettra à l'enfant
d'apprendre à objectiver une situation, à ne pas s'impliquer
pour garder un regard clair sur les situations qu'il rencontrera.
"
La seconde partie permet d'apprendre ou de se rémémorer
différents points théoriques importants sur les ensembles
et la structuration logique, les ensembles, les relations et les nombres
( la dernière partie est consacrée à la géométrie).
Ces connaissances théoriques permettent d'infléchir nos
propres représentations : " Si nous découvrons
d'abord les ensembles, puis les relations, la démarche des enfants
est un peu l'inverse : il établit d'abord des relations entre
les objets qu'il a devant lui, relation (d'équivalence) qu'il
généralisera plus tard en propriété et donc
en ensemble" Ces apports théoriques s'accompagnent de
conseils simples pour ne pas rajouter aux difficultés des différentes
tâches proposées des difficultés liées au
langage et au vocabulaire de l'adulte : " Ne dire que ce qui
d'une part est correct et d'autre part peut être compris par les
enfants. Mieux vaut ne rien dire que de dire des termes pouvant conduire
à des notions tronquées. "
André Lemoine et Pierre Sartiaux rappellent
que " toute activité mathématique doit s'appuyer
sur du matériel, une situation, un contexte " . Observer
les procédures utilisées par de jeunes enfants, écouter
leurs justifications a priori ou a posteriori, analyser les échanges
à l'intérieur de petits groupes renseignent l'enseignant
sur les représentations initiales , les procédures retenues
et la logique de telle ou telle action : " L'enfant crée
un système logique qui lui est propre, plus précisèment
des systèmes logiques qui ont chacun leur rationnalité.
C'est le hasard des expériences ou des intentions pédagogiques
qui font évoluer ces systèmes [...] " Plus que
de suivre un programme il conviendrait de travailler les notions mathématiques
en variant les approches, les supports , les activités et les
points de vue.
Et les nombres ? En une vingtaine de pages les auteurs
posent plusieurs questions : qu'est-ce qu'un nombre ? quelles sont les
différences entre nombre, chiffre et schème numérique
? Comment les enfants dénombrent-ils ? et apportent des développements
utiles tant sur les aspects notionnels que pratiques. " La représentation
du nombre doit donc être articulée autour d'un principe
d'invariance, de conservation d'une structure répétitive
de la forme n+1 ". Ils décrivent les différentes
étapes dans l'approche du dénombrement et s'étonnent
qu'en France l'on exige des élèves de CP qu'ils sachent
compter jusqu'à cent ( jusqu'à vingt en Belgique ) . Il
y a parfois confusion entre la connaissance de la chaîne numérique
et la maîtrise effective des nombres. " Tant que les mécanismes
de l'addition et de la multiplication ne sont pas assimilés,
rien ne sert d'apprendre la chaîne numérique au delà
de 20. Les concepts additifs et multiplicatifs peuvent être acquis
sans l'utilisation des expressions verbales de grands nombres à
l'aide de manipulations. "
En conclusion de cette rapide présentation citons
le chapitre 5 " Quelques repères pour la progression "
qui présente de manière simple et cohérente les
différentes notions mathématiques que l'on peut travailler
à l'école maternelle.
T.B