Document réalisé à l'occasion d'un passage à Océanopolis. (94)

Conceptions préalables des élèves

" Faire avec pour aller contre "

Introduction
I. Représentation/conception.
II. Recueil et analyse des conceptions
III. Avantages et difficultés liées à la prise en compte des conceptions.
IV. " Faire avec pour aller contre "
V. Evaluer

Introduction

Si l'on faisait au rapide bilan des " connaissances scientifiques que nous avons apprises pendant toute notre scolarité on s 'apercevrait rapidement que persistent un certain nombre de termes et de clichés stéréotypés totalement inutilisables aujourd'hui.
Cela est du en grande parie au fait que le savoir transmis est le plus souvent plaqué sans prise en compte des attentes de l'élève ni des conceptions qu'il a déjà à propos du problème posé Ce document propose un détour par ce que l'on appelle les "représentations " de l'élève et postule que la prise en compte des conceptions préalables n'est pas une perte de temps mais l'occasion au contraire de consacrer plus de temps à la construction des connaissances

1. Représentation/conception

"Qui sait et d'où sait-on ? "
"Que et comment sait-on ? "
"Sur quoi sait-on et avec quel effet ?"

les représentations ont une certaine stabilité , et l'apprentissage d'une connaissance , l'acquisition d'une démarche en dépendent Si l'on n'en tient pas compte , elles se maintiennent , se renforcent même , et le savoir proposé glisse à la surface des élèves sans même les imprégner
PIAGET situe l'origine de la représentation dans la continuité du développement sensori-moteur dont la fonction est d'établir des relations avec le monde extérieur Elle reste un processus indépendant de toute influence du milieu
Pour WALLON, la représentation est un processus de médiation entre le sujet et le monde E1le intervient comme élément de résolution des contradictions qui caractérisent les relations de l'être vivant dans son milieu La représentation véritable n'est atteinte qu'avec le signe. C'est le rôle du langage de fixer la représentation dans la conscience
Les rapports avec les choses comme ceux avec les personnes ne sont pas des décalques , mais exigent des médiations pour se constituer
Les systèmes de représentations qu'acquièrent les enfants, leur vision du monde qui se forme progressivement , ainsi que leur représentation de soi résultent d'interactions avec leur environnement

Les définitions et les recherches sur les représentations sont multiples ... on retiendra simplement qu'elles sont liées à l'environnement , qu'elles ont un ancrage chez l'individu ,qu'enfin elles peuvent se modifier , se transformer si certaines conditions sont réunies

" Quel que soit le sujet d'étude , les élèves savent déjà ou croient savoir beaucoup de choses Ils ont des idées sur tout, plus ou moins erronées , plus ou moins floues , mais qu'il n'est pas possible d'ignorer totalement ."( De Vecchi, Giordan )

De plus en plus , dans le domaine de la pédagogie et de la didactique des sciences , on tend à substituer au terme de représentation celui de conception ,considéré comme moins restrictif.
Les chercheurs Giordan et De Vecchi ( 1987 ) proposent la définition suivante du terme de "'conception "

Conception = F ( P C O R S )
P désigne le problème , le point de départ de la réflexion
C , le cadre de référence ; l'ensemble des savoirs présents chez l'élève et qui lui permettent de formuler le problème
O , les opérations mentales : d'un point de vue piagétien, ce sont les outils intellectuels ( concepts , opérations ) dont il dispose et qu'il maîtrise
R, le réseau sémantique ou l'organisation d'ensemble qui à partir de C et O donne sens à la réflexion , la conception , la recherche de l'élève
S , les signifiants ou la symbolisation ( toute forme de langage , schémas , etc ...) qui permettent d'exprimer sa conception.

Cette définition met l'accent sur le fait qu'il s'agit d'un ensemble d'images mentales, de modèles présents chez l'élève avant que l'activité ne commence.
Dans toutes les didactiques, aujourd'hui , les recherches font apparaître que le point de départ obligé de tout apprentissage doit être la prise en considération et le recueil , l'inventaire des représentations ou conceptions présentes dans l'esprit des élèves , leur système de savoir .
" C'est l'enfant qui doit construire son savoir avec les outils dont il dispose " ( Giordan)

6 ans

2. Recueil et analyse des représentations

Les manières de recueillir les différentes conceptions des enfants peuvent être très diverses : questionnaires, oraux ou écrits , dessins a compléter jeux de rôles ( " Je suis un poisson , une nageoire .... ) 1' essentiel étant d'être au plus près des représentations enfantines

Le dessin permet de se rendre compte de la relative stabilité des représentations entre , par exemple , un enfant de cycle 2 (C.P) et un enfant de cycle trois (cours moyen) . La fonction respiratoire est présente ( le poisson " souffle " dans l'eau ) . Les nageoires n 'ont pas toutes la même forme mais sont le plus souvent au nombre de trois ( caudale , dorsale, ventrale ) . Les nageoires pectorales sont ainsi régulièrement oubliées. La tête et le corps du poisson sont également nettement différenciées les écailles " commencent " après le trait en demi-cercle figurant la tête . Toutes les traces peuvent être ainsi exploitées ; elles servent de point de départ à l'observation.

En observant les poissons dans les aquariums , l'enfant pourrra noter les traits communs et les traits distinctifs des différentes espèces ainsi ses représentations partielles et parfois erronées du début pourront-elles être , petit à petit , transformées pour être plus valides , plus proches de la réalité .
En préalable à une visite à "Océanopolis " , et sur n'importe quel sujet concernant la vie marine , il est donc possible de faire le point des représentations et d'inscrire cette première étape dans un projet . Le tableau ci-dessus est présenté pour exemple :

Exemple : la forme des poissons
ce que je sais ce que je crois savoir ce que je voudrais savoir
   

 

 

4 ans

 

Les questionnaires proposés ( oraux ou écrits ) seront en relation directe avec les objectifs poursuivis par les enseignants ; toutes les interrogations suscitées doivent en effet trouver des réponses par la suite. Certaines questions seront résolues par la seule observation , d'autres nécessiteront l'intervention de l'enseignant; certaines nécessiteront une séance on classe , d'autres s'étaleront sur un cycle plus long ( la reproduction par exemple )

Exemples de questionnaires

Forme :
-Dessine un poisson dans la mer
- Dessine la queue d'un poisson
- Dessine la bouche d'un poisson
- Combien de :nageoires ont les poissons ?
- Quel est le rôle des nageoires ?

Locomotion
- Comment le poisson se déplace t-il ?
- Pourquoi les poissons flottent-ils ?
- Tous les poissons vont-ils à la même vitesse ? Pourquoi ?

Alimentation ·
- Que mangent les poissons ?
- où trouvent-ils leur nourriture ?

Respiration
- Est-ce que les poissons respirent ?
- Si oui , comment ?
- Si non , pourquoi ?
- Que respirent-ils ? etc....

10 ans

3. Avantages et difficultés liés à la prise en compte des conceptions.

L'analyse des conceptions permet de mieux connaître le véritable niveau conceptuel des élèves. De plus, elles font prendre conscience de la lenteur des processus d'apprentissage, donc de la complexité du chemin à parcourir quand il s'agit d'acquérir des connaissances.

" En réalité, ce n'est pas le fait de faire émerger les conceptions qui est long. Ce qui prend le plus de temps, c'est la prise de conscience par les élèves comme par l'enseignant d'un plus grand nombre de contradictions et de problèmes, ce qui allonge, mais surtout enrichit le travail. " ( Giordan )

On se rend également compte que le vocalulaire doit être explicite pour ne pas risquer de constituer un obstacle à la compréhension. Au niveau des écoles maternelles et primaires, une explication claire de quelques termes scientifiques doit permettre à l'élève d'être plus précis dans ses analyses et ses descriptions.
Les difficultés que l'on rencontre viennent le plus souvent des représentations elles-mêmes, dans la mesure où celles-ci sont ancrées et difficiles à transformer.

Les conceptions évoluent mal lorsque :

- L'élève manque d'informations
- Il n'a pas envie de changer de conception, soit que le problème abordé ne le motive pas, soit que les questions qu'il se pose ne sont pas celles soulevées par l'enseignant, soit qu'il pense déjà avoir une explication.
- Il ne possède pas les outils nécessaires à l'intégration d'une nouvelle conception (opérations mentales, stratégies à utiliser...)

Que faire ?

Certains auteurs préconisent de "bousculer" les représentations initiales, le savoir se construisant dans cette optique à partir d'un remaniement profond. D'autres pensent que les conceptions initiales doivent être confrontées à la réalité.

" Un savoir neuf ne détruit pas le modèle préexistant mais, le plus souvent, l'oblige à s'adapter afin que cette nouvelle structure puisse intégrer la connaissance nouvelle. Il n'y a donc pas destruction mais transformation. " ( Giordan)

4. " Faire avec pour aller contre "

" L'enseignant peut avoir plusieurs attitudes face aux conceptions des élèves . Il peut faire " sans " comme 99% des pédagogues en utilisant les méthodes habituelles . Il peut " faire avec " en permettant leur expression . Il peut " faire contre " en tentant de convaincre les enfants qu'ils se trompent , puis en leur transmettant le " véritable savoir " Il peut également 3faire avec pour aller contre " , ce qui n'est pas forcément contradictoire ."( Giordan)

Faire sans

Ne pas les reconnaître , les ignorer parce qu'on les considère comme parasitaires , les éviter

Faire avec

Les prendre en compte comme outil didactique
- en les utilisant comme simple motivation
- en les traitant de façon implicite
- en les faisant seulement s'exprimer

Faire contre

- Les réfuter en les remettant en cause
- Les purger pour les détruire

Faire avec pour aller contre

- Les faire se confronter tout en s'appuyant sur elles pour les transformer .

Comment transformer progressivement une conception erronée ?

Le processus de transformation progressive pourrait être le suivant :

S'appuyer sur les conceptions des élèves , puisque celles-ci correspondent aux seuls point d'ancrage que nous possédons.
Les laisser évoluer tant qu'elles permettent de progresser et jusqu'à ce qu'elles " choquent " l'apprenant
A ce moment là , amener les élèves à les remplacer par une autre représentation plus opératoire et les convaincre que celle-ci peut être plus efficace

Ainsi les conceptions erronées peuvent progressivement s'effacer en faisant place à une vision plus réaliste des faits.

5. Evaluer

La plupart des évaluations contrôlent l'acquisition de connaissances factuelles ... quand on sait que ce sont les savoirs conceptuels qui sont les plus importants .

Ces évaluations sont le plus souvent sommatives , c'est-à-dire qu'elles dressent un bilan à la fin d'une leçon ou d'un cycle d'apprentissage .

La prise en compte des conceptions de départ , même si elle ne peut être une fin , peut cependant constituer un élément important d'une évaluation à visée formative . Si ces conceptions se sont exprimées par le biais de croquis , les travaux de synthèse pourront s'exprimer de la même manière ; la comparaison des deux moments de l'apprentissage donnant lieu à discussions , réajustements et prolongements .
L'élève sera ainsi amené à un retour sur ses propres conceptions ( métacognition ) ainsi qu'à une prise de conscience ( même non formulée ) du caractère lacunaire ou erroné de certaines de ses représentations de départ

L'apprentissage n'est pas fini quand le problème posé est résolu . Les différentes notions abordées
( respiration ,reproduction... ) seront reprises à d'autres moments de la scolarité pour être précisées et enrichies par d'autres observations et d'autres expériences .

Bibliographie : " L'enseignement scientifique : comment faire pour que " ça marche " ?
Gérard DE VECCHI
André GIORDAN

Z'EDITIONS 1994

André GIORDAN " Enseigner n'est pas apprendre " Site Rézo Ø

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