Présentation de l'ouvrage : " Les difficultés scolaires
d'apprentissage "
Auteur : Jean Luc CHABANNE , Maître de conférences, IUFM de La Réunion
Ouvrage publié par Nathan Université, Collection 128, Paris, 2003 "
Il est difficile d'apprendre …
Il est difficile d'apprendre véritablement, c'est à
dire d'apprendre et de comprendre, de prendre en soi, de devenir un
peu de ce que l'on a appris.
Apprendre est difficile pour tout le monde, et ceux qui prétendent le
contraire, ceux qui mettent en cause l'organisation du travail, ceux
qui placent éventuellement en avant la dimension ludique de ce travail,
ceux qui parlent motivation et intérêt, encadrement, pédagogie et didactique,
ne font qu'éclairer les circonstances ou les conditions de l'apprendre,
mais ils ne traitent en rien de l'acte d'apprendre, acte solitaire et
difficile par définition.
Précisons cependant que difficulté n'est pas nécessairement pénibilité
…
L'objet de notre ouvrage, dans une première partie, est d'approcher
l'essence de la situation d'apprentissage scolaire par les mots qui
la désignent. Nous cernerons également cette situation d'apprentissage
par ce qu'elle exprime de la détermination de l'élève qui engage ses
forces au service d'un projet. Nous proposons d'étudier la dynamique
des forces en présences, les conditions de ce moment d'effort, le vécu
du temps de difficulté d'apprentissage .
Si la difficulté d'apprendre est liée , inhérente à la situation d'élève,
l'expression " élève en difficulté " relève , pour nous, du pléonasme.
Cette expression est en fait utilisée spécifiquement pour désigner les
" élèves en grande difficulté ".
Où commence la " grande difficulté " ?
Dans une deuxième partie, nous traitons du difficile classement
des difficultés scolaires :
Les difficultés scolaires de l'élève s'inscrivent dans l'histoire d'une
personne, quand l'enfant devient " élève ", c'est à dire quand il entre
à l'école. Les difficultés scolaires ne sont alors, éventuellement,
que les indicateurs d'un processus plus général du développement.
L'histoire de la personne de l'enfant est tressée comme un chant à plusieurs
voix, par le fait que l'élève devient simultanément un sujet cognitif
avec une conscience de sa propre pensée, voire de ses procédures de
pensée, un sujet affectif avec des pulsions, des sentiments, des affects,
un sujet social inscrit dans un réseau complexe de relations avec son
environnement … il est enfin, et peut être d'abord un sujet biologique,
et particulièrement " neuronal " .
Les difficultés de l'élève s'inscrivent donc dans la réalité d'un développement
pluriel, que nous repérons dans le cadre de " lignes de développement
" ( ) sur les champs suivants : Cognitif, affectif, social, physiologique.
Ces champs sont en interrelations constantes, et la connaissance de
leurs logiques peut permettre d'éclairer nombre de difficultés d'apprentissage.
C'est ainsi que la difficulté scolaire, et son corollaire la réussite
scolaire ont été , et sont parlées par les théoriciens à l'éclairage
de leur discipline respective (la psychologie, la sociologie, la philosophie,
la biologie etc.).
Nous développerons l'exemple de la psychologie "parlant" la difficulté
scolaire depuis le début du siècle à travers les grands courants théoriques
que constituent la phénoménologie (Husserl et Merleau-Ponty), le behaviorisme
(John Watson, Burrhus Skinner), les neuro-sciences (Francisco Varela,
Jean-Pierre Changeux, Jacques Paty), l'épistémologie génétique (Jean
Piaget), la psychologie cognitive (Atkinson), la psychanalyse (Sigmund
Freud, Jacques Lacan). " Extraits.
Jean-Luc Chabanne
La notion de maturation de " lignes de développement
" revient à Anna Freud, in Le normal et le pathologique chez l'enfant
; Ed. Gallimard, 1968