Parmi les très nombreux ouvrages consacrés
à la lecture, certains tentent de lier dans la réflexion
les recherches théoriques et les pratiques effectives.
Le récent ouvrage d'Annie Cabrera et Monique Kurz, respectivement
conseillère pédagogique et professeur de français
en Seine-Saint-Denis, peut se ranger parmi ceux qui y parviennent .
Les auteurs replacent l'apprentissage de la lecture
dans le cadre plus large de l'apprentissage abordé dans une perspective
interactionniste. " Il en résulte que la lecture n'occupe
plus la place centrale, sujette à des conflits ou à des
querelles parfois violentes, mais trouve sa place d'objet d'apprentissage,
au même titre que d'autres. " et posent en préalable
la question qui contient toutes les autres : " Ainsi, qu'est-ce
qu'apprendre ? En quoi l'apprentissage de la lecture est-il à
la fois un apprentissage semblable aux autreset néanmoins spécifique
? Et qui sont les élèves de cycle 2, que l'on se propose
de guider dans la lecture ? Quel est le rôle de l'enseignant dans
ce processus ?
Loin d'être des positions secondaires ou superflues, les réponses
à ces interrogations sont primordiales car elles éclairent
et déterminent des choix, c'est-à-dire fondent des pratiques
pédagogiques ou les justifient. On ne peut donc pas faire l'économie
de cette réflexion qui s'appuie sur la recherche dans des domaines
aussi variés que les sciences, la sociologie, l'histoire, la
linguistique, la psychologie ou la pédagogie. "
Après un court préambule qui rappelle
que l'apprentissage de la lecture se fait par étapes, que l'élève
apprend à lire en questionnant et en communiquant, qu'une prise
en compte des représentations initiales des élèves
sur la lecture est indispensable , qu'enfin cet apprentissage de la
lecture est étroitement lié à celui de l'écriture
" Pour comprendre l'écrit et s'en approprier les spécificités,
les activités de réception et de production doivent constamment
interagir : l'apprentissage de la lecture va de pair avec celui de l'écriture
" Annie Cabrera et Monique Kurz décrivent et analysent les
différentes compétences en jeu dans l'activité
de lecture. La notion de compétence n'est pas explicitement définie
mais cet " ensemble de compétences " serait
constitué de savoirs-faire à mettre en oeuvre par l'apprenti
lecteur.
Six grandes catégories sont ainsi établies
: Compétences sociales, compétences individuelles, compétences
culturelles, compétences linguistiques, compétences perceptives
et compétences stratégiques. " Ces six catégories
méritent d'être détaillées et précisées
car elles constituent les brins nécessaires pour tresser l'apprentissage
de la lecture. "
Ces catégories sont ensuite longuement décrites.
Les auteurs commencent chaque partie par quelques lignes " sur
le vif " qui reprennent des dialogues entre élèves,
des observations ou encore des extraits d'entretiens, ce qui a le grand
mérite de contextualiser le propos et de le rendre agréable.
Plusieurs tableaux synthétiques sont également proposés
qui constituent à la fois une aide à la lecture et un
outil pour l'enseignant. Annie Cabrera et Monique Kurz insistent sur
l'importance de la notion de projet quand il s'agit d'apprentissage
et en l'occurence de l'apprentissage de la lecture.
Le projet de lecteur ( compétence individuelle
) " La construction de ce projet personnel de lecteur est un
indice prédicteur de réussite : sur dix enfants ayant
élaboré de façon riche un tel projet, huit accompliront
leur apprentissage sans difficultés " doit exister préalablement
à l'entrée dans la classe où " on apprend
à lire " et se construire en relation avec tous les autres
apprentissages. Ces projets personnels s'élaboreront d'autant
plus sûrement qu'ils s'inscriront dans une perspective culturelle
. " Plus encore ce sont les projets qui organisent les
apprentissages. "
Au passage les auteurs rappellent qu' "oraliser,
qui consiste à prononcer à haute voix un écrit,
n'est pas lire. "
Dans la troisième partie consacrée à
l'interaction de ces différentes compétences, les auteurs
rappellent qu' " On apprend à lire en lisant réellement,
c'est-à-dire dans des situations où le lecteur s'implique,
en utilisant des supports variés et riches qui nécessitent
que tous les processus participant à la lecture soient activés
simultanément. " et que la mise en oeuvre des différentes
compétences sera facilitée par le choix de supports variés,
de qualité et d'une proximité linguistique et culturelle
suffisante pour l'élève. Les auteurs prennent l'exemple
d'une lecture d'album pour montrer comment peuvent se traduire ces compétences.
L'élève est invité dès que cela est possible
à rendre compte de ses interrogations face à l'écrit.
" La réflexion engagée par ce type de questionnement
réclamera un degré de théorisation de plus en plus
important, pour permettre aux élèves de prendre conscience
de ce que sont lire, apprendre à lire, en articulant des "micro-savoirs"
entre eux.
Cette réflexion sur les méthodes et les
résultats ( métacognition ) est également encouragée
à propos de l'articulation lire / écrire et c'est un des
nombreux intérêts de l'ouvrage. " L'écriture
est un outil d'analyse métalinguistique et linguistique ; elle
permet de découvrir la langue écrite par la production
et par l'action. " [...] " On peut même aller
plus loin en affirmant qu'on apprend à lire en évrivant
et réciproquement. Cette phrase volontairement excessive recouvre
une réalité qu'il convient de clarifier par des exemples.
"