La notion de projet est aujourd'hui centrale dans l'enseignement
en général et l'enseignement spécialisé en
particulier. L'approche du projet peut se faire de plusieurs façons
: le modèle choisi
(psychanalyse, pédagogie, économie...) déterminera
la lecture de cette notion complexe, de ce concept nomade qui fait son
apparition dans l'Education nationale dans les années 1980.
Anick Lestage et Pierre
Belmas ont choisi de présenter
dans leur ouvrage le projet en partant d'abord des textes législatifs,
puis en décrivant les structures éducatives et enfin
en recentrant leur propos sur les apprentissages. Le cheminement du livre
n'est cependant pas linéaire : les trois niveaux de description
et d'analyse sont constamment liés et éclairés les
uns par les autres. Les auteurs font ainsi apparaître la cohérence
souhaitée entre l'esprit des lois et sa traduction au sein de l'école.
" Ce qui relie tous ces projets, c'est qu'ils
sont élaborés par un établissement ( école
ou Institut Médico-Educatif ) pour un groupe ou des individus, et
que ce sont des projets qui touchent à la scolarisation des élèves,
c'est-à-dire aux connaissances et aux apprentissages scolaires."
Les six chapitres du
livre proposent un recensement, une description et une analyse des différents
types de projets rencontrés au sein de l'école. Les différences
sont bien établies entre :
-
projet didactique
-
projet institutionnel
-
projet d'apprentissage
ce qui
permet de mieux faire apparaître leurs caractéristiques communes
et les relations qu'ils entretiennent. Le projet d'apprentissage sera possible
s'il y a un projet didactique, lequel s'inscrira dans un projet prescrit
( ou institutionnel ). Ces différents projets trouveront sens et
cohérence dans la mesure où ils pourront dépendre
les uns des autres.
Le projet didactique
"On définira les projets didactiques comme
l'ensemble des séquences d'apprentissages relatives à l'acquisition
ou à la consolidation d'une notion ".
Quelles situations va-t-on mettre en place ?,
quels supports va-t-on utiliser ? combien de temps l'activité va-t-elle
durer ? Le projet didactique suppose également une réflexion
épistémologique. Pour l'un des projets que les auteurs citent
en exemple " Rendre l'élève " locuteur-lecteur-écrivain
", il est nécessaire de réfléchir au préalable
sur la notion de langage, bien avant de mettre en place des activités
de traitement de ce langage ( lecture, écriture ). L'élève
doit prendre conscience, avant de s'engager dans le projet, " que l'oral
et l'écrit sont deux aspects différents de la même
langue ". Ce fait ne doit pas rester implicite : il doit au contraire
être expliqué de façon claire et adaptée aux
élèves car, s'ils utilisent le langage en permanence, ils
n'ont pas tous mené une réflexion par rapport à ce
langage ni pris cette distance permettant de passer du " langage communication"
au " langage objet d'étude " ( métalangage)
Un autre
chapitre recense, tableaux à l'appui, les différents projets
precrits pour les élèves rencontrant des difficultés.
Pour chaque structure d'aide spécialisée, de la classe d'adaptation
à l'U.P.I,
on trouvera les acteurs concernés, les documents d'appui et les
différentes modalités du projet.
Les
différents projets s'adressent à l'élève placé
au centre du système. On dit souvent de l'élève en
difficulté(s) qu'il manque de "motivation" " La motivation de
l'élève fait partie d'un jargon globalisant utilisé
par certains enseignants. Ce terme masque pourtant, bien souvent, les difficultés
rencontrées par des élèves mais aussi les difficultés
légitimes des formateurs à enseigner ."
Alors comment faire pour "favoriser l'émergence
des projets d'apprentissage des élèves "? Le projet s'appuie
sur des connaissances : pas uniquement les connaissances liées aux
savoirs mais également celles qui concerne le système scolaire
( dans quelle classe vais-je aller ? pour quoi faire? que vais-je
apprendre ? ) et les attentes des enseignants. L'élève doit
connaître la règle du jeu pour avoir une chance de gagner.
Les projets débordent du cadre scolaire : il s'agit pour l'élève
de replacer les différents apprentissages dans un projet global
de formation. Le travail avec d'autres partenaires ( mouvements assiciatifs,
culturels etc...) ne pourra qu'aider à l'émergence d'une
dynamique de projet. "L'environnement social et culturel est aussi le
lieu privilégié de réinvestissement des apprentissages
scolaires. C'est à travers cet environnement que l'élève
va tester ses savoirs scolaires et qu'il prendra conscience de leur importance.
"
Mais la réussite des projets et des élèves au
coeur de ces projets est également influencée par les méthodes
pédagogiques utilisées.
Anick Lestage et Pierre
Belmas consacrent plusieurs pages à
la différenciation pédagogique "le nécessaire passage
au qualitatif " Le tableau de bord qu'ils décrivent passe en
revue les différents types de regroupements d'élèves
en quatre rubriques : les élèves / les enseignements / la
gestion du groupe-classe / la mise en oeuvre pédagogique. Il est
possible de s'en inspirer pour mettre en place, pratiquement , des situations
d'apprentissage différenciées.
Les
auteurs attirent en fin l'attention sur un point essentiel : la médiation.
Pour que le projet "pour" l'élève devienne le plus possible
le projet "de" l'élève, il faut que celui-ci "s'implique
" et que l'adulte se mette à son écoute ."Une pédagogie
fondée sur la médiation évite, de la part des enseignants
et de leurs partenaires, la construction de projets pour l'élève,
à la place de l'élève. La médiation est donc
un outil essentiel qui favorise la dévolution du projet à
l'élève. Elle est le garde-fou qui place l'élève
au centre de la démarche de projet."
Les
équipes de professionnels de l'éducation qui souhaitent travailler
"en projets" peuvent s'appuyer sur les outils décrits à la
fin du livre : organigrammes, dossiers. Ces outils concernent à
la fois l'institution et l'individu en ayant bien à l'esprit que
" c'est à l'enseignant dans un premier temps de " porter " les
projets pour l'élève. "
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