 |
Sur " l'apprendre "( mot préféré à " apprentissage"
ou " apprentissages ", il ne peut y avoir de définition catégorique
ou de modèle définitif : " l'apprendre dépend
à la fois de la neurobilogie, de la physiologie, de la biochimie,
de la cybernétique, de la psychologie génétique,
de la psychologie sociale, de la sociologie, de l'éthologie,
de l'ethnologie, des sciences cognitives, de l'intelligence artificielle,
des sciences de l'éducation, etc..."
Face à cette complexité, André
GIORDAN propose une entrée pragmatique en cherchant à
" déceler ce qui facilite ( ou inhibe ) l'apprendre".
Il redit ailleurs avec force des choses déjà lues ou
entendues : qu'enseigner n'est pas apprendre, que les apprentissages
devraient commencer très tôt, que l'apprendre en tant que
processus continu ne se réduit pas au " lire, écrire,
compter" présenté trop souvent comme le principal objectif
de l'école. Il dit encore que le métier d'enseignant "est
un métier difficile, voire impossible, qui exige une dextérité
et un sens de l'équilibre sans égal " conviant ainsi
les professionnels de l'éducation à une réflexion
commune sur l'apprendre, avec toutes les implications qu'une réflexion
bien menée et bien instruite pourrait avoir.
Il s'agit de quitter le modèle transmissif, ou du moins d'en
repérer les limites et les incohérences. A.GIORDAN
a beaucoup oeuvré pour une rénovation de l'enseignement
scientifique à l'école. Dans la première partie
de son ouvrage il reprend une idée qu'il a contribué à
vulgariser depuis plusieurs annnées : "la prise en compte
des conceptions de l'apprenant " qui doit "impérativement
devenir le point de départ obligé de tout projet éducatif
". Le modèle transmissif butera de plus en plus sur la complexité
croissantes des situations scolaires. La complexité doit être
appréhendée de manière globale : " Des approches
transversales et systémiques sont mieux adaptées aux enjeux
actuels. "
Les modèles empirique, constructiviste, cognitif, connexionniste
de l'apprentissage sont présentés, reliés à
des école philosophiques et discutés dans leurs apports
et leurs limites.Il y a une dimension de l'apprendre qui n'est pas mesurable
et qui est insuffisamment prise en compte à l'école :
la dimension affective : "Quand à la sphère affectivo-émotionnelle,
si elle n'est niée par personne, elle n'a pas non plus été
prise en compte, faute de modèle explicitant ses liens avec le
cognitif" (p 41) " Bref, l'émotion doit être totalement
intégrée dans l'apprendre " (p 42 ).
L'apprentissage est donc un processus complexe dans lequel interviennent
simultanément l'histoire de la personne, ses connaissances préalables,
son environnement social et culturel et son " intérêt "
à modifier ce qu'il sait déjà pour gagner une connaissance
nouvelle qui peut déstabiliser l'ensemble.
La "motivation", dont on entend beaucoup parler aujourd'hui, ne peut
se comprendre qu'en lien avec l'environnement et plus encore avec la
perception que l'individu se fait de son environnement.
"De même, la perception que l'individu se fait de la situation
d'apprentissage est déterminante. L'importance, l'intérêt,
la qualité d'une activité pédagogique, du moins
l'image qu'il s'en fait en fonction des projets qu'il poursuit, vont
plus ou moins motiver l'élève."Pour qu'il y ait compréhension
d'une situation d'apprentissage, il faut que celle-ci ait un sens pour
celui ou celle qui s'y trouve confronté. L'auteur présente
deux niveaux dans l'apprendre : le premier se situe au stade de l'information
: des données nous sont transmises en permanence par notre environnement
( une salle de classe par exemple) que nous gardons en mémoire
plus ou moins longtemps ( accumulation). A un deuxième niveau
l'apprenant ne peut se contenter d'enregistrer des faits, il doit, par
un processus d'assimilation/accomodation ( modèle de Piaget )
transformer ses savoirs préalables pour en élaborer de
nouveaux qui seront par la suite déstabilisés par la suite.
A.GIORDAN propose
de mettre en place " un environnement didactique ".Cet environnement
devrait permettre à l'individu de dépasser le paradoxe
de l'apprendre :...l'individu ne peut élaborer que par lui-même,
mais en s'appuyant sur l'expérience des autres. Dans le même
temps, l'apprenant n'élabore pas simplement un savoir : il détermine
son propre processus d'apprentissage "( 197)
Un recentrage sur l'apprendre et non plus sur
l'enseigner aurait évidemment de grandes conséquences
sur le métier d'enseignant : mise en place d'un environnement
didactique, prise en compte des erreurs, et surtout une écoute
attentive de chaque élève dans sa différence. Pas
simple assurément et sans doute "plus facile à dire qu'à
faire " c'est pour celà que "compte par-dessus tout la formation
continue. Les enseignants ont à la fois besoin d'être rassurés
et dynamisés. La tâche principale de l'administration est
d'abord de restaurer une confiance dans le corps enseignant. Son rôle
est également de catalyser les énergies." (p221)
Th. Berthou
|