Les pédagogies de l'apprentissage

Marguerite Altet

PUF

Le terme de " pédagogies de l'apprentissage " a été employé pour la première fois par Roger Cousinet en 1959. Ce terme est à mettre en relation avec la pédagogie de l'enseignement.
Marguerite Altet, universitaire, présente dans cet ouvrage les différents courants pédagogiques qui ont contribué à l'émergence d'un courant contemporain centré sur l'apprentissage. Les premières pages présentent différents auteurs importants, les suivantes reprennent plusieurs textes représentatifs.
L'auteur distingue dans un premier temps trois grands types de pédagogies :

- les pédagogies de la transmission dans lesquelles " l'acte d'enseigner implique chez l'élève le fait de recevoir un savoir déjà structuré par l'enseignant et de le transformer en " réponses, performances, savoirs ", mais pas nécessairement le fait de le construire, [...]" Ces pédagogies " traditionnelles ", fondées sur des théories béhavioristes, sont de loin les plus répandues.

- les pédagogies qui prennent appui sur les théories cognitivistes dans lesquelles " l'apprentissage implique des processus internes actifs du sujet, qui interagissent avec le milieu environnant."

- enfin les pédagogies centrées sur l'apprentissage " dans lesquelles le pédagogue se centre sur l'apprenant et met à sa disposition des moyens d'apprendre, des moyens de réussir. Les pédagogues de l'apprentissage s'efforcent de mettre en place des conditions et situations d'apprentissage afin que les élèves apprennent et tentent d'être des médiateurs. "

Les différentes pédagogies de l'apprentissage vont être présentées, décrites et analysées dans l'ouvrage. Ces pédagogies ne s'intéressent pas aux seuls contenus mais aux démarches et procédures utilisées par les élèves. L'enseignement et l'apprentissage sont indissociables mais " les rapports entre les deux peuvent varier et la primauté de l'un et de l'autre modifie totalement les pédagogies mises en oeuvre."

Ce qui est donc intéressant est d'essayer de caractériser ces différentes pédagogies pour savoir, en tant qu'enseignant, ce que l'on fait au moment où on le fait et dans quelle logique on inscrit son intervention auprès des élèves. M. Altet rappelle utilement que depuis la loi du 10 juillet 1989, les pédagogies de l'apprentissage ont acquis de droit si ce n'est encore de fait une visibilité institutionnelle : depuis cette date en effet l'élève est replacé au centre du système éducatif.

M. Altet définit la pédagogie comme " le champ de la transformation de l'information en savoir par la médiation de l'enseignant, par la communication, par l'action interactive dans une situation éducative donnée " et donne les principales caractéristiques des " pédagogies de l'apprentissage" .

Ces pédagogies s'opposent aux pédagogies inspirées des théories behavioristes qui considèrent l'apprentissage comme un conditionnement. "Elles s'appuient sur des conceptions cognitivistes, constructivistes et/ou interactionnistes de l'apprentissage issues de la psychologie développementale et cognitive [...]" Ce n'est plus sur la performance , sur le résultat à court terme que l'on travaille mais sur une transformation de l'apprenant lui permettant de prendre conscience de son mode personnel d'apprentissage. En conséquence l'adulte observe plus qu'il n'intervient (ou du moins, ayant réfléchi à une situation-problème peut-il se mettre en position de l'observer, de la réguler le cas échéant et de l'analyser a posteriori): son rôle est de modéliser des situations d'apprentissage suffisamment ouvertes et motivantes pour que l'élève soit effectivement dans un processus d'apprentissage; " ...un processus significatif qui construit du sens et un processus de changement. "

" Comment l'élève apprend" devient l'interrogation clef de ces pédagogies et comment développer les moyens d'apprendre à l'aide d'une instrumetation pédagogique et didactique. "

" Nous parlerons de pédagogies de l'apprentissage lorsque nous aurons affaire à des pédagogies s'intéressant " aux moyens de la réussite des apprentissages " autant qu'à une réussite immédiate " Ainsi la PPO ( pédagogie par objectifs ) inspirée des travaux de B. Bloom, si elle entre bien dans le champ des pédagogies de l'apprentissage dans la mesure ou les objectifs visant la réussite de l'élève sont définis pour être ensuite déclinés au sein du processus enseignement, "...ne résout pas le problème de l'appropriation des objectifs par l'élève, le problème de l'apprentissage. "

" Cependant ce modèle rationnel d'enseignement qui ne repose sur aucun modèle explicite d'apprentissage, reste très néo-behavioriste : l'élève aurait des "lacunes" que l'enseignant "peut combler" en agençant certaines conditions d'apprentissage, mais comment l'élève réalise-t-il les tâches données, Bloom ne le précise pas. Comme le signale M. Huberman (1988), analysant les caractéristiques de la pédagogie de maîtrise, "Caroll et Bloom n'ont pas élaboré de théories des tâches" ...et " si ce modèle s'est avéré très efficace notamment chez les élèves ne maîtrisant pas l'ensemble des prérequis au début d'une séquence d'apprentissage...il reste à expliquer les mécanismes en jeu à différentes étapes du processus d'apprentissage".
Il reste surtout à adopter une conception plus constructiviste et interactionniste de l'apprentissage, à prendre en compte les apports de J. Bruner et de Vygotski, ce qui amène à s'intéresser aux propres stratégies cognitives de l'élève, à la métacognition dans la réussite des apprentissages. [...]

On ne s'étonnera pas que les pédagogies de l'apprentissage fassent une place très importante au projet et à la pédagogie du projet. Dans le projet, " les objectifs visés ne sont pas émiettés, déterminés et hiérarchisés a priori par un enseignant ou un expert de la matière. " L'élève est actif , donne du sens aux apprentissages et n'est pas mis en position de subir un enseignement conçu et planifié sans que soient pris en compte ses besoins réels, ce qu'il sait déjà et ce qui à quoi il aspire.

La deuxième partie de l'ouvrage reprend les textes de différents auteurs : précurseurs tels que John Dewey ou Roger Cousinet ou contemporains comme Jean Vial, Gaston Mialaret ou encore Louis Legrand. Ces auteurs et d'autres ( Berbaum, Britt-Marie Barth, Meirieu, Develay, Giordan, Astolfi... ) proposent des approches complémentaires sur des notions importantes dans les pédagogies de l'apprentissage comme la métacognition, la notion de conception, de rapport au savoir ou encore celle d'objectif-obstacle. Marguerite Altet illustre et clarifie ces notions et les replaçant dans une dimension historique et en délimitant précisément leurs différents cadres théoriques. Cette mise en perspective, claire et bien construite, fait de l'ouvrage de Marguerite Altet un outil précieux pour introduire une réflexion sur les relations entre enseignement et apprentissage, réflexion trop longtemps et encore trop souvent centrée sur le seul processus enseignement.

T.B

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