Propos sur le
champ politique .
avec une introduction de
Philippe
Fritsch
PUL:Presses Universitaires de Lyon
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Cet ouvrage reprend le texte d'une conférence donnée par le sociologue Pierre Bourdieu le 11 février 1999 dans une université de Lyon. Dans une longue introduction qui a pour objet d'informer " sur les conditions, non pas circonstancielles, mais cognitives ", de l'entretien, Philippe Fritsh rappelle les orientations de l'entreprise : " mettre radicalement en question ce qui se donne comme allant de soi, et soumettre à l'analyse non seulement ce qui prétend y échapper en tant qu'idée et volonté, mais aussi, en amont des prises de position et décisions délibérées ou encore des analyses et commentaires "autorisés" qui en sont faits par des spécialistes "faisant autorité", les catégories de perception et d'expression qui sont en usage dans le monde politique, autrement dit l'impensé de la politique. " On pourra s'étonner de lire une note de lecture consacrée à un livre sur la politique sur ce site. Pendant l'entretien P Bourdieu n'évoque que rarement l'école : " Le système scolaire c'est pareil. Le système scolaire français est en voie d'implosion. ". Son inquiétude a surtout pour objet la notion de service public : " Le service public, les transports publics, l'hôpital public, l'école publique, etc, tout cela est une civilisation tout à fait extraordinaire qui a été difficile à construire. " On s'étonnera moins si, dans le titre de la conférence
" Le champ politique " , on met l'accent sur la notion de
"champ ". Cette notion avec d'autres comme celles d'"habitus",
de "violence symbolique" ou encore de "reproduction"...est
constitutive du travail sociologique mené par Pierre Bourdieu
. Quelles conséquences ? Les frontières des différents champs peuvent se déplacer, certains groupes peuvent ainsi être déclassés ou disqualifiés, d'autres être appelés à faire partie de champs constitués. " Ce que l'on appelle des luttes de classes sont en fait des luttes de classement " Ces classements s'auto-alimentent et " Changer ces principes de classement n'est pas simplement faire un acte intellectuel, c'est aussi faire un acte politique dans la mesure où les principes de classement font des classes qui sont mobilisables. " Beaucoup sont exclus "Parce que le propre des victimes de l'oppression économique est d'être sans voix , à tous les sens du terme. " . Sur la base de cette exclusion se développent le consumérisme scolaire, le rapport utilitariste aux savoirs teinté d'un certain cynisme. P.Bourdieu rappelle à cet égard que " Les principaux utilisateurs pratiques de la sociologie de l'éducation qui montrait le rôle de la transmission du capital culturel dans les familles, ont été les familles bourgeoises, cultivées; qui ont en quelque sorte été inclinées par les constats de la sociologie à rationaliser la transmission du patrimoine. Il faudrait argumenter mais le danger que courent toutes les analyses qui dévoilent des processus susceptibles d'être jugés funestes, c'est sans doute de donner à ceux qui vivent de procédés funestes les moyens de les améliorer. " Quelle peut être la place du sociologue dans un débat un peu désinvesti par le politique et saturé d'idéologie : " Je pense qu'il serait important que les chercheurs puissent dire leur mot sur les problèmes de vision et de division, sur ce qu'il en est du monde social qu'ils passent leur vie à étudier collectivement pour produite un savoir . " La voie est étroite si l'on pense avec Max Weber qu' " On ne peut être en même temps homme d'action et homme d'études, sans portée atteinte à la dignité de l'un et de l'autre métier, sans manquer à la vocation et de l'un et de l'autre. " ("Le savant et le politique") Sans doute, mais, pour reprendre la question posée au dos du livre, " peut-on se taire quand il y a urgence ? " T.B |