L'ouvrage d'Alain Lieury et Fanny De la Haye s'adresse
en premier lieu " aux étudiants de 1er cycle universitaire
en psychologie et sciences de l'éducation" sachant,
comme les auteurs le soulignent en introduction, qu'une partie très
importante des étudiants (un à deux tiers) inscrits en
première année de psychologie (à Rennes 2 mais
également dans d'autres universités) souhaitent se préparer
aux métiers de l'enseignement. L'objet de l'ouvrage est d'établir
des passerelles entre la recherche et la pédagogie, en veillant
à ce que ces deux champs s'éclairent mutuellement.
Les cinq chapitres du livre ("L'enfant et l'école",
"mémoire et apprentissages", "lecture et compréhension",
"l'intelligence et la résolution de problèmes",
"contexte et fonctionnement psychologique") apportent de nombreuses
informations sur ce qui constitue, détermine ou favorise l'apprentissage
et la compréhension.
Pour apprendre il faut que l'élève "soit
activement engagé dans l'élaboration de ses savoirs".
Le premier chapitre reprend les principales données et théories
concernant le développement de l'enfant, en resituant les apports
d'auteurs majeurs comme Piaget ou Vygotski. Les sous-parties concernant
le développement du langage et l'évolution du dessin rappellent
de manière synthétique les différents stades du
développement de l'enfant. La conclusion plaide pour une plus
grande prise en compte des travaux scientifiques dans le champ pédagogique
à travers des dispositifs qui "visent à permettre
la réussite de tous" même si l'auteur admet "que
leur mise en oeuvre demeure complexe".
Dans le chapitre concernant la mémoire, A. Lieury
commence par épingler "les restes fossiles "
d'anciennes théories puis décrit, en s'appuyant sur de
nombreux travaux, le fonctionnement de notre mémoire et son rôle
capital dans la compréhension qui s'effectue le plus souvent
à l'aide d'inférences :" L'information est reconstituée,
déduite, à partir d'informations contenues dans d'autres
parties de l'arborescence. L'inférence est une sorte de raisonnement,
non par logique formelle, mais à partir d'un réseau de
connaissances" Ce fonctionnement en arborescence de la mémoire
est illustré par de nombreux résultats de recherches sur
les associations qui différent entre enfants et adultes : à
un mot test comme "musique", un élève de CE
2 associera "chanson", un élève de CM1 "danser",
un élève de CM2 "disque" et enfin un adulte
donnera le mot "note". L'auteur rappelle ensuite les distinctions
entre mémoire à court terme, mémoire de travail
et mémoire à long terme. Ces différentes mémoires
ont chacune un rôle dans le processus de compréhension
: "pour comprendre une phrase, il faut stocker temporairement
plusieurs mots de la phrase le temps qu'il y ait accès sémantique
en mémoire à long terme". Les connaissances sont
également plus ou moins organisées ce qui devrait avoir
comme conséquence pédagogique de donner des cours déjà
divisés en parties et sous-parties à apprendre. Selon
Alain Lieury, "Il ne faut donc pas opposer, en pédagogie,
l'apprentissage par coeur à la compréhension : les recherches
montrent que la sémantique s'apprend également, non par
coeur (mémoire lexicale) mais par répétition d'épisodes
ou contextes variés, permettant aux concepts d'acquérir
différentes facettes de sens."
Le rôle de la mémoire de travail est également
rappelé dans le long chapitre consacré à la compréhension
dans le domaine de la lecture. Fanny de La Haye rappelle les données
les plus récentes sur les difficultés rencontrées
par les jeunes lecteurs et l'interêt de concevoir des situations
permettant un travail spécifique sur la compréhension
au cycle 3. Les difficultés, de l'apprentissage du code jusqu'à
la compréhension, sont clairement présentées en
établissant à chaque fois des liens cohérents entre
les travaux de recherche récents, les méthodes utilisées,
des outils existants et des pistes de travail possibles dans les classes.
Ainsi sur les difficultés spécifiques au domaine de
la compréhension en lecture, Fanny de La Haye resitue les différents
niveaux du traitement linguistique : le mot, la phrase, la relation
interphrases et le texte et propose pour chacun de ces niveaux des pistes
de remédiation et des conseils "pour une pédagogie
adaptée de la compréhension en lecture" parmi
lesquels : - proposer des activités axées sur le vocabulaire
- proposer des activités visant à améliorer les
capacités d'analyse syntaxique ou encore : - apprendre aux élèves
les procédures nécessaires à la compréhension
afin qu'ils se les approprient et les utilisent à bon escient.
Il est nécessaire cependant (Chapitre 5 : Contexte
scolaire et fonctionnement psychologique) que certaines conditions soient
réunies pour que les élèves puissent mettre en
place et utiliser des procédures efficaces : un élève
ne peut pas progresser s'il n'est pas motivé, cette motivation
étant la résultante de deux besoins fondamentaux "le
besoin de compétence et le besoin d'autodétermination"
. Les élèves, s'ils ne sont pas encouragés, si
les tâches proposées les mettent régulièrement
en échec, peuvent renoncer et adopter une attitude passive. Les
causes de cette "résignation apprise" ne sont
pas à rechercher systématiquement chez les élèves
eux-mêmes : " ...dans beaucoup de situations, le découragement
ou la dépression ne sont pas forcément dus à des
facteurs de personnalité (anxiété, passivité,
manque de dynamisme...) mais à des situations antérieures
où l'individu aurait appris qu'il ne pouvait rien faire."
On voit clairement l'intérêt d'intégrer ces éléments
dans les réflexions autour de la difficulté et de l'échec
scolaires.
L'ouvrage d'Alain Lieury et Fanny de La Haye constitue
une bonne introduction aux différents domaines de recherche qui
intéressent l'école aujourd'hui . L' articulation qu'il
établit entre recherches et pratiques effectives, même
si les pistes de travail ne sont qu'esquissées, devrait autant
intéresser ceux qui se destinent à l'enseignement que
les professionnels, spécialisés ou non, qui ont à
penser et décliner cette articulation au quotidien.
Th B