Le fait que cet ouvrage d'une centaine de pages soit écrit par un médecin pédiatre apporte un éclairage nouveau sur les difficultés scolaires. La notion de " retard " s'inscrit en filigrane tout au long du livre avec celle, dont on entendait moins parler durant ces dernières années, de " maturité ". Le ton général est critique : " La tendance générale du système éducatif français est de commencer les apprentissages trop tôt et d'aller trop vite ." ,réaliste : "Contre ce type d'erreurs, les prescriptions et les règlements sont inefficaces; ce sont les mentalités qu'il faut changer et, par conséquent, s'efforcer de convaincre. Cela demande des efforts persévérants et ne se fera pas du jour au lendemain " et....constructif :" Ne pas dramatiser les difficultés ."
Le fait ensuite que G.Vermeil aborde la scolarité en termes de développement l'amène à consacrer un chapitre à la notion de " normalité " à travers des tableaux statistiques : " Ces notions de normale, de moyenne et de fréquence sont très souvent confondues et cette confusion est à l'origine d'erreurs et d'incompréhensions dont les conséquences peuvent être désastreuses . " La croissance des enfants est variable d'un individu à l'autre, il y a des phénomènes de rattrapage qui rendent la notion de retard très relative. Même si de l'avis même de l'auteur " La transposition des informations tirées de l'observation de la croissance en taille sur l'ensemble du développement mental ne doit pas se faire sans précautions " G.Vermeil invite le lecteur à réfléchir au caractère non fixé de la normale.
Le chapitre II s'attache à démontrer le hiatus existant entre l'entrée au cours préparatoire, rituellement fixée à six ans, et les capacités d'apprentissage réelles des enfants. Un " doublement " du CP ayant des conséquences importantes sur la suite de la scolarité, l'auteur conseille de différer, comme celà se fait dans d'autres pays comme l'Allemagne, l'entrée au cours préparatoire pour certains élèves. " Et c'est là que se commettent les erreurs irréparables: les statistiques du ministère de l'Education nationale nous apprennent que, parmi les élèves parvenus au 2° cycle de l'enseignement secondaire, pratiquement aucun n'a redoublé le C.P. Le redoublement à ce stade implique presque toujours l'échec de toute la scolarité ".
La pression sociale d'abord, parentale ensuite, empêcheraient la prise en compte du développement réel de l'enfant . G.Vermeil évoque, là encore, le degré de maturité des enfants mesurée habituellement par différents tests : "Il apparait donc qu'en faisant confiance à ce mode d'évaluation des aptitudes, on serait amené à refuser l'entrée au CP à un tiers des enfants de 6 ans ". Prendre le temps et donc ne pas vouloir aller trop vite .L'auteur propose dans un autre chapitre de substituer à l'expression " apprentissages précoces " qui ne veut rien dire, l'expression suivante : " apprentissages imposés ou proposés prématurément " et fustige la " précocitomanie " des parents français.
Epinglée également la notion " d'égalité des chances " : " Croire qu'en regroupant des enfants du même âge en un même lieu, en leur imposant les mêmes apprentissages, la même vitesse de progression et les mêmes méthodes d'enseignement, on assure " l'égalité des chances " est un contresens : il y a confusion entre uniformité des conditions et égalité des chances ."
L'égalité des chances supposerait la prise en compte effective des différences individuelles, ce qui impliquerait de " pouvoir consacrer le temps et les moyens nécessaires pour leur permettre de profiter de l'enseignement donné à l'école ."
Dans le chapitre V, G. Vermeil revient sur la nocivité d'un " doublement ", nocivité démontrée par de nombreuses recherches tant sociologiques que psychologiques. Il serait préférable de retarder l'entrée de certains enfants à l'école ou au moins s'efforcer d'apporter des réponses correspondant aux besoins réels des élèves.
Suivent des conseils destinés aux parents parmi lesquels :
-" Bannir le mot " retard "
- " Ne pas dramatiser les difficultés "
- " Accepter les ralentissements, pas les redoublements ."
Sachant que : " La période cruciale de la scolarité est celle du début des apprentissages : lecture, écriture, calcul . "
L'ouvrage de G.Vermeil a le grand mérite d'inscrire les apprentissages scolaires dans le développement général de la personne. " Retard " " Redoublement " sont des mots qui renseignent davantage sur nos représentations d'enseignants que sur des faits avérés . L'école doit faire faire des progrès à tous les élèves , quel que soit le stade de leur développement propre. Une meilleure communication entre parents et enseignants permettrait sans doute d'alléger la pression sociale et d'harmoniser les attentes respectives. Quand aux élèves, qui " résistent " de plus en plus à l'enseignement traditionnel, ils devraient être plus intéressés à leur propre formation.
" Le seul remède pour obtenir une vraie participation des élèves au travail scolaire est de rendre l'école intéressante et d'en faire un vrai lieu de vie. " On ne peut que souscrire à une telle déclaration.
Ouvrage utile donc, " sévère pour le système éducatif français " ,qui pointe l'urgence d'une transformation qualitative des pratiques, tant les changements sociaux sont importants et demandent de nouvelles adaptations du système scolaire.
On aurait cependant aimé, à côté des mises au point utiles, un plus long développement sur la notion souvent évoquée de " maturité ". De quoi est faite cette maturité ? Quelles en sont les différentes caractéristiques ? Est-elle mesurable ?