Sociologie de l'éducation.
Anne Barrère et Nicolas Sembel

Anne Barrère
Maître de conférences en sociologie à l'IUFM du Nord Pas-de-Calais et à l'Université de Lille III
Nicolas Sembel
Maître de conférences en sociologie à l'IUFM d' Aquitaine et à l'université de Bordeaux II


Comme l'écrit François Dubet dans la préface: "Le lecteur de ce livre ne saura pas ce qu'il faut faire mais il saura, au moins, ce qu'il lui faut éviter de faire pour ne pas reproduire les erreurs et les illusions du passé. " En une centaine de pages les auteurs dressent l'état des lieux des connaissances sociologiques, des principales théories et recherches dans le domaine de l'éducation. Comme l'écrit encore F.Dubet ,
"...la sociologie de l'éducation ne concerne pas seulement les sociologues mais [...] elle doit être le bien commun des enseignants . "

Les quatre chapitres :

    1. Ecole et socialisation
    2. Ecole et sélection
    3. Ecole et apprentissage
    4. Ordre et désordre à l'école

constituent une bonne introduction à la sociologie de l'éducation en éclairant différents processus actifs à l'école aujourd'hui. L'entrée à la maternelle, en tant que début de la socialisation , marque une étape importante : " A l'école pour les élèves de milieux populaires, l'éloignement de la culture scolaire de leur propre univers social peut faire de la socialisation une série d'épreuves tant les différents registres d'action sont difficiles à combiner ." Au passage la prétendue " démission des familles " est épinglée : cette démission n'existe pas. Il y a participation de toutes les familles aux projets scolaires ainsi qu'un attachement à des valeurs comme le travail et la discipline . Par contre les attentes des enseignants ne sont pas toujours perçues par les parents et c'est à un problème de lisibilité globale du système école qu'ils se heurtent le plus souvent, aussi les efforts visant à expliquer l'école aux parents doivent-ils être encouragés. " Des actions visant à faire comprendre les attentes des instituteurs aux parents peuvent avoir à cet égard des résultats spectaculaires, en permettant à l'enfant de circuler dans un univers moins clivé . ( Chauveau G, Rogovas-Chauveau E )

Le chapitre concernant " l'école et la sélection " , après avoir évoqué les recherces antérieures sur le sujet reprend les différents éléments qui peuvent intervenir à des degrés divers dans la fabrication de la sélection à l'école ainsi que les périodes de la scolarité ou celle-ci est la plus nette. "L'inégalité des parcours scolaires se focalise sur des moments clés : la réussite au CP, par exemple, dont on peut montrer qu'elle est un facteur prédictif important des réussites futures. ( Duru-Bellat, Jarousse, Mingat 1993 ) .Plusieurs " effets " peuvent peser sur la destinée scolaire des enfants :

    1. L'effet collège : " Les fils d'employés ou d'ouvriers réussissent plutôt mieux dans l'enseignement privé : ils sont moins " éliminés " en fin de cinquième et conduits davantage sans redoublement en troisième, ou en terminale ."p 49
    2. L'effet- classe : " Les classes hétérogènes éliminent ainsi le risque de stigmatisation des groupes faibles, alors que les classes de niveau peuvent produire des effets de clôture en enfermant les élèves dans une image de " cancres ".
    3. L'effet-maître : " Il existe des stéréotypes défavorables liés à une basse origine sociale : à réussite scolaire égale, les enfants d'ouvriers français sont deux fois moins considérés comme susceptibles d'attirer un jugement professoral favorable que leurs condisciples favorisés. ( Zimmerman, 1982 )

De la macro-sociologie à la micro-sociologie le thème des inégalités sociales et le rôle de l' école dans la construction et la perpétuation de ces inégalités est au coeur de la sociologie de l' éducation. Les travaux actuels se centrent davantage sur les acteurs et moins sur les structures, ce qui peut amener une meilleure compréhension des situations locales . " ...les interactions et les comportements pédagogiques, puisqu'ils sont loin d'être simplement déterminés par des situations sociales, peuvent être le levier d'amélioration du système, notamment au niveau local ." ( p 62 )

Et l'élève ? Pour évoquer les recherches sur les apprentissages à l'école, les auteurs reprennent la notion de "métier" c'est-à-dire l'idée que l'éléve, le collégien et l'étudiant mettent en place des stratégies dans leurs travaux quotidiens et mobilisent des capacités qui n'ont pas toujours de liens avec le travail purement scolaire. " L'élève ne doit pas travailler n'importe comment pour réussir, et donc il peut travailler beaucoup, mais mal, et échouer ; ou encore il peut travailler peu, ou juste ce qu'il faut, mais stratégiquement , et réussir ." ( p 70 ) Anne Barrère et Nicolas Sembel soulignent les évolutions à l'intérieur du système-école durant ces dernières années : la relation pédagogique a évolué, les représentations des enseignants se sont transformées et leurs pratiques se sont également renouvelées. L'élève est-il devenu pour autant acteur à part entière de ses apprentissages et de sa scolarité ? Plusieurs études apportent des réponses négatives à cette question en montrant la permanence de certaines pratiques traditionnelles. Mais là encore rien n'est simple puisque des travaux ont mis en évidence que les méthodes " nouvelles " ne convenaient pas à tous les élèves. " C'est que la connaissance de l'élève, de ses stratégies d'apprentissage, de ses rythmes propres d'acquisition ou même des représentations préalables qu'il se fait de tel ou tel objet de savoir n'est guère un projet simple à réaliser dans un environnement massifié, et avec des contraintes inchangées quant aux modalités d'évaluation, de passage et d'examen . " (p76)
Les travaux sociologiques s'orientent aujourd'hui vers l'activité scolaire et vers les savoirs scolaires transmis à l'école .

Le dernier chapitre de ce livre utile s'intitule " Ordre et désordres à l'école " . Il évoque la "dérégulation" scolaire et montre les répercussions à l'intérieur de l'école de problèmes sociaux . Violence, racisme et incivilités entrent à l'école et mettent à mal les repères habituels des enseignants et des familles. C'est tous les jours, école par école , collège par collège, que doivent se construire les solutions aux problèmes parfois très difficiles qui surviennent. Ces solutions passent par une bonne connaissance ainsi qu'une bonne compréhension des mécanismes et des processus à l'oeuvre quotidiennement dans les établissements. Pour cette raison, la sociologie de l'éducation , qui " se caractérise par la cumulativité de ses savoirs ..." et la diversification des problématiques , peut devenir une ressource importante pour les différents acteurs du système-école, et notamment les enseignants.

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