"Ce fascicule fait partie d'une série
présentant des histoires de vie de familles ayant un enfant en
situation de handicap."
Ces histoires de vie s'organisent autour d'approches
non psychologiques mais sociologiques " pour examiner les répercussions
du handicap sur la vie sociale et professionnelle de ces parents."
. Cette approche compréhensive permet, en croisant
les récits des membres d'une même famille confrontée
au handicap, d'élaborer progressivement un "texte explicatif".
"La famille a "donné" quelque
chose d'elle-même, elle "reçoit" en retour ce
texte explicatif qui l'intéresse dans la mesure où il
va découvrir des aspects de sa vie qu'elle n'avait pas vus sous
cet angle. Cela peut parfois correspondre à des révélations"
Ces récits de vie sont suivis d'une analyse
permettant de dégager des régularités et des convergences
dans les différentes expériences.
Les entretiens de la jeune fille présentant
un handicap psychique, de sa mère, de son père et des
ses deux soeurs, permettent de prendre la mesure du "cataclysme"
que constitue l'annonce du handicap. Le plus intéressant pour
le lecteur, dans ce qui est dit et ce qui ne l'est pas, est d'approcher
les différentes implications sociales, affectives, matérielles
du handicap.
Chaque membre de la famille s'interroge sur les changements
et les déséquilibres amenés par le handicap psychique,
les tensions entre les parents " La situation de handicap est
une sorte de miroir grossissant des relations au sein de la famille
et du partage des rôles entre le père et la mère
par rapport à l'enfant.", le traumatisme de l'une des
soeurs qui ne supporte plus que l'on élève la voix, mais
également sur le parcours de la famille en tant que groupe restreint
: les rencontres avec des professionnels remarquables (dans ce cas une
psychologue qui garde encore le contact avec la famille aujourd'hui
) et d'autres moins ou pas du tout à l'écoute; ce sur
quoi la famille a pu s'appuyer, sur ce qui a fait défaut (notamment
les échanges avec d'autres, l'écoute bienveillante).
Ces récits de vie sont également précieux
pour comprendre la lente évolution entre des approches exclusivement
psychologisantes (culpabilité des mères, jargon daté)
et de nouvelles approches de la maladie psychique, même si les
efforts pour sortir du tabou, de la culpabilité et pour passer
"de la faute à la compétence" sont à
renouveler sans cesse.
Le témoignage de la jeune fille est également
le signe que l'on s'intéresse davantage à la personne
qu'à sa maladie : "j'ai l'impression que ma maladie une
grande place" " j'ai le sentiment d'avoir un statut de malade"
avec le difficile équilibre entre un désir d'indépendance
et la reconnaissance envers une mère très présente
"je crois que ma mère a joué un rôle essentiel
dans mon manque d'autonomie" , la lucidité sur son parcours
" Si je n'avais pas eu ma mère, je crois qu'honnêtement
j'aurais été foutue pendant de nombreuses années,
car c'est elle qui s'occupe de tout " et le besoin exprimé
de façon également lucide d'un lieu " pour que
les malades et leurs familles puissent consulter en cas "de
plombs qui pètent", pour soulager les familles. "
La deuxième partie du fascicule présente
une analyse transversale des différents récits, en pointant
ce qui est commun aux différents témoignages et sur ce
qu'ils ont de particulier. On évoque beaucoup les mères
qui restent (lorsque les pères le plus souvent démissionnent)
et qui le plus souvent font face, en développant des compétences
au contact de leur enfant. Par exemple cette mère d'enfant autiste
se rend compte, jour après jour, "que partout où
elle stimule, ça marche et là où elle ne stimule
pas, cela ne marche pas. Alors elle consacre une grande partie de son
temps à stimuler."
Le projet Equal Conciliation Famille Handicap,
dans lequel s'inscrivent quinze fascicules sur différents handicaps,
souhaite faire un état des lieux des difficultés et des
besoins des familles. Le cadre retenu et les expériences relatées
peuvent permettre d'avoir une meilleure compréhension du handicap
vécu à l'intérieur des cellules familiales.
T.B