Partenariat

"En même temps qu'elle souligne la difficulté ou l'impossibilité pour les parents des couches populaires de se constituer partenaires, la norme du partenariat alimente le constat de leur non-présence ou de leur non-participation et fabrique la figure de parents non-partenaires. Aucun parent ne peut se soustraire au partenariat car l'absence de collaboration est interprétée, tantôt comme un signe de mésentente ou de conflit avec les acteurs de l'école, tantôt comme l'expression d'un désintérêt et d'une défection volontaire. Tout se passe donc comme si les incitations au développement du partenariat institué ne faisaient en réalité qu'accroître les effets de disqualification et de stigmatisation de parents qui peinent à répondre à l'attente de l'école et subissent la réprobation qui condamne les familles qui ne s'impliqueraient pas. Ce faisant, on est conduit à s'interroger sur les fonctions remplies par le partenariat et, sans le réduire à cette seule dimension, à se demander s'il ne constitue pas un mauvais service que les "dominants" rendent aux "dominés", en prescrivant un modèle de relations qui les désavantage voire les rend responsables de l'échec scolaire ou des difficultés qu'il prétend combattre. Les déficits et carences que les thèses du "handicap socio-culturel" ont attribué à des familles engendrant malgré elles l'insuccès scolaire de leur enfant trouvent là une manière de renouvellement en mettant en cause le manque d'ambition, de motivation ou tout simplement de "bonne volonté" de parents négligeant l'offre de partenariat et avec elle, l'institution scolaire."

A y regarder de plus près, tout se passe comme si le partenariat fonctionnait d'abord comme un recours et une sécurité pour l'institution scolaire et les enseignants, qui peuvent ainsi en appeler à la responsabilité des parents, avant d'être un dispositif que les parents utilisent pour témoigner de leurs attentes, préoccupations ou raisons justifiant leur position en retrait de l'école. Dans ce rapport, source de mises en cause réciproques, l'institution parle des familles plus qu'elle ne les voit, s'autorise à dire sur elles plus qu'elle ne sait, ce qui ne manque pas en retour d'aviver un sentiment d'exaspération ou d'injustice chez une partie des parents.

Ecoles et familles populaires.Sociologie d'un différend
Pierre Périer
Presses Universitaires de Rennes 2005


"Je m’interroge toujours sur ce qu’il y a au-delà des mots. Je ne crois pas que le partenariat, cela ne soit que des mots. Mais j’ai quand même le sentiment (même s’il faut prendre en compte les époques et les établissements) qu’il y a plus de mots que de réalité. Entre autres parce que l’école n’est pas toujours disposée, à travers ses différentes structures d’encadrement et ses personnels, à pousser très loin le travail en partenariat. Je dirais qu’il faudrait plus : du point de vue de l’école, que l’environnement permette à l’école de faire son travail plutôt que travailler directement avec l’école. Ceci dit, c’est quelque chose qui a bougé en vingt ans. Parce qu’il y a plus de structures d’échanges, que ce soit dans le cadre des Contrats éducatifs locaux (CEL) ou dans les conseils d’établissements ou encore dans les structures de ZEP/REP où il se passe davantage de choses aujourd’hui. Parce que les partenaires de l’école ont exprimé des impatiences parfois vives. Parce que l’école est aujourd’hui de moins en moins persuadée qu’elle a toutes les réponses, autrement dit elle sait qu’on ne peut pas tout faire avec le pédagogique. Ce qui représente aussi un risque lorsque l’on passe de « On ne peut pas tout faire » à « On ne peut rien faire ». Dans certains endroits, on a sauté le pas. Dans d’autres, ce n’est pas le cas et on s’est dit « Il y a des choses qui dépendent de nous et d’autres qui ne dépendent pas de nous ». Par exemple, des établissements ont fait appel à des associations pour l’accueil et l’aide aux familles, mais pas pour ce qui concerne les apprentissages et la mise au travail des élèves."

La notion de « partenariat » dans l’histoire des politiques éducatives
Dominique Glasman
Professeur d’université, chercheur au CERAT (Centre de recherche sur le politique, l’administration, la ville et le territoire – Grenoble)


"Pour moi, toutes les formes de partenariat dans les ZEP ne se valent pas, et je privilégie les partenariats centrés sur les apprentissages et sur la réussite scolaires. D’autre part, l’importance des politiques municipales et de la politique de la Ville sur cette question, c’est qu’il n’y a de développement local, tout ce que l’on a appelé « développement social des quartiers » (DSQ), sans développement intellectuel et culturel des populations. Il faut donc placer au cœur des activités de développement la promotion intellectuelle et culturelle des populations, et notamment des populations jeunes scolarisées. Et l’école participe, représente un des lieux privilégiés du développement intellectuel des populations. L’école doit être consciente qu’en faisant son travail d’école, en se centrant sur la qualité des enseignements scolaires, elle participe aussi à la qualification (valorisation) du territoire. L’objectif général des partenariats noués autour des apprentissages de la lecture, c’est d’essayer d’activer les stades d’apprentissage des enfants, qui débordent largement l’école, et d’activer le réseau d’apprentissage de la lecture de l’enfant."

Le partenariat « lecture » dans les ZEP
Gérard Chauveau
Chercheur associé à l'INRP et au CRESAS
(Centre de recherche de l'éducation spécialisée et de l'adaptation scolaire)

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