La formation des enseignants et autres personnels de l'Education nationale .

L'un des obstacles à l'intégration des enfants et adolescents dans les classes ordinaires d'enseignement, évoqué de manière lancinante et parfois virulente, est l'absence de formation des enseignants. Selon certains, elle est inexistante, pour d'autres, elle est notoirement insuffisante. Tous les interlocuteurs s'accordent pour considérer qu'une formation réelle et dense à l'intention de tous les enseignants serait une garantie de la réussite des actions d'intégration, en amenant les acteurs à passer d'une attitude «charitable» à une conduite naturelle d'ouverture à la différence.

Plusieurs témoignages font état de la bonne volonté des enseignants mais aussi de leur crainte de ne pas « savoir faire » au moment de l'accueil d'un élève handicapé dans leur classe, de ne pas savoir également les conséquences du handicap ou de la maladie sur la scolarité de l'enfant .Les représentants d'une association déclarent que «les enseignants travaillent à partir d'empathie plus que d'attitudes professionnelles, ils ne sont pas assez professionnels par rapport à d'autres qui le sont, et pensent qu'ils ne sont pas capables d'adapter leur enseignement aux enfants différents».

Le manque d'information est criant sur le fonctionnement des commissions ainsi que sur les aides dont les professeurs, quel que soit le niveau d'enseignement, peuvent bénéficier lorsqu'ils scolarisent de tels élèves dans leur classe.

Cependant les porte-parole d'une autre association conviennent que si la formation initiale est insuffisante, le plus gros travail se fait au sein de la communauté éducative, lorsque la situation d'intégration se présente, et dans le cadre de la mise en œuvre du projet d'établissement

Des organisations syndicales relaient les associations de parents pour solliciter davantage de formation en faveur des enseignants. L'une d'elle considère que ce devrait être une priorité du ministère de l'Education nationale, d'autant que « les stratégies en faveur des élèves handicapés sont tout à fait transférables en direction des élèves en difficulté». Une autre constate que « rien n'est fait en faveur des professeurs du second degré », alors qu'une troisième lui fait écho en souhaitant une formation de l'équipe d'établissement et en revendiquant la formation des infirmières de santé scolaire en IUFM, mais en relation avec le ministère de la Santé.

Les représentants des personnels de direction déplorent également l'absence de formation dans ce domaine et constatent le manque de professionnalisme des chefs d'établissement dans la mise en œuvre des contrats d'intégration. La méconnaissance des UPI dont ils ont fait état lors de l'audition révèle, s'il en était besoin, la nécessité d'une formation de base dans le domaine de l'accueil des élèves handicapés dans le second degré.

Lors de ses visites dans les départements, la mission a pu faire des observations et recueillir des témoignages d'enseignants qui confirment assez largement ces insuffisances énoncées. De manière récurrente , on regrette une absence d'information et de formation sur le handicap, sur les attitudes à adopter face à des situations particulières et sur les pratiques pédagogiques les plus adaptées pour assurer la meilleure efficacité de l'enseignement Parfois des formations particulières sont souhaitées pour mieux maîtriser le matériel spécifique à tel type de handicap, notamment  les outils informatiques. Cependant, ainsi que le fait remarquer un proviseur, il ne paraît pas souhaitable de spécialiser certains professeurs dans un établissement car l'intégration doit être l'affaire de tous, l'important étant que les professeurs concernés puissent compter sur des relais pédagogiques ou techniques.

Parfois, c'est moins une action de formation qui est souhaitée que la mise en œuvre de groupes d'analyse de la pratique, de lieux de parole, d'écoute où les enseignants qui intègrent des élèves handicapés peuvent exprimer leurs préoccupations, leurs difficultés, voire leur angoisse, ou échanger sur leur pratique et sur les relations qu'ils entretiennent avec les parents et les différents partenaires. Dans certains cas, ces réunions ont lieu, dans le premier degré, sur le temps consacré aux animations pédagogiques, elles sont assurées par un psychologue scolaire et le secrétaire de CCPE, sous la responsabilité de l'inspecteur de l'Education nationale; dans d'autres cas, c'est l'intervention d'un spécialiste extérieur qui est réalisée ou simplement souhaitée (type «groupe Balint »).

La mission a eu le souci d'obtenir des informations précises sur ce qui était dispensé effectivement dans les IUFM Par l'intermédiaire de la Doyenne de l'inspection générale, elle a interrogé les inspecteurs généraux - correspondants académiques, membres de droit du conseil d'administration des IUFM. Ceux-ci ont pu s'informer auprès des directeurs d'IUFM ou étudier les contenus des programmes de formation
De cette rapide enquête émanant des 22 académies, il ressort que, dans 5 IUFM, aucune formation n'est prévue sur l'accueil des élèves handicapés. Les raisons évoquées portent sur la saturation des plans de formation et sur la définition d'autres priorités. Dans un cas, l'absence de formation pour les professeurs des écoles est justifiée par le fait que, dans les départements de l'académie en question, on veille à ce que les PE ne soient pas nommés sur des postes AIS, oubliant que ces jeunes enseignants peuvent avoir des enfants handicapés en intégration  dans leur classe.

Cette formation est clairement identifiée pour les professeurs des écoles ( PE) dans 17 IUFM, et pour les professeurs de lycées et collèges ( PLC) ou professeurs de lycées professionnels ( PLP) dans 7 IUFM.

Il y a lieu d'analyser plus attentivement les remontées de l'enquête et de faire la distinction entre la formation prévue pour les personnels enseignants du premier degré (PE) et les personnels du second degré ( PLC et PLP) dans les IUFM concernés:

- La formation des PE est toujours  obligatoire et se déroule sur des modules dont la durée varie de 3 heures à 25 heures, la majorité se situant proche de 10 heures. Elle est assurée la plupart du temps par l'inspecteur  de l'Education nationale chargé de l'adaptation et de l'intégration scolaire (IEN/AIS), secondé de son équipe d'animation, au par des professeurs d'IUFM, ou encore par des professeurs du département AIS de l'IUFM .On fait état parfois d'intervenants extérieurs (médecins de santé scolaire ou directeurs d'établissements spécialisés) mais en nombre relativement réduit.
Ces modules obligatoires sont doublés, dans de rares cas, par des modules optionnels qui consistent surtout en visites d'établissements accueillant des élèves handicapés.

- La formation du PLC a PLP estt obligatoire dans 2 IUFM et optionnelle dans tous les  autres- D'une durée variant de 3 heures à 12 heures, elle est bien souvent associée à des thèmes assez larges qui l'englobent  et qui traitent de la gestion de  l'hétérogénéité de la population scolaire : « enseigner en situation difficile ", « élèves en difficulté », « diversité des publics scolaires ». Dans un   IUFM elle est  abordée dans le cadre de la didactique des  disciplines pendant une journée et demie et assurée par des professeurs. Ce premier temps est suivi de 3 séminaires de 3 heures animés par des chefs d'établissements, juges, magistrats. Il est manifeste que la notion d'élèves en difficulté est vue sous une acception assez extensive et que l'accueil des adolescents handicapés dans le second degré n'est abordé que de manière annexe.
Un seul IUFM fait état explicitement de la réalisation d'un module, toujours optionnel, sur « l'intégration pédagogique des enfants handicapés ».

Dans deux IUFM, des moments de formation commune PE - PLC sont prévus sous forme de conférences, dans le cadre de l'éducation à la santé, ou sur des thèmes plus précis « étudier et travailler malgré le handicap» et «comment travailler avec des enfants atteints de dyslexie » (conférences dites « du mercredi soir»).

La formation continue, qui ne relève des IUFM que depuis la rentrée 1998, est un peu le reflet de la formation initiale. Les membres de la mission, au cours de leurs visites dans les départements; ont rassemblé des informations montrant que des stages étaient assez régulièrement proposés aux enseignants du premier degré mais quasiment absents pour les professeurs du second degré, ou alors inclus dans des stages à thème plus large. Mais ces insuffisances ne sont pas toujours à mettre au crédit des institutions ou des organes de formation; en effet, que penser de ce que rapporte un recteur : «le plan académique de formation continue a proposé deux actions intitulées "le handicap à l'école : accueillir et intégrer " ces actions ont été annulées faute de candidatures suffisantes »?.

A la direction des personnels administratifs, techniques et d'encadrement du ministère de l'Education nationale, de la recherche et de la technologie, la sous-direction de la formation des personnels a été interrogée sur la formation des corps d'inspection et des chefs d'encadrement dans le domaine de l'AIS. Si les inspecteurs de l'Education nationale chargés d'une circonscription du premier degré (IEN-CCPD) reçoivent, depuis cette année notamment, une formation substantielle se déroulant sur deux semaines, les inspecteurs d'académie-inspecteurs pédagogiques régionaux (IA/IPR), et les inspecteurs de l'Education nationale chargés de l'enseignement technique (IEN/ET) dont la vocation est d'intervenir dans le second degré, ne reçoivent aucune formation, de même que les conseillers d'administration scolaire et universitaire (CASU). Quant à la formation des personnels de direction, elle est renvoyée sur les actions organisées dans les académies.

En conclusion, s'il n'est pas juste d'affirmer que la formations des personnels enseignants dans le domaine de l'intégration des élèves handicapés à l'école est inexistante, on peut considérer,  à 1'évidence, qu'elle est insuffisante et surtout organisée de manière empirique, sans répondre véritablement à une politique volontariste et cohérente. S'appuyant sur le principe fondamental selon lequel tout enseignant doit considérer qu'il sera confronté, au cours de sa carrière, à l'accueil et la scolarisation d'un élève handicapé dans sa classe, elle demande à être substantiellement étayée pour les professeurs des écoles et réellement construite de toutes pièces' pour les professeurs de lycées et collèges, les PLP, les chefs d'établissement et les corps d'inspection intervenant dans le second degré. Ces considérations valait également pour la formation continue.

Des propositions complémentaires peuvent être d'ores et déjà avancées:

- ces formations pourraient être conjointes, personnels de l'Education nationale, personnels de la Santé et des Affaires sociales, pour favoriser le travail en équipe pluridisciplinaire;
 - ces formations pourraient être assurées par des professeurs spécialistes de ce domaine mais également par des professionnels extérieurs, voire des organismes de formation spécialisés, avec une forte participation des représentants des associations qui peuvent témoigner d'une expertise avérée;
- s'il parait intéressant d'inscrire ces actions de formation dans une réflexion plus large sur les modalités de lutte contre toutes les formes d'exclusion, il semble néanmoins judicieux de préserver une certaine spécificité à la formation pour l'intégration des élèves handicapés. Cette formation peut porter sur des aspects scientifiques,  techniques,  pédagogiques ou psychologiques qui n'ont aucun point commun avec la prise en charge d'autres publics dits difficiles

- des moments de formation plus ponctuels et bien ciblés doivent être conçus en direction d'équipes d'enseignants et de leurs partenaires an moment de la mise en œuvre d'une action d'intégration;

- la mise en place de groupes de parole, d'écoute, d'analyse de la pratique semble s'imposer, selon des modalités qui restent à définir par les enseignants, qui ont à prendre en charge un enfant handicapé sur l'ensemble de la journée, pour toutes les activités de l'école mais aussi de la vie au quotidien, ne doivent pas se retrouver seuls à faire le point sur leur action, sachant qu'il ont aussi la responsabilité des autres élèves de leur classe.

 

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