IV- COMMENTAIRES, CONCLUSIONS, RECOMMANDATIONS

L'objectif de l'étude conduite par l'inspection générale était de faire le point, à partir de l'examen de quelques situations départementales, sur l'application de la circulaire du 9 avril 1990 concernant la mise en place et l'organisation des réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté.

Au terme de cette étude, qui a tracé son itinéraire à travers l'analyse de politiques départementales et l'observation de situations sur le terrain, les conclusions que nous pouvons formuler sont assez contrastées. Certes, la mise en place des réseaux a été souvent conduite avec détermination, même si ce fut de manière progressive, mais les politiques départementales n'ont pas été définies avec suffisamment de précision et leur suivi a souvent fait défaut.

En conséquence, le changement attendu n'a pas été à la mesure des efforts engagés. Si l'on peut se féliciter d'une extension du dispositif d'aides spécialisées à un plus grand nombre d'écoles et d'une amélioration des effets des actions entreprises sur la scolarisation des élèves, de nombreux points faibles ou dysfonctionnements ont été relevés, montrant ainsi que le dispositif ne s'est pas complètement dépouillé des faiblesses du système précédent et ne donne pas entièrement satisfaction.

La question posée à l'inspection générale laissait entrevoir l'existence de différences dans les politiques départementales. L'étude a bien permis de saisir une diversité dans la mise en œuvre du dispositif d'aides spécialisées aux élèves en difficulté, mais cette diversité ne peut être que faiblement attribuée au caractère départemental de l'application de la circulaire. Elle est surtout due aux résistances que peuvent manifester les acteurs du système éducatif, à tous les niveaux, pour intégrer un nouveau dispositif à l'économie générale dudit système7 mais aussi aux interrogations que peut susciter la mise en œuvre de l'organisation en réseaux.

En effet, derrière la diversité constatée, apparaissent des carences communes à la quasi totalité des situations observées et qui concernent certains points fondamentaux, plusieurs fois mentionnés au cours de l'étude.

Il serait possible de reprendre l'énumération des carences constatées et de proposer des modifications pour améliorer le fonctionnement du dispositif Ce travail d'ajustement, quelque peu pointilliste, n'aurait qu'un impact limité. Il semble plus judicieux d'inscrire les propositions dans une reconsidération générale des actions de lutte contre les difficultés scolaires des élèves à l'école primaire, en associant notamment les observations et conclusions émises en 1995 dans le rapport de l'inspection générale concernant les classes d'intégration scolaire.

A l'heure où l'école primaire est souvent désignée - même si les preuves font défaut à la démonstration - comme responsable principale de l'échec des élèves dans le système éducatif, il revient à l'institution d'intégrer le fonctionnement des réseaux d'aides spécialisées dans le dispositif général de lutte contre l'échec scolaire. Les propositions formulées à l'issue de l'étude réalisée peuvent s'articuler autour de trois thèmes principaux

une définition rigoureuse des politiques départementales
 une organisation maîtrisée d'un dispositif en réseaux,
une reconsidération des interventions des personnels spécialisés.

4-1 Une définition rigoureuse des politiques départementales

Les politiques départementales doivent reposer sur quelques principes simples

L'étude a montré que les priorités arrêtées étaient beaucoup trop générales, peu opératoires. Les indicateurs dont disposent les inspecteurs d'académie sont peu utilisés. Il est pourtant possible de se référer aux indicateurs classiques, parfaitement connus : le taux de redoublement des élèves par cours, les résultats aux évaluations nationales CE2-6ème. Il est également possible de construire des indicateurs par niveau d'enseignement, à partir des «outils d'aide à l'évaluation » remis dans toutes les écoles par la Direction de l'Evaluation et de la Prospective et insuffisamment exploités. Il est enfin possible de partir des cas d'enfants signalés par les maîtres, d'en faire une analyse avec les personnels spécialisés des réseaux d'aides, et de dégager des stratégies d'actions dépassant la stricte intervention de type individuel.
 

La définition des priorités à partir d'indicateurs précis relève d'un groupe de travail départemental. Si les inspecteurs d'académie sont dans l'impossibilité de faire fonctionner un tel groupe, ils doivent faire appel à des équipes de laboratoires universitaires spécialisés afin de mener à bien ce travail technique.

C'est à partir de l'utilisation d'indicateurs bien maîtrisés que peut être réellement pilotée une politique départementale de lutte pour la réussite de tous les élèves, et que peut en être mesurée l'évolution. Les inspecteurs d'académie doivent veiller à l'application de la politique départementale dans les circonscriptions et être exigeants quant au contenu des comptes rendus que les inspecteurs leur transmettent annuellement, rapports qui ne sauraient se limiter à des bilans de fonctionnement des réseaux, mais qui doivent présenter une étude rigoureuse de l'évolution de la population des élèves en difficulté.

Les inspecteurs chargés de l'adaptation et de l'intégration scolaires sont reconnus comme les conseillers techniques de l'inspecteur d'académie pour être les maîtres d’œuvre de la politique départementale.
 

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