4.3 Une reconsidération des interventions des personnels spécialisés

Les psychologues scolaires, les maîtres E et les maîtres G sont, sans distinction, membres à part entière des réseaux. Ils participent à parité, à l'élaboration, à la réalisation et à l'évaluation du projet de réseau.

Les psychologues scolaires ont des missions clairement définies par la circulaire du 10 avril 1990. Il faut rappeler avec insistance que ces missions s'inscrivent en totalité dans le fonctionnement des réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté. Elles ont d'ailleurs été rappelées par la note n° 95-0596 du 1er septembre 1995 émanant de la Direction des Ecoles. Les psychologues scolaires ne peuvent se prévaloir d'une spécificité les amenant à se considérer hors du dispositif en réseau, encore moins d'un droit de fonctionnement en autonomie, pas plus qu'il ne leur appartient de s'arroger la direction des réseaux.

Les maîtres E, responsables des actions d'aides spécialisées à dominante pédagogique, œuvrent à la satisfaction quasi générale. Il n'y a pas lieu de modifier fondamentalement leurs modes d'intervention, il semble cependant souhaitable d'étendre leurs actions au cycle 3, notamment pour couvrir les besoins criants d'aides aux élèves en difficulté mais qui n'ont pas leur place en classe d'intégration scolaire.

Les interventions des maîtres G posent le problème, déjà évoqué dans la deuxième partie (cf. 2-3-2) et longuement traité dans la troisième partie (cf. 3-3-2): une tendance forte à analyser les cas d'enfants signalés sous un angle essentiellement psychologique, et à conduire, en conséquence, des interventions à dominante clinique, se situant parfois aux confins de la psychothérapie.

Certes, on a vu que ces interventions ne sont pas négatives, puisque les enfants bénéficiant d'aides à dominante rééducative sont admis, dans une bonne proportion, au cours ou au cycle supérieurs. Pourtant elles sont très souvent mal comprises par les maîtres, ainsi que par les observateurs extérieurs. En outre, on a vu qu'elles n'abordent pas un domaine pour lequel elles ont été mises en place, la restauration de l'efficience dans les différents apprentissages et activités proposés par l'école.

Ces pratiques, qui visent à privilégier les interventions individuelles et à considérer l'enfant en difficulté comme un cas singulier, Sont certainement à modifier. Lorsque des enfants relèvent d'une prise en charge à caractère paramédical, tout doit être tenté pour que le traitement soit effectué par des spécialistes, hors de l'école.

La pertinence de la distinction entre aide à dominante pédagogique et aide à dominante rééducative peut être discutée, dans la mesure où l'analyse des caractéristiques des élèves suivis dans chacun des deux types d'aide montre que les populations d'élèves ont des profils quasi identiques. Par ailleurs, on a relevé que cette distinction paraissait parfois artificielle aux personnels spécialisés eux-mêmes et entraînait certaines dérives dans les pratiques.

Cependant, nous avons vu que les difficultés des élèves pris en charge par les maîtres G étaient considérées comme plus globales, d'origine plus diffuse, et étalent associées à des facteurs environnementaux, familiaux ou sociaux, qui sont des sources évidentes de fragilisation.

La distinction peut être maintenue, sous réserve que les maîtres G dépassent l'intervention strictement psychologique, trop réductrice, pour agir prioritairement sur la construction des processus d'apprentissage et travailler sur les interactions entre les facteurs environnementaux et les apprentissages scolaires, dans le cadre des activités proposées par l'école.

D'une manière générale, les personnels des réseaux doivent aborder le problème des difficultés scolaires comme un phénomène pluridimensionnel, non réductible à la somme des cas particuliers signalés, et qu'il faut traiter à partir de l'analyse des indicateurs retenus, tant au plan départemental que dans le projet de circonscription. Avec les partenaires du projet, ces personnels définissent des actions qui sont orientées, moins en faveur de l'enfant pris dans sa singularité, qu'en direction du contexte des activités scolaires dans lequel se trouve l'élève en difficulté.

C'est pourquoi les membres des réseaux, psychologues scolaires, maîtres E et maîtres G, sont invités à travailler de concert avec les maîtres, sur les situations scolaires. Ces pratiques passent prioritairement par des interventions dans les classes, pour œuvrer à la mise en place des cycles et pour assurer la prise en charge des difficultés des élèves, là où elles se manifestent. Il ~e s'agit pas de transformer les personnels spécialisés en assistants des maîtres titulaires des classes, mais de créer les conditions d'une collaboration efficace, afin que tous les élèves tirent profit des interventions spécialisées.

Les modalités de ces interventions en classe sont à préciser. Signalons la possibilité de mettre en œuvre des actions en faveur de petits groupes d'élèves d'une même classe ou de classes d'un même cycle, dans certaines disciplines - langage ou activités d'expression en école maternelle, lecture, mathématiques, mais aussi activités scientifiques en école élémentaire -' afin de permettre aux élèves d'évoluer à leur rythme, en utilisant leurs propres procédures d'apprentissages. Dans ce type d'organisation, une attention particulière, aussi efficace que discrète, peut être portée à certains enfants qui connaissent des situations personnelles délicates.

Une autre situation pédagogique est particulièrement appropriée à l'intervention des personnels spécialisés dans les classes  les études dirigées. C'est bien là en effet que les aides méthodologiques peuvent prendre tout leur sens ; la souplesse offerte par la réalisation des études dirigées est particulièrement propice à une aide spécialisée apportée à tous les élèves en vue d'une meilleure réussite.

Ces modalités d'intervention, ainsi que toutes celles pouvant être imaginées, sont naturellement à inscrire dans les projets d'école. Elles n'excluent pas des actions individuelles ou auprès de petits groupes, en faveur de quelques cas très particuliers et peu nombreux, pour lesquels un vrai projet doit être élaboré, selon les indications contenues dans la circulaire de référence.

Les propositions formulées à l'issue de cette étude appellent, à l'évidence, une modification des conceptions actuelles et un changement complet de certaines pratiques. Elles demandent un aménagement substantiel des formations spécialisées, en particulier celles des psychologues scolaires et des maîtres G. Des actions de formation continue spécifiques devraient également être organisées pour engager résolument les personnels dans un processus d'adaptation des pratiques au traitement des problèmes rencontrés. Un travail fondamental est à réaliser dans ce domaine.

Les conclusions et recommandations émanant de l'étude réalisée n'auront qu'un faible écho Si elles ne sont pas saisies au plan national et intégrées dans une dynamique d'aide spécialisée aux élèves en difficulté à l'école primaire. La Direction des Ecoles est sollicitée pour impulser une politique rénovée concernant l'éducation spécialisée, l'adaptation et l'intégration scolaires dans le premier degré.
 

L'organisation des réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté, mise en place depuis 1990, constitue un dispositif original et souple qui permet d'apporter une réponse partielle aux problèmes que rencontre actuellement l'école primaire. Les améliorations observées par rapport au fonctionnement et à l'impact des structures qui l'ont précédées ne sont pas négligeables et sont appréciées.

Cependant, les faiblesses, les négligences, voire les résistances, relevées dans la mise en oeuvre des actions, risquent, si elles ne sont pas corrigées, de jeter le discrédit sur les réseaux et leurs acteurs. Le dispositif sera reconnu comme utile Si une plus grande rigueur est apportée à l'application des instructions de la circulaire du 9 avril 1990 et Si une impulsion forte est donnée pour que les actions soient redéfinies et intégrées dans un plan plus général de lutte en faveur de la réussite scolaire de tous les enfants à l'école primaire.

Un dispositif qui n'inscrit pas pleinement ses interventions dans le cadre institutionnel ne répond pas complètement aux objectifs qui lui sont assignés. Les réseaux d'aides spécialisées auront un avenir assuré si les différents responsables du système éducatif, les personnels spécialisés et les enseignants, savent œuvrer pour une participation effective du dispositif d'aides à la réalisation des missions de l'école. Leur réussite sera mesurée à la pertinence des actions engagées pour garantir la qualité de la scolarisation de tous les enfants à l'école primaire.

 

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