3-5 Les modalités d'évaluation interne

Rappelons que les réseaux d'aides sont maîtres d’œuvre en ce qui concerne l'évaluation interne de leur fonctionnement. A partir d'indicateurs que les personnels doivent avoir mis au point, une évaluation « qualitative, quantitative et systémique" doit être effectuée pour garantir une cohérence et une régulation des actions du réseau. Les personnels ont donc été interrogés sur la construction de ces indicateurs, sur le fonctionnement de leur réseau, sur l'effet de leur action auprès des élèves, sur l'impact auprès des maîtres et sur l'élaboration des bilans d'activité.

3-5-1 Les indicateurs d'évaluation

Elaborer des indicateurs d'évaluation demande un travail méthodologique rigoureux et approfondi. Si l'évaluation quantitative repose souvent sur des indicateurs classiques - nombre d'enfants ayant bénéficié d'une aide, progression des élèves dans le cycle, passage dans le cours supérieur, nombre de redoublements ou de maintiens -, l'évaluation qualitative est réalisée de manière beaucoup plus subjective et sur des indicateurs flous. Dans ce dernier registre, on se réfère le plus souvent à des constats d'amélioration du comportement de l'enfant, à la satisfaction des parents et des enseignants exprimée à l'occasion de synthèses ou d'entretiens avec les intéressés. Ces constats avaient déjà été- faits par les inspecteurs (cf. 2-5).

Plusieurs réseaux ne cachent pas leurs difficultés et déclarent qu'ils travaillent à affiner les indicateurs de type qualitatif. L'un d'eux écrit : « une réflexion est en cours pour évaluer l'efficacité du réseau», alors qu'un autre reconnaît qu'il n'est pas parvenu à ses fins «nous n'avons pu mettre en place une évaluation interne à partir d'indicateurs précis, cette évaluation reste celle de notre bilan d'activité».

Un travail important doit donc être mené dans ce domaine, d'autant qu'il existe une attente pressante. Les personnels d'un réseau avouent : «Nous recherchons des indicateurs depuis la mise en place du réseau complet et nous avons besoins d'aide», alors que ceux d'un autre regrettent l'absence de formation : «Nous sommes en attente de la formation spécifique promise».

Une telle attitude, quelque peu attentiste, -demande pourtant à être analysée et reconsidérée. En effet, les personnels des réseaux, dans leur formation initiale spécialisée, doivent avoir reçu une initiation à -l' évaluation- de leur -propre action;- et lorsqu'ils prennent leur fonction, ils sont censés posséder des outils, qui les font d'ailleurs se présenter comme des spécialistes de l'évaluation. En outre, lors des visites sur le terrain concernant la conduite de cette étude, nombreux sont les membres des réseaux ayant affirmé qu'ils sont les mieux placés pour évaluer leur propre action. En conséquence, l'incapacité dans laquelle se trouvent certains de fabriquer des indicateurs d'évaluation qualitative témoigne d'une évidente carence dans le professionnalisme dont ils font état. Une telle indigence doit être corrigée. Les inspecteurs de circonscription, responsables de cette évaluation, doivent s'engager activement dans le travail de conception des indicateurs (cf. 2-5).  

3-5-2 Les conclusions tirées à partir de ces indicateurs

Malgré les insuffisances reconnues dans le domaine de l'évaluation, les personnels des réseaux fournissent quelques éléments d'appréciation intéressants concernant le fonctionnement et l'impact de la structure dont ils relèvent.
Au sujet du fonctionnement de leur réseau, après avoir fait état de manière constante d'un manque flagrant de personnel, ils considèrent que le nouveau dispositif permet une meilleure circulation de l'information et assure une plus grande cohérence dans les actions, «chacun intervient dans sa spécificité de façon ciblée», écrivent les membres d'un réseau. Dans plusieurs cas, il est fait état d'un fonctionnement concerté avec l'équipe éducative, par rapport au projet d'école. Deux réseaux expriment « le sentiment d'apporter une meilleure approche et des solutions au traitement des difficultés scolaires».

Les effets sur les enfants sont jugés globalement positifs. On cite l'effet du travail de prévention, qui se traduit par une prise en charge plus fréquente de jeunes enfants en cycle 1 et corrélativement, par une baisse des demandes à l'école élémentaire. On constate souvent la restauration de l'appétit scolaire chez les enfants suivis. Une formule utilisée par les membres d'un réseau résume ce qui est fréquemment exprimé selon des propos divers : «Les effets, pour nous, sont plus qualitatifs que quantitatifs, ils ne se traduisent pas forcément en termes de rendement scolaire mais d'évolution, de meilleure adaptation de l'enfant et de disponibilité accrue aux apprentissages».

Pourtant, plusieurs réseaux reconnaissent les limites de leur action, ce que l'un d'eux formule ainsi : «Un petit groupe d'élèves résiste à l'entrée dans les apprentissages, malgré les interventions des membres du réseau et/ou les aides extérieures».

L'impact auprès des maîtres est également présenté favorablement. Le réseau rompt l'isolement de certains enseignants, notamment en milieu rural. Selon les personnels spécialisés, les maîtres sont moins culpabilisés face à l'échec et ont une vision différente de l'enfant, plus positive ; ils manifestent à leur égard davantage de tolérance.

Un réseau écrit: «L'enfant en difficulté devient moins un sujet d'échec qu'un sujet d'observation et de réflexion», un autre complète : « On assiste à une disparition de l'effet d'étiquetage» et, globalement, les enseignants semblent s'impliquer de manière plus soutenue auprès des enfants en difficulté .

Parfois, les réseaux, croient devoir se livrer là aussi, dans leurs relations avec les maîtres, à des interventions de type psychologique. Ainsi l'un d'eux déclare : «Nous essayons de partager l'inquiétude, voire la souffrance de l'enseignant et de porter un regard nouveau sur l'enfant pour aider au changement». Rares sont ceux qui disent s'engager dans un travail sur les réajustements pédagogiques et sur l'évolution des pratiques, l'allusion à une telle activité n'a été relevée que quatre fois.

D'une manière générale, les appréciations fournies sur le fonctionnement des réseaux, leur effet auprès des enfants et leur impact sur les maîtres, formulées en termes positifs, reposent sur des représentations et sont fortement empreintes de subjectivité Manifestement, des indicateurs sont à construire pour évaluer objectivement ces différents domaines.
L'inspecteur de l'Education nationale étant le responsable des réseaux d'aides de sa circonscription, il doit être tout naturellement destinataire du compte rendu de cette évaluation interne. C'est le cas, le plus fréquemment, puisque 34 réseaux déclarent adresser annuellement un bilan écrit à leur supérieur hiérarchique, mais les 15 autres indiquent qu'ils n'en font rien. Plusieurs réseaux ont transmis leur bilan dans le cadre de l'enquête ; il s'agit le plus souvent d'un état chiffré (nombre d'enfants signalés, nombre d'enfants pris en charge par chaque membre du réseau), accompagné parfois de remarques sur les difficultés rencontrées, mais aussi de récriminations diverses. Un bilan n'est pas une évaluation, la lecture de ces documents confirme l'observation ci-dessus, la nécessité d'un travail sur la méthodologie de l’évaluation, tâche pour laquelle les inspecteurs de l'Education nationale doivent se sentir concernés.
 

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