3-7 Les tendances dégagées à partir des opinions expriméesLes membres des réseaux d'aides ayant participé à l'étude, devaient donner leur opinion sur trois points les améliorations apportées par la nouvelle organisation en comparaison aux GAPP, les difficultés apparues, les modifications à apporter au dispositif pour assurer une meilleure prise en charge des élèves en difficulté. Les opinions émises par écrit ont été complétées par les échanges qui ont eu lieu avec les inspecteurs généraux lors des visites sur le terrain.
3-7-1 Les améliorations constatées
Incontestablement, la souplesse d'intervention apportée par le dispositif permet une meilleure couverture géographique et toutes les écoles sont pourvues d'une possibilité d'aide aux élèves en difficulté. Les personnels spécialisés des réseaux constatent qu'une réflexion plus approfondie, effectuée sur les signalements, conduit à une mise en place plus efficace du travail et à une modification du regard des maîtres sur l'enfant. Ils mettent l'accent, en outre, sur un accroissement sensible des actions de prévention, en collaboration plus étroite avec les partenaires de l'école.
Le nouveau dispositif paraît plus structurant aux membres des réseaux, dans la mesure où la circulaire du 9 avril 1990 donne une définition claire des rôles et des missions de chacun. L'intégration du maître E dans l'équipe du réseau est perçue favorablement, elle a permis de faire émerger la notion de soutien spécialisé et de dégager des possibilités pour le maître G, lequel ne travaille plus directement sur l'instrumental, mais replace l'enfant dans une problématique plus globale.
Enfin, les personnels. spécialisés, dans leur majorité, se félicitent du travail d'équipe avec les maîtres, ils sont un certain nombre à considérer que le dispositif auquel ils appartiennent est reconnu et bien intégré au projet d'école. Quelques réseaux développent le sentiment d'appartenance à une équipe de circonscription.
3-7-2 Les difficultés rencontrées
La dispersion géographique est avancée unanimement comme l'obstacle majeur au bon fonctionnement des réseaux et, en conséquence, « le saupoudrage» des actions est dénoncé avec insistance. Des problèmes matériels - frais de déplacements et de fonctionnement insuffisants, locaux non disponibles ou inadaptés - sont évoqués fréquemment et ajoutent aux difficultés rencontrées par les personnels.
Les membres des réseaux regrettent également l'absence de véritable étude préalable des besoins et considèrent qu'il existe une distorsion entre les objectifs visés par le dispositif et la réalité du terrain. Us déclarent, en outre, que le travail du réseau, au quotidien, semble de moins en moins bien connu du corps des inspecteurs.
Plusieurs observations sont formulées au sujet des élèves concernés par les réseaux. Toute la population scolaire devant être couverte, l'éventail des interventions tend à se resserrer autour des cas les plus lourds, les plus difficiles, au détriment des actions de prévention, mais en même temps, il paraît difficile aux membres des réseaux de refuser une prise en charge d'élèves dont les parents ne font pas la démarche vers une structure extérieure. Enfin, au regret de ne pas assurer le suivi des élèves du cycle 3, s'ajoute la déception éprouvée devant la gestion difficile d'élèves qui, malgré l'intervention du réseau, résistent aux apprentissages et n'ont pas le profil «CLIS».Des difficultés sont également exprimées au sujet de la distinction, parfois assez artificielle, entre aide à dominante pédagogique et aide à dominante rééducative, la frontière étant délicate à définir. Et ce n'est pas en concertation qu'elle peut être clarifiée, selon certains personnels concernés, puisque la participation du maître E, officiellement, n'est pas prévue. D'une manière générale d'ailleurs, la concertation est objet d'insatisfaction, soit parce que les maîtres des classes ordinaires ne sont pas disponibles, soit parce que le temps qui lui est consacré est excessif, compte tenu de la multiplicité des écoles.
Enfin, les membres des réseaux reconnaissent rencontrer des difficultés pour conduire une évaluation qualitative et déplorent l'absence d'équipe de réflexion pour travailler sur une méthodologie de l'évaluation interne et externe.
3-7-3 Les opinions sur les modifications à apporter
Les modifications à apporter font l'objet d'une longue liste de propositions ou de réclamations. L'analyse de contenu a permis de dégager les points essentiels.
C'est sans surprise qu'on relève massivement une demande de créations de postes spécialisés, notamment de maîtres E, pour permettre l'extension de l'action au cycle 3, et dans une moindre mesure, de maîtres G et de psychologues scolaires; Mais il est significatif de constater qu'il n'est que rarement demandé la réduction du territoire d'intervention. Parallèlement, l'octroi de frais de déplacements en quantité suffisante est revendiqué, ainsi que l'attribution de conditions matérielles décentes (en particulier des locaux corrects).
Selon les personnels des réseaux, les difficultés rencontrées vis à vis des élèves devraient être corrigées par une formation plus approfondie dans chaque spécialité. Une demande très forte de formation est exprimée, tant pour la formation initiale spécialisée que dans le domaine de la formation continue, certains personnels allant jusqu'à solliciter une prise en charge financière pour des formations hors de l'Education nationale. La formation à l'évaluation est attendue également, mais avec moins d'insistance.
L'amélioration suggérée porte aussi sur l'organisation des concertations. La participation des maîtres E aux réunions de synthèse du réseau est très fortement souhaitée, de même qu'une organisation plus régulière des temps de rencontre avec les maîtres des classes et les partenaires extérieurs à l'école.
Enfin les personnels des réseaux sont souvent en attente de la création d'un groupe de travail départemental, pour que soit définie une politique cohérente et suivie, concernant les aides spécialisées aux élèves en difficulté.L'analyse des situations rencontrées permet de tirer des conclusions générales quant à la mise en place et au fonctionnement des réseaux. Les orientations de la circulaire du 9 avril 1990 sont appliquées inégalement. Si certaines ont bien été prises en compte, par exemple l'extension du dispositif à un plus grand nombre d'écoles, d'autres sont encore peu développées, comme la définition des priorités d'action ou la réalisation des différentes formes d'évaluation. Cette carence dans la mise en œuvre de véritables politiques départementales tend à laisser s'installer des dérives qui conduisent les acteurs à reproduire les pratiques connues dans le modèle précédent, par exemple une approche clinique des difficultés scolaires des enfants et la culture de particularismes préjudiciables au travail d'équipe.
Pourtant, les effets de l'action des réseaux, constatés sur la scolarisation des élèves, au moins dans leur aspect quantitatif, ne sont pas négligeables et semblent supérieurs à ceux qui avaient été relevés à l'occasion de l'évaluation sur les GAPP en 1987.
Les observations effectuées au cours de l'analyse des situations rencontrées, associées à celles qui ont été produites lors de l'étude de la mise en œuvre des politiques départementales, doivent permettre de dépasser un traitement des difficultés scolaires réduit essentiellement à une somme d'interventions individuelles, pour jeter les jalons d'une véritable réflexion sur le problème des élèves en difficulté abordé dans sa globalité.