1- Le point de départ de ma démarche de théorisation : un compte rendu de recherche-action sur la lecture-écriture, analysées comme un processus social...et des convictions tout à fait personnelles

 C'est d'une étude dirigée par l'EURED-CREFI de Toulouse, traitant de l'apprentissage de la lecture-écriture comme un processus social, et publiée par la revue Psychologie et Education" que s'est inspirée ma démarche de théorisation sur la remédiation par le travail de groupe.
"  En portant leurs observations sur deux classes de CP et de CE1 lors d'ateliers de lecture-écriture, l'équipe du CREFI nous montre que l'autonomie en situation de lecture-écriture apparaissait non plus comme un état mais comme le terme d'une construction sociale. Et leur démonstration est d'autant plus intéressante que l'analyse des résultat et les études de cas nous montrent que c'est grâce à ces différentes interactions dans le groupe (plus ou moins nombreuses suivant que l'élève en a besoin pour progresser) que les enfants les plus "faibles" en s'adressant de préférence à leurs pairs, arrivent à progresser de façon conséquente, allant jusqu'à l'acquisition de leur autonomie. Ces enfants dits faibles, semblent ainsi avoir recours tout d'abord à une aide médiatisée par les autres enfants de la classe (plutôt que par le maître), jusqu'à la conquête de leur autonomie qui voit l'aide écrite qui prend le dessus, les référentiels de la classe jouant alors le rôle précédemment joué par les enfants de la classe.  Ainsi ces résultats invitent à penser qu'il ne suffit pas de penser que l'enfant travaille en autonomie pour qu'il soit autonome. Ces résultats vont aussi je pense dans le sens des théories de Vigotsky, qui considèrent qu'une fonction cognitive existe d'abord dans un contexte social, avant d'être intériorisée et de devenir une fonction personnelle.  C'est donc sur ces premiers enseignements, mais aussi sur une pratique de classe coopérative, que l'idée de continuer à développer cet argument, que tout apprentissage est favorisé par les échanges dans son environnement, est venue tout naturellement, dans le but d'appuyer cette fois mes convictions personnelles sur une théorie. Après avoir évoqué quelques aspects théoriques sur le travail de groupe, je tenterai de décrire le dispositif pédagogique et sa mise en oeuvre qui vont  démontrer le bien-fondé de mon argumentation de départ.

2- Quelques aspects théoriques sur le travail de groupe :  interactions, coopération, conflit socio-cognitif et les travaux de Vigotsky  

De quelques considérations générales sur le travail de groupe...
 La psychologie des processus groupaux 1 a contribué à construire de nouvelles démarches pédagogiques. Un des points qui leur est commun est le suivant : au lieu d'envisager l'enseigné comme un simple récepteur d'un savoir transmis par l'enseignant, elles le considèrent comme le sujet actif 2 d'un apprentissage significatif. Sont ainsi apparues, grâce aux pionniers de la pédagogie différenciée comme Louis Legrand et Phillipe Meirieu 3, les idée de groupes de besoin, organisation de cours en parallèle où les élèves sont répartis selon des besoins identifiés, où l'enseignant va tâcher de surmonter les blocages et les difficultés des élèves en formant ces derniers à la capacité méthodologique et en envisageant pour eux des itinéraire diversifiés et des remédiations différenciées pour atteindre un même objectif au sein d'un petit groupe. Meirieu met d'ailleurs une condition au travail de groupe : la mise en groupe, pour éviter le phénomène de centration sur un projet qui évolue trop souvent vers la spécialisation de chacun des membres du groupe, doit s'accompagner de réelles situations interactives qui mettent en place les conditions d'un conflit socio-cognitif, "dans lequel chaque membre est mis en situation de confronter réellement ses représentations  avec celles de ses pairs et de parvenir ainsi à une représentation plus épurée... plus juste de la connaissance."4

 

Vigotsky : une approche socio-culturelle du développement

 

 C'est le psychologue russe Vigostky qui a le plus développé le caractère social de l'apprentissage. Partant de sa théorie des deux fonctions psychiques, dont la fonction psychique supérieure "dont les traits distinctifs fondamentaux sont précisément l'intellectualisation et la maîtrise, c'est à dire la prise de conscience et l'intervention de la volonté" 1, Vigostky caractérise le comportement humain par opposition au comportement animal, par l'existence chez l'homme  de ces fonctions psychiques supérieures, qui sont dérivées, construites sur la base des fonctions psychiques inférieures (l'équipement de base, en quelque sorte) dans le cadre spécifique de la société humaine. La spécificité de la société humaine : elle est fondée sur la transmission  Cette société qui se différencie des autres sociétés dans la mesure où l'activité humaine génère des produits, notamment culturels, qui présentent la particularité d'être réutilisables, transmissibles à l'intérieur d'une génération et entre les générations, et donc aussi perfectibles.

 Parmi ces produits, il y a les outils matériels qui ont été élaborés au cours de l'humanité et qui présentent la caractéristique de transformer et de contrôler la nature mais aussi de transformer la travail humain. Ainsi définit-il les concepts de moyen et d'outil. Le moyen, qui est potentiellement disponible dans la nature (le bâton pour casser une noix par exemple), matière première de l'outil, moyen donc transformé pour  devenir le meilleur moyen répondant à une visée. L'homme n'a ainsi aucun intérêt à conserver ce moyen, à le transmettre tel quel. Ce qui est transmis d'un individu à l'autre, c'est un comportement qui, comme tel ne changera pratiquement pas de génération en génération. Ce qui fait la spécificité de l'outil, étant le fait qu'il transforme le comportement : c'est l'outil et le comportement adapté qui sont transmis. Mais tout comme il existe de cette façon des outils matériels, il existe des outils mentaux qui modifient l'activité psychologique et qui sont des élaborations artificielles symboliques, que Vigostky nomme instruments psychologiques. 1

Des processus psychologiques inférieurs et processus psychologiques supérieurs qui  trouvent leur origine dans les relations entre les êtres humains  Ces instruments psychologiques possèdent les caractéristiques des outils matériels, sauf qu'ils modifient non pas le travail physique mais le travail mental, et qui s'appliquent non pas à un objet externe, matériel, mais à l'activité psychologique elle-même, individuelle et interindividuelle. Et ce dernier point est important : contrairement aux outils matériels qui ne transportent pas eux-mêmes la capacité à être transmis, les instruments psychologiques sont en même temps des outils de transformation des activités psychologiques mais aussi des outils de communication, ce qui assure leur pérennité.

 Puis Vigotsky pose un principe explicatif qui fonde  explique la transformation des processus psychologiques inférieurs en processus psychologiques supérieurs. Il est exprimé ainsi :  "Chaque fonction psychologique supérieure apparaît deux fois  au cours du développement de l'enfant : d'abord comme activité collective, et donc comme fonction interpsychique; puis comme activité individuelle, comme propriété intérieure de la pensée de l'enfant et comme fonction intrapsychique. Ceci peut s'appliquer de la même manière à l'attention volontaire, à la mémoire logique et à la formation des concepts. Toutes les fonctions supérieures trouvent leur origine dans les relations entre les êtres humains."1 Contrairement à l'approche piagétienne, le développement devient pluridirectionnel car il est conçu essentiellement comme une approche progressive d'instruments psychologiques transmis au cours de l'interaction sociale.  Ainsi le développement devient complètement dépendant des modes de transmission des instruments psychologiques et en ce sens, la psychologie du développement doit être aussi une psychologie de l'éducation (qu'apprend l'enfant lorsqu'il est avec sa mère, lorsqu'il joue avec d'autres enfants ou lorsqu'il est scolarisé). Le développement devient aussi dépendant des conditions dans lesquelles s'effectue cette transmission et en ce sens, la psychologie du développement doit être une psychologie des interactions sociales. Ce même développement ne se traduit pas par la socialisation progressive de l'individu mais au contraire par son individuation progressive au fur et à mesure qu'il exerce, par le moyen des instruments psychologiques qui lui sont transmis, un contrôle personnel de ses activités.

Une approche socio-culturelle du développement

 

 En résumé, l'approche vigotskienne peut être qualifiée de socioculturelle : le développement se caractérise essentiellement par l'acquisition et l'utilisation d'instruments psychologiques qui sont des produits culturels transmis de génération en génération et donc susceptibles d'être améliorés.  Ainsi sur le langage par exemple il est intéressant de noter que d'après les thèses vigostkiennes, apprendre à parler ce n'est pas apprendre la syntaxe, c'est apprendre une certaine adéquation des formes de langage avec certaines situations de communication, et Vigotsky est le seul qui permet de théoriser ce rôle de l'interaction sociales dans le développement de l'enfant. Chez Piaget il n'y a pas cette importance de la relation, l'environnement physique à travers duquel l'enfant développe son intelligence logique étant premier. Pour Chomsky, le système d'acquisition du langage étant inné, ce dernier ne s'intéresse pas non plus à la relation sociale. Ainsi le russe est quasiment le seul dans psychologie du développement à considérer l'enfant comme membre d'une communauté sociale et culturelle.
 Pour continuer sur l'exemple du langage, ce qui fait la caractéristique des acquisitions de langage de l'enfant, est que "dans un premier temps le sens de ce que dit l'enfant n'est pas dans l'enfant, mais il est entre son interlocuteur et lui, dans leur relation. Plus tard le sens de la phrase est dans l'enfant."1
 La pensée et l'intelligence résultent d'abord des échanges constants de l'individu avec son entourage. Une notion essentielle : la zone proximale de développement.  Une autre notion, tout à fait en cohérence avec la notion d'ancrage social du développement : s'il n'y a pas un moment où l'enfant est aidé par quelqu'un pour faire quelque chose il n'y a pas de développement possible. C'est là qu'intervient une autre notion fondamentale dans l'oeuvre de Vigotsky, qui est la zone proximale de développement.1 Si l'enfant se développe en assimilant et en maîtrisant des instruments psychologiques transmis par d'autres dans des  contextes d'interaction sociale (famille, école, jeux avec les pairs...), alors on peut penser que le développement n'est qu'apprentissage. Or selon Vigotsky, le développement n'est pas réductible à l'apprentissage (conception béhavioriste) et le développement n'est pas non plus la condition nécessaire et suffisante autorisant l'apprentissage (conception piagetienne).

C'est l'apprentissage qui crée le développement : "L'apprentissage donne donc naissance, réveille et anime chez l'enfant toute une série de développements internes qui, à un moment donné, ne lui sont accessibles que dans le cadre de la communication avec l'adulte et la collaboration avec les camarades, mais qui une fois intériorisés, deviendront une conquête propre de l'enfant."2 Le trait fondamental de l'apprentissage consiste en la formation d'une zone proximale de développement  Tout apprentissage générateur de développement n'est possible qu'à un certain niveau de développement de l'enfant; autrement dit, toute acquisition d'un nouvel instrument psychologique est lié à l'acquisition d'instruments préalables et ouvre une zone de développement pour l'acquisition d'instruments psychologiques ultérieurs. Comme le ote Vigotsky, "le trait fondamental de l'apprentissage consiste en la formation d'une zone proximale de développement ". La maîtrise de l'addition par exemple crée une zone de développement qui rend possible la maîtrise de la multiplication.  Et pour conclure, les approches de Vigotsky éclairent d'un jour neuf la notion de construction du savoir, sur laquelle nous reviendrons, car elles posent directement la problématique du transfert et soulignent l'importance de l'apprentissage de l'abstraction.

Pour le psychologue russe les instruments psychologiques ne s'apprennent pas : ils s'intériorisent par la régulation de ses propres activités psychologiques, "régulation qui est assurée d'abord par les autres (et en particulier par l'enseignant dans le contexte éducatif : l'enfant construit "sa" multiplication."1)

Un aspect essentiel du travail de groupe : l'aspect coopération...
... quelques notions-clefs :
 Il apparaît que l'apprentissage ne peut avoir lieu que si l'enfant se sent capable d'apprendre. Or pour être capable d'apprendre, il faut être conscient de ses carences, accepter d'y remédier et accepter l'aide nécessaire mais aussi, faire sien le savoir reçu. Pour cela il faut être conscient de posséder des savoirs autres et désirer les partager. En résumé, pour apprendre, c'est à dire demander et recevoir, il faut être capable de donner.
 La décision d'essayer d'installer dans la classe ou dans l'école des rapports de coopération2 est un choix délibéré‚ de l'adulte responsable. C'est ainsi respecter les valeurs comme l'expression des désirs, des besoins et des représentations individuelles, des savoirs individuels. Reconnaître la dignité de la personne-enfant; chacun a le droit de se tromper, a le droit de s'exprimer, le droit d'être écouté et d'être différent. C'est mettre un terme également à certaines difficultés scolaires qui naissent de la compétition entre les élèves, compétition favorisée quelquefois par le maître de la classe, celui-ci pensant qu'il en résultera une certaine émulation de la part de ses élèves. C'est ainsi la prise en compte du vécu de chacun, du vécu collectif, pour une mise en place d'apprentissages motivés et personnalisés. C'est une pédagogie de l'action qui est encouragée, l'enfant devenant le propre acteur de sa formation qu'il est amené à prendre en charge et à évaluer de manière positive.
Une pédagogie de l'action qui engage la totalité de la personne  Il s'agira d'établir un climat de confiance, condition d'une expression "vraie", jalon premier pour une pédagogie de la réussite pour tous. L'enfant a conscience d'appartenir à un groupe où il est reconnu et respecté : il peut dire et "se dire". De cette façon les apprentissages seront nourris de ce préalable, par cette matière première qui engage  la totalité  de la personne.
 Un autre élément, qui en découle, nous donne l'exemple le plus significatif. C'est la confrontation-négociation avec l'autre pour arriver à un accord. C'est l'émergence des différences, non pour les faire tolérer mais pour qu'elles soient prises en considération, pour les faire exister afin qu'elles enrichissent chacun. C'est le noeud central de l'acte coopératif : Il s'agit pour chacun d'argumenter pour s'affirmer, de se décentrer ensuite pour comprendre l'autre, de décider, de choisir ce à quoi il peut renoncer de ses propres demandes initiales, afin de coïncider avec l'autre dans l'action commune ( Le conseil de coopérative dans la classe en est un bon exemple).

3- Le dispositif pédagogique
 

 Au cycle 3 : "200 jeux-tests pour être fort en calcul"
Au cycle 2 : choix des dossiers Planchon, publiés par l’ACIM
 
 J'ai retenu cet ouvrage comme outil de travail pour son aspect ludique et attrayant. Se présentant comme un  cahier avec une série d'enquêtes qui sont menées par un détective, nommé Boss de math, il a énormément plu aux élèves de ce niveau. Les mathématiques étant considérées comme des énigmes policières à résoudre ( annexe 1).
 - Les compétences visées sont de plusieurs ordre. Il s'agit avant tout d'un travail de lecture, qui s'adresse à des élèves de cycle 3. Conçu selon le principe qu'une situation mathématique, aussi schématique soit-elle, est avant tout une situation de lecture, l'ouvrage vise deux objectifs fondamentaux :  Ä rendre accessible la compréhension de la langue puisqu'elle est le matériau premier dans l'élaboration des problèmes. Ainsi des activités de manipulation systématique des mots ou des expressions les plus fréquentes sont prévues, et l'élève est invité à pénétrer leur sens dans un contexte.
 Ä exercer l'enfant à comprendre et à trier des informations, à prévoir les étapes de la recherche d'une solution. En effet, une fois la compréhension assurée, tout n'est pas résolu et les aspects purement mathématiques interviennent alors. Les activités d'entraînement sont là non pas pour fournir un modèle de résolution qu'il suffirait de mémoriser définitivement, mais pour accompagner l'enfant dans une attitude de fonctionnement, de réflexion et de choix.
- Les objectifs clairement définis dans cet ouvrage comme des compétences visées sont de plusieurs ordre, et sont spécifiques à mon avis à la résolution de situations-problèmes.
Je les ai donc répertoriées afin d'y construire une grille d'évaluation pour chaque élève (voir projet pédagogique).
 Pour les élèves du cycle 2, les dossiers Planchon offrent un champ conceptuel suffisamment large et riche (voir annexe 2). Le maître doit en outre montrer ses intentionnalités : l’enfant est dans la situation d’accepter l’apprentissage. Ces planches de travail offrent également des situations de rupture, qui renvoient à une souplesse cognitive lors des séances, situations de rupture que le maître E va pouvoir exploiter avec les élèves en difficulté afin d’en faire de nouveaux objectifs d’apprentissage. De plus ce matériel correspond  au souci du même maître E qui est d’entraîner l’élève en difficulté en lui faisant accepter “la complexité à travers le désordre et la rupture”. Nous serions trop tentés de donner à ce même élève des exercice trop faciles , ce qui serait un leurre, et ne résoudrait pas ses difficultés. Au contraire, en le soumettant au complexe, l’enfant va pouvoir utiliser l’erreur comme tremplin, va reprendre confiance en ses potentialités (”Même ça j’ai réussi à le faire!”). Car c’est trop souvent en voulant simplifier que nous finissons par évincer le sens. Enfin par la démarche, qui suppose l’environnement du groupe, l’enfant va apprendre à accepter le non savoir, l’échec aussi, pour pouvoir le dépasser. Le rôle du maître sera ainsi d’organiser cette nouvelle appropriation du savoir, cela en favorisant la coopération.  
Le choix de la situation-problème, et la mise en oeuvre pédagogique  Le dernier point que je voudrais éclaircir pour ce document est l'idée précise que je peux me faire de cette notion de situation-problème, sur laquelle je vais m'appuyer pour construire  mes séances.
 Une précision tout d'abord : le terme "problème" utilisé ici ne se réduit pas à la situation proposée (énoncé, question...). Il se définit plutôt comme un concept à trois niveaux : situation, élève, environnement. Il n'y a problème que si l'élève perçoit une difficulté : telle situation qui "fait problème" pour tel élève est immédiatement  résolue par tel autre ( et n'est donc pas perçue par ce dernier comme un problème). Il y a donc l'idée d'obstacle à surmonter. Enfin l'environnement est un élément du problème, en particulier les conditions didactiques de la résolution (organisation de la classe, échanges, attentes exprimées ou supposées de l'enseignant. Voir annexe 3 )
 Il convient aussi de différencier les objectifs de l'activité1 de résolution de problèmes
:
 - objectifs d'ordre méthodologiques : en un mot, apprendre à résoudre des problèmes, à chercher. L'objectif est en quelque sorte dans l'activité elle-même.2

 - objectifs d'ordre cognitif : on vise une connaissance (notion, concept...) au travers de l'activité de résolution de problème. On peut encore à cet égard distinguer entre les problèmes qui se situent à la source d'un nouvel apprentissage et ceux qui sont utilisés comme problème de réinvestissement.3
 Le tableau présenté en annexe 4 illustre la démarche utilisée pour aborder une situation-problème.
 Je tiens donc à insister sur l'idée d'obstacle qui me paraît importante. Il est évident que la démarche pédagogique tiendra compte des conceptions envisageables (on n'abordera pas le concept de division avec des CE1) en se posant la question suivante :
quelles sont les conceptions possibles avec les élèves de tel niveau d'enseignement, en rapport avec les niveaux précédents et suivants? Quel type de savoir vise-t-on? (formel, fonctionnel, descriptif ou opératoire?) Mais si les connaissances antérieures sont commodes pour résoudre le problème, il n'y a pas intérêt à mobiliser un nouvel outil. Le choix est souvent difficile : il ne faut pas démobiliser les élèves par une difficulté trop grande, ni donner l'impression "d'enfoncer des portes trop largement ouvertes". Cela a souvent été ma problématique dans le choix de la notion à aborder avec des élèves en difficulté.
 J'ajouterai que j'ai construit mes séances d'après la même grille régulatrice (Voir annexe 5) dans le souci d'une meilleure objectivité. Elle m'aura ainsi aidé dans l'observation de ces séances et dans l'évaluation de ce travail. Les grilles d'évaluation des séances (Voir annexe 6 ) en ce qui concerne le travail de groupe auront elles été construites à fur et à mesure des séances, d'après le fruit de ces observations.

 

4- Présentation des élèves, de la problématique traitée
et du projet de groupe envisagé

 Je travaille cette année sur un réseau d'aides de secteur essentiellement rural. Ce secteur scolaire est également classé ZEP depuis 5 ans, cela du aux résultats des élèves sortant de l'école primaire et arrivant au collège. C'est donc un secteur scolaire particulièrement touché par un fort taux d'échec scolaire. Les difficultés recensées lors des évaluations nationales de CE2 et 6ème qui sont nettement au dessous du niveau national font apparaître clairement de grandes difficultés, surtout en lecture. En outre l'évaluation nationale CE2-6ème montre des carences dans les domaines du traitement de l'information et de la résolution de problèmes mathématiques.
 La proposition d'un travail de prévention...
 Dès mon arrivée j'avais proposé aux collègues des différentes écoles du secteur un travail de prévention portant sur les activités de langage et logico-mathématiques pour l'ensemble des élèves de moyenne et grande section, ainsi qu'une action particulière portant sur la lecture pour les élèves de CP et CE1. Mais cela étant nouveau, je n'ai pas été beaucoup sollicité pour ce travail : j'ai donc surtout eu à prendre en charge, par la procédure classique, des élèves signalés pour des difficultés particulières.
 ... et un suivi d'élèves en difficulté.
 Je n'évoquerai dans le cadre de ce dossier que le suivi de deux groupes, un de cycle 2, et un autre de cycle 3.  Julien, élève de CM1, a été signalé au réseau d'aides pour des difficultés en lecture et en mathématiques. Si l'élève maîtrise parfaitement bien le code grapho-phonétique, en revanche il éprouve de grosses difficultés dans la compréhension de ce qu'il lit. L'épreuve LMC de Khomshy révélera que l'élève a surtout du mal à comprendre les énoncés infèrents, inférence qu'il maîtrise mal, cela étant du en partie à un mauvais traitement des marques anaphoriques. Le projet portera pour lui sur ses difficultés spécifiques en lecture, puis par un travail de groupe avec Jérôme portant sur le vocabulaire mathématique et la lecture des énoncés de problèmes.
 Jérôme, autre élève de CM1 a été signalé pour des difficultés en raisonnement logique. Lors de 2  séances individuelles, j'ai pu avoir une approche du style cognitif de
l'élève. L'épreuve PAMS m'a montré que l'élève utilisait bien la déduction, mais qu'à de nombreuses occasions, il donnait des réponses au hasard. Après avoir élaboré un contrat avec lui je lui ai soumis la proposition de travailler en groupe avec Vincent et Julien, ce qu'il a accepté. Il est à signaler que dans le domaine de la coopération, Jérôme avait apparemment tout à apprendre. Je note ainsi son comportement décrit lors d'une synthèse avec l'enseignant : l'élève amenait son ballon à l'école essentiellement dans le but de créer des conflits entre ses camarades de classe et en être l'arbitre; il décidait lui-même si le ballon pouvait être emprunté, quels étaient les copains qui pouvaient en disposer, et en cas d'une brouille avec l'un d'entre-eux, allait jusqu'à décider de son expulsion du terrain...  Vincent, élève de CE2, a lui été signalé au départ pour des difficultés scolaires globales. Le travail suivi avec lui pendant deux séances m'a surtout révélé de grosses difficultés en lecture. (l'élève maîtrise tout juste le code grapho-phonétique et montre de grandes difficultés de compréhension, surtout lorsqu'il s'agit d'énoncés inférents). Le travail de groupe portant entre autre sur la lecture d'énoncés de problèmes, j'estime que l'élève entre dans ce projet portant sur la résolution de situations problèmes.  Romain, élève de CM1, éprouve des difficultés en mathématique. La résolution de problèmes est un vrai calvaire selon les dire de son instituteur, et il ne donne aucun ses aux opérations.

 Pour le groupe du cycle 2 :

- Stéphanie, à son signalement l'élève éprouvait des difficultés en mathématiques et notamment dans le sens que pouvait donner l'élève aux opérations. Les mathématiques étaient pour elle d'ordre essentiellement mécanique.
- David : difficultés en lecture, en numération et dans la résolution de problèmes. Pris en charge au tout début de l'année dans le cadre d'un autre groupe, l'élève aura surmonté ses difficultés en numération.
- Christopher et Kévin, mis à part quelques difficultés en numération après cent et dans la lecture de quelques nombres, auront été signalés pour un manque d'autonomie et un manque d'initiative. J'ai donc fait à l'enseignante de CE la proposition de les prendre au sein de ce groupe afin de les aider à développer cette autonomie.
 Pour conclure sur ce dispositif pédagogique, j'ajouterai cette remarque importante, car elle rejoint l'idée que les apprentissages ne peuvent être abordés que fortement ancrés au sens. Avec tous ces élèves il aura été construit un projet de groupe, afin de faciliter la remédiation. j'aurai ainsi proposé lors des premières séances des situations où les élèves auront été systématiquement mis en difficulté, cela afin de mieux cerner les problématiques rencontrées, et dans le but de les faire expliciter, les faire verbaliser par les élèves eux-mêmes. Le fruit de ce travail introductif, aura été de créer chez ces élèves des demandes et des attentes. Je trouvais en effet pertinent en créant des situation pédagogiques qui mettaient en évidence des manques, de commencer par répondre aux demandes des élèves, donc à leurs attentes, pour le plus rapidement possible, aboutir aux besoins1.

Le projet pédagogique de groupe

-Objectifs :
-Donner du sens aux opérations
-Comprendre un énoncé de problème
-Résolution de problèmes

- Aider les enfants à construire du sens devant une situation-problème en développant :
- le sens des opérations
- le travail de représentation de cette situation-problème
-en les aidant à construire des systèmes de représentations symboliques qui les aideront
dans la résolution de situations-problèmes.

- Mettre en place différentes stratégies :
-stratégies d'essais-erreurs
-stratégies prospectives : des données pour aller au résultat.
-stratégie rétrospective : remonter des résultats lorsqu'ils sont connus vers les données.

- Développer et consolider :
 -le calcul réfléchi écrit
 -le calcul mental
- Des fiches, jeux et autres activités porteront sur le langage mathématique : enrichissement du
lexique par manipulation sur : les synonymes, les contraires, les mots de la même famille.

 Des constructions diverses, activités manuelles ou autres, auront pour but de bien faire
acquérir aux élèves le concept de situation-problème et les différentes étapes de sa résolution, à
savoir :

-la représentation du but
-la planification du travail
-l'élaboration du travail
-l'évaluation
 Des jeux de raisonnement et de stratégie ponctueront les séances, afin de faciliter la
dynamique de groupe, le conflit intellectuel et la possibilité pour l'élève d'expliciter ses démarches.

Les compétences visées seront :
 . Développer l'attitude à collecter et trier des données.
 . Savoir retrouver une donnée manquante dans un problème.
 . Savoir anticiper un résultat  en donnant un résultat proche.
 . savoir formuler le contexte d'une situation-problème d'après les seules données numériques.
 . savoir formuler une question compte tenu d'une situation mathématique.
 . Savoir inventer des rédactions d'énoncés de problèmes d'après des données numériques.
   

5 - La mise en oeuvre de ce dispositif et son évaluation
Comptes-rendus de séances

 

 Les élèves auront travaillé par séance de 45 mn, à raison de deux séances par semaine. Les modalités d'évaluation ont été les suivantes : une évaluation interne au groupe, visant des compétences propres à la résolution de problème (voir tableaux récapitulatifs ci-contre), mais aussi suivant leur évolution dans le groupe. Et c'est avec l'instituteur que s'est opéré la deuxième phase de cette évaluation. Ce qui m'intéressait avant tout, c'était de savoir si des progrès significatifs avaient été enregistrés dans la classe, à savoir si le transfert des compétences s'était opéré.
 Romain a fait de gros progrès dans le domaine des mathématiques. Les objectifs cités plus haut auront été atteints.
 Jérôme : si l'élève n'a pas montré une évolution positive quant à la résolution de problèmes, son comportement en groupe aura changé. L'élève aura accepté le point de vue des autres, aura su se montrer aidant.
 Julien : c'est un peu le scénario inverse. De gros progrès dans le domaine mathématique, mais ce travail n'aura pas eu de répercussions notoires sur son comportement.
 Enfin Vincent : aucune évolution n'a été enregistrée. Vincent avait à ce moment là
des problèmes familiaux assez difficiles à gérer.
 Pour les élèves du cycle 2 :
Stéphanie et David : l'enseignant aura pu constater une meilleure approche de la notion de problème. les élèves ne plaquent plus la première opération venue afin de trouver la solution. Il y a plus de réflexion, et ont une bonne approche dans la recherche des informations pertinentes.
Christopher et David :  l'enseignant aura souligné plus d'autonomie dans le travail.
Par contre il semble que cela n'aura pas eu de conséquences sur leurs compétences en mathématique.
 Pour finir sur l'évaluation de ce travail, je peux dire que j'aurai opéré ce lien entre interactions entre enfants et apprentissage. En effet, lors d'une séquence (retranscrite plus loin), à partir d'un conflit par exemple qui semblait banal à priori, les élèves et le maître ont pu en résolvant ce conflit d'ordre relationnel, à lever une incohérence qui concernait la résolution d'un problème. C'est en s'appuyant sur la capacité des élèves au dialogue réel et à leur façon d'argumenter, que l'incohérence de la solution proposée aura pu être levée et la production finale ainsi modifiée. Et c'est la démarche même du travail de groupe qui induit ces comportements, ainsi que la  relation maître élève, et des processus significatifs comme la décentration, l'acceptation des approches différentes constitutives des représentations mentales.

 

6- Bilan et perspectives de ce travail
pour le maître E

 

L'apport de ce travail pour un professionnel de l'AIS
 En ayant choisi ce thème de mémoire et l'ayant travaillé tout au long de cette année scolaire, je suis en mesure de mieux apprécier ces apports qui sont riches et nombreux :
 
- Il m'aura donné un certain recul par rapport au travail que je mène au sein du réseau d'aides, par le fait qu'il m'aura donné conscience qu'en étant en situation recherche, seul un travail de théorisation pouvait justifier les choix pédagogiques que je pouvais opérer avec des élèves en difficulté. Ce  cadre de démarche de théorisation, indispensable pour le maître E, me donne le sentiment d'avoir mieux cerner le rôle de ce dernier, qui est avant tout de travailler le sens des apprentissages, en faisant expliciter les démarches, les stratégies de l'élève (élève = sujet cognitif).
- J'aurai ainsi pris conscience que des processus spécifiques au travail de groupe sont mis en jeu. Le maître E peut ainsi s'appuyer sur ces processus pour faire progresser les élèves, et bâtir une relation toute autre avec les élèves. (voir relations maître élève dans annexe 8) Il est clairement posé le statut de l'erreur. Cette dernière est mieux acceptée en petit groupe. Le fait de pouvoir en parler peut dédramatiser la situation d'échec.
- Enfin, je pense pouvoir affirmé d'avoir eu ce sentiment d'avoir relié théorie et convictions personnelles, afin de faire le choix d'une pédagogie proche des enfants en difficulté (le travail en réseau facilite la constitution de groupes d'apprentissage.)
- Par contre, je crois que j'aurai pu affiner la méthode d'évaluation de ce travail, en proposant une méthode plus rigoureuse quant au suivi séance par séance des répercussions du travail mené par les enfants sur leurs compétences respectives dans le domaine mathématique. J'avoue que le  concept n'était pas facile à traduire. Ce travail pourra ainsi avoir une suite.
 

Une vigilance quant à certaines dérives du travail de groupe
 L'aide pédagogique ne peut être une situation impositive questions réponses, où le maître, l'élève est amené à déduire. Les interactions dans ce type de situation n'ont aucun caractère pédagogique. Tout se passe comme si l'élève était contingent par rapport au projet du maître. Il faut en effet AMENER la bonne réponse. Car si l'expérience montre que si la question collective vise la mobilisation de tous les élèves, elle n'atteint pas son but car finalement aucun élève ne se sent concerné et elle débouche sur l'énervement du maître face au manque de réactions. Combien de séances sont encore construites  sur le simple objectif d'essayer de faire deviner par les élèves ce que l'enseignant veut leur faire dire? Basées sur ce simple objectif, l'apprentissage n'a guère plus de sens. Cela pose problème pour l'élève en difficulté dont il faut en outre développer aussi certains comportements comme l'autonomie. En effet l'enfant qui réussit disait B. Charlot est "celui qui écoute la leçon" alors que les autres "écoutent la maîtresse". Démarche totalement opposée, car dans le second cas, l'enfant attend tout de l'adulte, attend la réponse. Il est compréhensible que le style de séance impositive ne leur favorise pas l'entrée dans les apprentissages. Tandis que dans la situation de travail de groupe, ce sont les élèves qui sont les acteurs de leur propre démarche, aidés en cela par le fait que le projet d'apprentissage a été négocié au préalable, partagé.

 Mais si je fais ici l'apologie du travail de groupe, je n'oublie en aucune manière ses inconvénients, ses limites et mêmes ses dérives.  . - imposer à chaque séance un travail de groupe peut à la longue enfermer l'élève dans une impasse, à savoir qu'il s'agit de la seule façon d'apprendre. Il faut savoir aussi respecter les demandes d'isolement, de travail individuel. Pour consolider  tell ou tel concept abordé, il sera possible d'envisager un contrat de travail individuel avec les élèves, cela afin de faciliter la phase de maîtrise et celle de transfert. (voir les grilles de construction des séances relatées.) On peut faire en sorte de ne pas tenir compte du travail personnel de l'élève. Il sera intéressant aussi lors de séances de définir le "projet individuel" de celui-ci".
- Ces situations d'apprentissage ne se retrouvent pas forcément dans le cadre de la classe (il faudra donc de temps en temps individualiser) . Or il serait bien tentant de faire illusion aux enfants que la seule façon d'apprendre serait au travers de ce "groupe cocon", où des relations dans le groupe plus fusionnelles pourraient prendre forme. L'objectif premier du maître E est tout de même rappelons-le, le transfert des compétences de l'enfant au sein même de son groupe classe.

 

7- Conclusion

-Créer des liens?
- Bien sûr dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petit garçons.
 Et je n'ai pas besoin de toi.
Et tu n'as pas besoin de moi non plus...
Mais si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre.
 Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde...
... L'autre nous est  précieux dans la mesure où il nous est dissemblable.
Antoine de St Exupéry

 Le choix du travail de groupe comme démarche pédagogique, en mettant en avant son aspect coopératif, et en pensant que les interactions dans le groupe pouvaient aider les élèves dans la résolution de leurs problématiques d'apprentissage, faisait partie de mes convictions de départ. Convictions très fortes qui  guidaient mes pratiques de classe; j'ai pu faire cette année la démonstration de ce que je pouvais affirmer au départ, à savoir que le travail de groupe peut s'avérer une alternative sérieuse pour la remédiation pédagogique, bien qu'elle n'ait pas été à la hauteur de ce que je pouvais espérer, et aussi possédant toutes les limites que cela suppose lorsqu'on est amené à faire un choix pédagogique.
 C'est parce que des égaux ont des réactions différentes, des repères autres, des associations d'idées auxquelles nous n'aurions pas pensé, que l'on met à distance ses évidences et ses croyances dans un enseignement "à chemin unique". C'est tout ce qui sépare en apparence les enfants qui en réalité les fait progresser. Il faut évidemment  que ces différences soient admises, qu'elles aient le droit de s'exprimer. Une pédagogie pratiquée aujourd'hui, basée sur "travailler ensemble et enrichissons nous mutuellement" a un avenir certain dans un système éducatif qui tend à éradiquer les classes-ghettos et l'échec scolaire. C'est l'atout majeur à mon avis aujourd'hui de l'enseignement spécialisé et des maîtres qui la pratiquent.

mis en page, broché et expédié le 16/05/1997

 

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