L'imaginaire

Le réel et la réalité

La loi

La cognition : conceptualisation et catégorisation

Emotion, relation, affect

Le langage et sa structure métalinguistique

Vers le symbolique

Mathesis ou le langage de la loi

loi et sens : cognitif et symbolique

 

II - Du côté du cognitif et du symbolique


Dans un type d'aide comme dans l'autre, malgré les enjeux différents en ce qui concerne l'élève (aider un élève à apprendre, aider un enfant à devenir élève), il s'agit de permettre le déploiement effectif et efficace de la dimension cognitive dans l'ensemble de la vie mentale et psychique de l'enfant. On ne saurait parvenir à un tel objectif sans se soucier de réinscrire les enjeux cognitifs dans un contexte plus vaste, celui sans lequel 1a cognition demeure privée de sens. La moindre "remédiation cognitive" ne conduit pas loin si de bout en bout elle ne réinscrit pas l'activité cognitive dans le registre propre de l'humain : le symbolique. Cela requiert un effort d'explicitation théorique du rapport entre cognitif et symbolique, à la croisée de la vie "mentale" et de la vie "psychique".
Il est commode ici de s'installer au départ, quitte à la réaménager en cours de route dans la topique lacanienne, celle qui distingue imaginaire, réel et symbolique  
L 'imaginaire
Si  l'imagination  (la  faculté de  construire des "représentations") appartient à la vie "mentale", l’imaginaire, quant à lui, ressortit à l'élaboration psychique primaire des pulsions (elles-mêmes de nature primitivement organique). Dans ce registre, les représentations (mentales) ne peuvent être dissociées de la relation d'objet (KLEIN, 1932 SPITZ, 1958) à partir de laquelle se construit le moi comme détermination et organisation narcissique du sujet (processus nécessaire pour qu'émerge l'auto-représentation et la réflexivité du sujet "pensant" ou "réfléchissant" : le moi comme sujet imaginaire n’est pas qu’un leurre !). Dès lors que les élaborations imaginaires (les phantasmes) vont être investies comme signifiantes (ce qui relève de l'activité symbolique), c'est l'ensemble de la vie imaginaire qui va devenir susceptible d'élaboration secondaire (élaboration symbolique de l'imaginaire reconstruit de manière récurrente signifiant).  
Le réel et la réalité
Si l'activité symbolique n'investissait que l'imaginaire, elle serait inévitablement délirante (comme c'est le cas dans les psychoses ou dans leurs formes atténuées), puisqu'aucun principe de rationalisation n'interviendrait plus. Or ce principe, le symbolique comme instance du signifiant, autrement dit interprétante, ne saurait le trouver en soi-même : il doit se constituer comme son autre (l'autre du symbolique, le non-symbolique). Ce principe, pour fonder un rapport possible à un monde possible, doit en effet représenter une instance tierce, ni imaginaire, ni symbolique. Autrement dit le principe de raison repose sur un principe de réalité: il y a du non-moi, comme ce qui "n'est pas seulement posé comme existant par le sujet, mais peut être retrouvé (wiedergefunden) à la place où il peut s'en saisir" (LACAN, 1954, Ecrits, p. 389). Cependant ce qui est ainsi défini comme "la réalité", en ce qu'elle a pour corrélat la consistance du signifié et non pas sa simple subordination au signifiant, n'est pas ce qui intéresse Lacan : la logique et les concepts sont pour lui totalement de nature rhétorique et syntaxique, plus généralement langagière. Or la réalité est le corrélat de l'activité cognitive, en premier lieu perceptive (connaissance sensible) mais surtout rationnelle (logico-conc eptuelle)  la réalité "objective" est construite par le sujet dans une visée d'adéquation avec la réalité comme réalité. La réalité est donc à la fois ce qui est et ce qui est construit par le sujet, étant admis que ce qui est n'est pas précisément ce qui est construit, mais que néanmoins ce qui est construit a à voir avec la réalité "telle qu'elle est".
Pour Lacan l'horizon de la mort (pulsion ou désir de mort) et la folie nous renseignent plus radicalement que ne le fait l'activité connaissante rationnelle et "normale", sur la vérité de l'existence humaine. C'est pourquoi c'est beaucoup plus "le réel" que "la réalité" qui lui importe.

Réservons donc au réel d'être la figure du manque (op. cit., 1957, p. 439), "le domaine de ce qui subsiste hors de la symbolisation", "bruit où l'on peut tout entendre, et prêt à submerger de ses éclats ce que le "principe de réalité" y construit sous le nom de monde extérieur" (op. cit.,1954, p. 388). Le réel est ce qui est extérieur au sujet ("expulsion primaire") et lui résiste, cette résistance étant l'image inversée de la "résistance sans transfert" du sujet. Lacan privilégie à cet égard l'expression "dans le réel" pour signifier ce qui advient dans l'extériorité du sujet (mais produit par lui), par opposition à ce qui advient "dans le symbolique" donc humainement saisissable parce que signifiant. L'absence de frontière entre le réel et l'imaginaire, dès lors que le symbolique est forclos, est patent dans l'hallucination (ibid. p. 389). De même l'aliénation du sujet (le sujet extérieur à soi) se manifeste-t-elle dans le "passage à l'acte" dans le réel. Ces deux exemples indiquent que le registre du réel est celui de l'en-deça de la parole, aussi bien "dans" le sujet que rejeté hors de lui.

La réalité au contraire est le réel pris dans le symbolique et donc construit dans et par le langage, mais non pas construit comme langage : il y a de la réalité dans la mesure où il y a du signifié, quelque chose qui s'oppose au signifiant (et cela, même si l'on en fait en fin de compte aussi du signifiant), qui soit l'autre du signifiant ; si en effet il n'y avait que du signifiant, non seulement le signifiant ne signifierait rien (pour Lacan le réel est ce "rien a partir de quoi il y a quelque chose que l'on va appeler la réalité) mais de ce fait le signifiant comme système de différences (le langage) serait impossible : il faut de la différence pour qu'il y ait de la différence ; autrement dit, pour qu'il y ait de la différence dans le signifiant, il faut non seulement qu'il y ait de la différence dans le langage entre signifiant et signifié (ce qui relativise la primauté du signifiant) mais en dernière instance de la différence entre langage et non-langage. Or le non-langage ne se ramène pas seulement au néant du réel et de la mort, il se ramène aussi (de manière certes moins pathétique) à la réalité et à sa structure intelligible, laquelle ne renvoie pas à une rhétorique et à une syntaxe mais à une logique : le signifié à la fois est pris dans les mailles (rhétoriques, langagières) du signifiant, et lui échappe parce que relevant d'un ordre qui lui est propre, celui de la logique de la logique (nécessité de l'ordre des raisons) et de la logique de la réalité (nécessité immanente). On parle de principe de réalité parce que la réalité fonctionne comme un principe (quelque chose qui "commande") elle est l'effectivité d'un logos qui est raison et non langage. Il n'y aurait pas de langage et personne ne pourrait même devenir fou s'il n'y avait pas de différence entre raison et langage. Par opposition au signifiant linguistique institué par convention, la réalité est non-arbitraire (elle est nécessaire ou procède de la nécessité) et c'est secondairement qu'elle est désignée comme signifiante ; de ce fait, elle ne saurait signifier "arbitrairement", mais seulement en fonction de ce qu'elle "est" : c'est la définition même du symbolique comme ordre d'un rapport au monde de part en part signifiant, mais tel que l'on ne peut jamais faire signifier (arbitrairement) n'importe quoi à n'importe quoi, comme c'est le cas pour le signe linguistique. Le lieu de la symbolisation est par excellence le lieu des figures de rhétorique et en premier lieu de la métaphore, de la métasignification (à ce qu'un signifiant signifie -au signifié - on fait à son tour signifier quelque chose d'autre, mais non sans rapport avec la signification première ; on peut ainsi passer d'une signification "objective" à une signification "subjective") Ainsi, tout n'est pas langage, mais de tout il peut être parlé et par la parole toute la réalité peut être faite signe ou symbole : à la fois il y a du référent, parce qu'il y a un "monde", à la fois il y a du non-monde (le langage) et à la fois enfin ce que le langage fait du monde : il le fait parler, et c'est le symbolique. Le langage fait parler le réel en même temps qu'il l'éprouve dans sa différence. En le faisant parler, il fait advenir le symbolique ; en l'éprouvant dans sa différence, il le fait advenir comme réalité dont la loi propre n'est pas celle du langage : le langage est capable d'énoncer une loi qui n'est pas la sienne. Si en effet tout était langage, si le signifiant ne faisait que se signifier soi-même, il n'y aurait littéralement rien à dire que le dire du dire, et donc pas de langage du tout (il ne peut pas y avoir que du métalangage). Face au primat de l'organisation du signifiant (au primat de la syntaxe à la lettre), il y a la cohérence logique de la réalité comme l'autre du signifiant, et non pas comme "effet" (effet de sens) au même titre que le signifié ; celui-ci n'est pas qu'un effet de l'organisation signifiante mais un effet du jeu de sa différence avec l'ordre de son autre (l'ordre de la réalité). L'instance de la nécessité interne (logique), comme principe de la réalité, résiste à l'instance du symbolique qu'elle structure selon son mode propre qui ne coïncide pas avec le mode linguistique. C'est même parce que l'ordre symbolique, comme ordre d'un rapport au réel qui fait entrer celui-ci dans le signifiant, n'est pas structuré seulement sur le mode linguistique, que le réel peut se constituer comme réalité, comme l'autre du langage, et peut par suite entrer dans le symbolique sans pour autant se confondre avec l'ordre du langage ni s'y réduire. Par analogie avec le vivant, l'ordre symbolique comme ordre humain par excellence tient dans la double hélice de l'ordre du langage et de l'ordre de la logique. La condition humaine tient dans le jeu de leur différence. Ce jeu est au cœur de tout apprentissage, de toute entrée dans la réalité de toute édification ou éducation.

Ainsi le réel, construit comme réalité par le double mouvement du langage et de la pensée (logique) , est-il aussi ce à partir de quoi l'imaginaire et le symbolique ne vont pas se confondre, et donc le registre tiers à partir duquel le symbolique comme tel va pouvoir se déployer.

Ce qui est caractéristique de la réalité (que PIAGET, en 1937, appelle le « réel ») c'est sa permanence pour le sujet, sa cohérence interne (dont il suffit dans un premier temps qu'elle soit postulée), c'est à dire le fait qu'elle "obéit" à un principe de nécessité interne irréductible à un lien conventionnel tel que celui établi entre signifiant et signifié dans le langage.

Que la réalité existe comme conforme à un principe de nécessité interne est ce à partir de quoi l'opposition entre moi (sujet) et non-moi (objet) est possible, même si cette opposition, comme les autres oppositions inhérentes à la vie psychique (par exemple entre désir et réalité, entre moi et pulsions etc.), traverse et "divise" ou "clive" le sujet (LA MONNERAYE, 1991), celui-ci, comme être-au-monde, n'étant nullement un "pur" sujet mais un sujet assujetti. Si tel n'était pas le cas, si la réalité, et pas seulement le réel (chacun dans son registre propre), ne résistaient pas au moi ,le non-moi serait une pure production du moi, donc l'imaginaire d'un imaginaire, invalidant du même coup l'opposition entre l'imaginaire et le réel (cf. les exemples du délire et de l'hallucination).
Ce principe de nécessité interne à la réalité est ainsi ce à partir de quoi il n'y a pas que de l'arbitraire, même signifiant. La réalité est donc ce qui peut être construit par le sujet comme présentant un caractère rationnel  et intelligible (c'est ce que postulait de manière réaliste ou idéaliste la vieille métaphysique), autrement dit saisissable sous une loi (la loi est le principe nécessaire auquel obéit le réel pour être et demeurer comme réalité et par suite pour être saisissable comme telle par un sujet). C'est cette construction qui relève de l'activité cognitive proprement dite. Lorsque "la réalité" se dérobe à toute cohérence et ne semble plus obéir à aucune loi, elle n'apparaît plus comme "réelle", sinon comme peut apparaître réel le contenu d'un cauchemar.  

            La loi

La loi est à envisager ici dans toute la richesse de ses acceptions. Elle est tout aussi bien loi physique que loi mathématique , loi qui détermine des rapports entre des choses en devenir que loi de composition interne qui détermine formellement le contenu d'un concept ; par exemple le caractère irréversible des événements (si X a eu lieu, il ne peut pas ne pas avoir eu lieu et toute la suite lui est subordonnée) ou encore (KANT, 1768-1787) le paradoxe des objets symétriques (non superposables dans le plan) établissent le caractère non imaginaire de l'espace et du temps (qui ne sont cependant pas des "choses" mais la forme de toutes choses). Ces formes, comme principes organisateurs de la réalité, donnent forme à la nécessité et de ce fait s'imposent a priori comme principe d'intelligibilité.
Les acceptions physiques et mathématiques de la loi sont gouvernées en dernière instance par un principe universel de nécessité logique :  X étant posé, X ne peut pas ne pas être X. Si le principe d'identité est de nature tautologique, c'est que la tautologie désigne en fait et paradoxalement l'altérité radicale de l'objet posé par le jugement, par opposition au sujet qui pose : il y a quelque chose comme du non-moi ; il y a de la différence (en posant que X est X, je me pose comme non X pour qui il y a X). Dès lors que l'identité (X est X) et la non-contradiction (X ne peut-être à la fois X et non X) apparaissent comme loi de la réalité, ils deviennent légitimement loi pour le sujet, et de ce fait le moi peut être là comme non-monde, comme distinct du monde, inscrivant cependant la loi au principe de son rapport cognitif à la réalité, qu'il construit dans des jugements qui reposent sur l'archétype du "tiers exclu" : X est soit P soit non P (toute proposition tierce est exclue, sauf si l'on conteste factuellement que non P soit non P…). A partir de là, le monde peut devenir intelligible, et il le devient de plus en plus pour le sujet à mesure que celui-ci déploie concrètement son activité connaissante.
Le principe du tiers exclu est une transition fondamentale pour envisager la loi comme corrélât de l'existence d'autrui (J est soit P soit non P de E, le reste est folie). La loi est en effet aussi ce qui oblige et interdit, dans la sphère des relations entre sujets. On connaît le caractère symboliquement fondateur des interdits (HERITIER, 1994), et en premier lieu de l'interdit de l'inceste (LEVI-STRAUSS, 1947): celui-ci oblige ( spatialement ) à l'exogamie ; il interdit (temporellement) la confusion des générations : il permet d'avoir des relations et une histoire et par conséquent d'exister en tant que sujet. Pour que l'interdit fonctionne, autrement dit que de la différence symbolique advienne, on notera qu'il doit être respecté réellement : le fonctionnement symbolique (celui qui signifie) suppose le fonctionnement réel (celui qui est signifié comme signifiant), c'est pourquoi l'idée que l'interdit devrait être respecté "seulement symboliquement" est absurde (de même l'idée que "le père symbolique suffit" etc.). La forclusion de la réalité entraîne l'enfermement dans la dualité imaginaire - symbolique, et par suite dans le délire interprétatif.

L'interdit de l'inceste n'est pas une institution arbitraire ou une convention contingente (comme les langues ou les us et coutumes), mais une institution originaire et fondatrice, non seulement instituée mais instituante, et de ce fait nécessaire, aussi nécessaire dans son ordre que le principe d'identité logique, puisque nécessaire pour fonder l'identité subjective (qui n'est certes pas une identité statiquement logique mais une identité "dialectique", divisée, celle d'un sujet vivant, en devenir, donc susceptible de contradiction : seul le sujet peut délirer, pas la réalité). L'institution de l'interdit est nécessaire (quelles que soient les variations culturelles qu'elle peut revêtir) parce qu'elle est la condition de possibilité de l'humain en général, autrement dit de la culture et de l'ordre symbolique tout entier (celui-là même qui est intériorisé de manière singulière, propre à chacun en fonction de son histoire personnelle, comme registre psychique). On voit donc que c'est son caractère de nécessité interne qui définit à tous égards la loi. En cela il faut la distinguer de la règle qui n'est que la monnaie de la loi, sa traduction contingente. Par exemple la loi veut qu'il soit nécessaire de rouler soit à gauche soit à droite ; la règle est de rouler à droite ici, à gauche de l'autre côté de la Manche. Les lois du langage (existence d'un système phonologique, double articulation etc.) sont les mêmes partout (CHOMSKY, 1972); les règles des langues (les grammaires) varient de l'une à l'autre, etc.

Il est donc capital de comprendre que la loi, quel que soit son domaine de définition, constitue un principe universel d'intelligibilité immanent à la réalité, sous lequel la réalité se donne comme donnée, autrement dit s'impose comme réelle pour moi.
La loi est donc pensable nécessairement à la fois comme principe auquel "obéit" la réalité et comme principe auquel obéit le sujet non seulement pour penser la réalité mais pour vivre "réellement" (de manière ni végétative ni délirante). En tant qu'elle subsume (recouvre, englobe, tient sous soi) à la fois le pensant (le sujet) et le pensé (la réalité), la loi est ce à quoi obéit aussi bien l'intellect (le sujet cognitif) que l'intelligible (le monde comme pouvant être objet de compréhension et de connaissance). La loi est ce sans quoi il ne pourrait y avoir ni sujet, ni monde, ni rapport sujet-monde, ni relation sujet-sujet. Elle est "ce qu'il y a de plus commun".   

        La cognition  conceptualisation et catégorisation

Il convient donc de considérer la loi comme principe d'intelligibilité non seulement dans son rapport avec la réalité mais, de ce fait même, dans la sphère cognitive elle-même.

On sait que l'activité cognitive est celle qui consiste pour un cerveau capable d'apprentissage (en nous limitant ici à l'homme) à "traiter de l'information" (codage neuronal, mise en réseau, cf. CHANGEUX, 1983): mentalement, une telle activité revient à analyser des contenus, à les synthétiser dans des schèmes, à les mémoriser, à les exploiter en inventant des procédures de résolution de problèmes (une résolution ou procédure réussie étant à son tour une synthèse et une synthèse mémorisée un schème). C'est pourquoi on comprend toujours à partir de ce qu'on a déjà compris - "on" désignant aussi les élèves...
Au delà de l'activité sensorielle, l'activité cognitive commence dès le niveau des perceptions et des représentations (lesquelles schématisent des synthèses perceptives) et se poursuit avec les "résolutions de problèmes" sensori-moteurs (cf. les schèmes piagétiens), mais ce qui nous importe ici davantage, c'est la conceptualisation, qui n'est en aucune façon envisageable sans un substrat langagier et culturel interactif (cf. VYGOTSKY, 1934  BRUNER, 1983) occasionnant un codage neuronal multidimensionnel (en premier lieu neurolinguistique) du contenu conceptuel. Le concept étant la "loi de composition interne" d'un objet (cet objet pouvant être plus "concret", comme "chaise", ou plus "abstrait", comme "siège".), la construction de cette "loi" implique analyse et identification d'un ensemble suffisant d'éléments pertinents (ce qui permet déjà de comprendre qu'il existe une infinité de niveaux de conceptualisation et qu'il n'y a pas "le" concept de tel objet). ensuite (mais ce ensuite n'est pas à prendre dans un sens chronologique) ce sont les rapports déterminés entre les éléments, propriétés ou attributs, qui doivent être construits et définis. En fin de compte c'est la synthèse déterminée de ces rapports déterminés (un système de rapports) qui donne son contenu au concept. Il ne suffit pas d'inventorier un ensemble d'attributs et de signaler qu'il y a entre eux inter-relation (BARTH, 1987 et 1993) pour qu'il y ait concept, mais il faut passer à l'identification du "contenu formel" des rapports entre chaque élément ou attribut et tous les autres (par exemple l'élément A est situé à la fois "sur" et "perpendiculairement à" l'élément B Ou bien E "implique" F. Ou bien encore D "est la cause de" G etc.). Ce qui est donc déterminant dans l'activité conceptuelle, c'est l'activité "catégoriale", c'est à dire la conception et la mise en œuvre de métaconcepts ou "concepts-outils" ou encore concepts de rapports : les "catégories" (CASSIRER, 1953). La catégorisation passe par la désignation (verbale) d'une opération  cognitive abstraite de ses contenus et plus ou moins clairement et distinctement identifiée (ce qui suppose une importante activité réflexive et réfléchissante : c'est réflexivement et "en réfléchissant" que 1’on  comprend" ; le codage verbal est loin de suffire). Lorsque les opérations elles-mêmes commencent à s'appliquer les unes  aux  autres (construisant de complexes structures métaconceptuelles) on accède à la pensée formelle (de ce point de vue, un énoncé du genre : "Il a dit que demain n'arrivera jamais" est déjà très abstrait il peut être cependant à la portée d'un enfant de cinq ans).
Ces quelques indications suggèrent que l'activité cognitive et les difficultés qu'elle peut rencontrer ne sauraient être "traitées" en les isolant. La cognition n'est pas un moteur que l'on pourrait réparer. C'est pourquoi il importe tellement de se garder de tout modèle mécaniste et fonctionnaliste pour se la représenter (ou plutôt pour la concevoir). Surtout, il importe de se rappeler son caractère "historique", compte tenu que l'activité cognitive est coextensive non seulement à un développement organique mais à une histoire subjective (l'histoire du rapport et de la relation du sujet à soi et à son monde, autrement dit la culture du sujet).  

Emotion, relation, affect

D'un point de vue psycho-physiologique, rappelons en passant que toute activité d'un sujet et en particulier l'activité cognitive, s'accompagne constamment d'une activité émotionnelle mineure ou majeure qui contribue de manière déterminante à l'inhiber ou à la stimuler. Aussi bien les émotions peuvent-elles trouver leur source (stimulus) à l'extérieur du sujet, aussi bien elles peuvent la trouver dans l'activité cognitive elle-même, dès lors que celle-ci est génératrice soit de plaisir et de satisfaction, soit de douleur et de souffrance (ou des deux en même temps). C'est pourquoi les conditions de sécurité émotionnelle (ce qui ne signifie pas neutralité émotionnelle) dans lesquelles les enfants effectuent leurs apprentissages jouent un grand rôle dans leur développement et se répercutent dans leur histoire. Chez certains élèves, les situations d'apprentissage (par exemple être interrogé, aller au tableau, avoir oublié, avoir le sentiment de ne rien comprendre ou que ça va trop vite etc.) sont tellement génératrices de stress ou d'angoisse qu'elles correspondent à de véritables traumatismes psychiques. Si apprendre devient un cauchemar, mieux vaut passer pour stupide et trouver refuge dans la classe de perfectionnement (tant qu'elle existe).
Notons également pour mémoire l'importance des médiateurs humains (la littérature récente abonde sur "les bébés entre eux", les "interactions cognitives" et les "conflits sociocognitifs" en tous genres), médiateurs enfants mais surtout adultes (VYGOTSKY, BRUNER, déjà cités). A cet égard, le développement des approches cognitivistes ne doit pas faire oublier les dimensions relationnelle et affective (identification, projection, transfert) sans lesquelles il n'y a pas d'investissement psychique dans l'activité cognitive, en premier lieu langagière, et sans lesquelles on ne pourrait même pas parler de registre symbolique - mais qui ne constituent pas l'objet de la présente étude.  

Le langage et sa structure métalinguistique

Pour faire faire un pas de plus au cognitif en direction du symbolique, ce qu'il importe maintenant de souligner, c'est ce qui achève de déterminer l'activité cognitive comme proprement humaine: ce n'est pas seulement sa dimension conceptuelle (qui la définit de manière immanente), c'est son caractère signifiant. L'activité cognitive en tant que telle, comme toute activité proprement humaine appartenant et faisant appartenir au monde (en particulier l'activité d'apprendre, de travailler...), comme tout événement contribuant à permettre au sujet de s'appréhender comme réel (et pas seulement comme moi imaginaire), requiert d'avoir un sens. Non seulement les contenus des apprentissages doivent avoir une signification et un sens pour l'enfant, mais, bien plus, l'acte d'apprendre doit également avoir un sens pour lui. Tout cela ne va pas sans parole ni sans langage.

En tant qu'instrument du sens, le langage n'est pas vraiment un "instrument" (BENVENISTE, 1958). En tant que médium de son rapport à soi, de sa pensée, de son rapport au monde, de sa communication et de sa relation avec autrui, donc en tant que médium "total", le langage est bien plutôt coextensif à la structure du sujet. Il est permis d'affirmer que le sujet (et pas seulement l'inconscient) est structuré comme le langage lorsque l'on s'avise que le langage est structuré comme le sujet.
Ce que les linguistes identifient comme "fonction métalinguistique" (JAKOBSON, 1963) ou comme "illocutoire"(2) (AUSTIN, 1962 ; SEARLE, 1979) représente en effet l'équivalent linguistique de la structure spontanément réflexive du sujet, celui-ci se construisant à son tour réflexivement sur le modèle de la structure réflexive du langage. La communication et les interactions langagières entre des sujets ne sont génératrices de subjectivité que dans la mesure où le médium lui-même (le langage) est vecteur de réflexivité, ce qui suppose qu'il fonctionne lui-même sur un mode structurellement réflexif (seul, bien sûr, le sujet vivant est "réfléchissant", au sens où c'est seulement dans un sujet vivant que la réflexivité est consciente de soi et s'exerce en acte, s'exprimant dans des formules telles que : "laisse-moi réfléchir !" ou "je trouve que..." ou "je n'y arrive pas", "je n'y comprends rien", "j'ai trouvé !", etc.).

Ainsi par exemple, pour illustrer le caractère réflexif de la langue et du langage en général, celui qui danse ne fait que danser (même si la danse est symbolique, il n'y a pas de "métadanse") mais celui qui dit "je parle" fait déjà quelque chose (l'action de parler) alors qu'il ne fait que le dire ("acte de parole", "quand dire, c'est faire"). De même il y a un mot (le signifiant "danse") qui désigne l'action (réelle) de danser, laquelle se distingue du signifié du mot (ce que j'en comprends : sa "signification"): en tout état de cause, la danse n'est pas un mot. En revanche il y a un mot (signifiant) qui désigne "ce qu'est un mot" (signifié), mais le mot "mot" n'a pas d'autre référent que son signifié. Le langage a donc bien une composante autoréférentielle qui le caractérise comme réflexif. C'est ainsi que le mot "je" désigne simultanément le sujet parlant (l'énonciateur) et le sujet de la phrase : le sujet se désigne ainsi comme sujet-parlant, sujet (auteur) de la phrase et sujet dans la phrase. C'est ce qui se passe sans cesse lorsque le locuteur s'introduit lui-même ou introduit un autre locuteur possible (tu, il) dans l'énoncé. De manière générale, tout peut être convoqué par un sujet dans un énoncé, et cet énoncé est lui-même compris dans le tout (le langage se "comprend" donc lui-même). En revanche il faudra bien que le danseur parle pour dire et qu'il danse et ce qu'est pour lui la danse. Ce n'est pas en dansant qu'il le pourra. C'est ainsi que le jeune animal joue, mais que l'enfant dit qu'il joue.

Il n'est pas moins vrai d'autre part que la construction du signifiant arbitraire à l'aide d'unités non signifiantes (phonèmes ou graphèmes : unités de seconde articulation, cf. MARTINET, 1965) rend possible la production indéfinie de nouveaux signifiants donc de nouveaux actes de signification et par suite de nouveaux signifiés qui actualisent le caractère ouvert et historique du langage comme produisant et en même temps cristallisant le rapport au monde et à eux-mêmes des sujets. Bien plus, l'acte de signification indique que le sujet parlant ne se contente pas d'enchaîner des unités signifiantes pour leur faire signifier ce qu'elles sont supposées signifier, mais bien pour leur faire signifier ce que luii veut leur faire signifier : son intention de signification (cf. CARON, 1983). Dans un contexte donné, et en tant qu'acte d'un locuteur, la première articulation (signifiant signifié) est toujours un objet intentionnel, une émanation du sujet. Ainsi la double  articulation du langage est non seulement ce qui rend techniquement possible l'intentionnalité des énoncés (de leur signification) ; elle définit en outre le langage comme un système ouvert, fonctionnant sur le mode intentionnel. Le sujet qui parle fait parler le langage en lui faisant dire ce qu'il dit comme étant ce qu'il dit : le langage, dans le sujet, finit par être indiscernable du sujet lui-même (cf. la notion de langage intérieur chez VYGOTSKY), bien que la possibilité de parler repose tout entière sur le jeu qui existe entre langue et parole, entre signifié (relativement indépendant du sujet) et signification (acte de signifier).
Ce qui vient d'être mis en évidence suggère que le langage envisagé dans sa dimension métalinguistique est le médium par excellence de toute aide : il suffit souvent de mettre en jeu cette dimension dans de la parole autour de ce qui est en question dans l'aide pour que l'enfant construise son rapport cognitif et symbolique à l'objet.

Vers le symbolique

Nous venons de voir que la signification est l'acte d'articuler intentionnellement signifiant et signifié (le rapport signifiant - signifié n'étant par conséquent pas fixé une fois pour toutes et subissant le destin de son usage)(3)

Le sens, quant à lui, introduit une donnée encore plus complexe : d'une part la signification elle-même est finalisée (elle s inscrit dans une visée intentionnelle d'ordre supérieur) et d'autre part la réalité elle-même est spontanément investie comme signifiante par le signifiant : "le ciel est rouge, ça veut dire qu'il fera beau demain".. .(l'intentionnalité signifiante tend à recouvrir la réalité : si la réalité est signifiante, c'est dans la mesure où elle est signifiée comme signifiante par un énoncé (une parole). Si tel est le cas, c'est que le signifié est "réel" (est attribué à la réalité), ce qui est une autre manière de dire que la réalité a ou reçoit un "sens"

L'acte de signification se développe donc dans plusieurs directions étroitement reliées : à un premier degré, il articule signifiant (arbitraire) et signifié, et c'est ainsi que l'on parlera couramment de la "signification" d'un mot (ou d'un énoncé) pour désigner le signifié. Chaque locuteur, réalisant chaque fois cet acte de signification de manière intentionnelle, contribue à modifier si peu que ce soit l'articulation signifiant-signifié et, partant, la valeur des mots.

A un second degré, l'acte de signifier (c'est ici qu'il devient proprement symbolique) articule quelque chose du monde qui se présente comme réel et qui est investi comme signifiant, avec également du réel qui est quant à lui investi comme signifié. L'acte de signifier introduit l'articulation signifiant-signifié dans la réalité elle-même et l'élève à la hauteur d'un "événement": elle devient intentionnellement signifiante. D'où l'expression "cela veut dire ....... a propos d'un nuage à l'horizon etc. D'où la symbolique des formes, des couleurs etc. Le sujet-interprète se présente alors comme le "greffier" ou le "porte-voix" de la réalité (cf. l'idée de "personne d'univers" de MOIGNET, 1981, in CERVONI, 1987, à propos de "il" dans "il y a", "il pleut" etc.) : le fait que le rapport symbolique, c'est-à-dire l'articulation du réel et du sens, ne puisse pas être conçu comme institué purement arbitrairement mais comme s'imposant à quelque degré à partir des choses même dès lors qu'elles sont dites, est une autre manière de dire que la réalité n'est pas décomposable en unité non signifiantes, n'est pas une "institution" comme l'est le langage. En revanche, tout (c'est le nom du dieu Pan) fait signe. Mais seul un sujet peut dire, en parlant avec des mots, que ceci ou cela signifie et ce que ceci ou cela signifie. Il n'y a pas de métasymbolique, ou plus exactement c'est le langage lui-même qui est le métasymbolique.

A un troisième degré intervient la reconnaissance qu'il y a du signifié réel et pas simplement du réel signifié. Autrement dit l'intention de signification, qui semblait œuvrer exclusivement dans les registres linguistique et symbolique, en investissant le réel sans pour autant le réduire à un effet de langage, fait advenir le signifié dans le réel et comme réel : cela implique l'entrée du sujet dans la réalité (la réalité ne se réduit pas à "la réalité extérieure") et revient à envisager la relation sujet-monde comme devant être à la fois réelle, intentionnelle et signifiante. C'est ainsi que l'on passe de l'ordre de la signification à l'ordre du sens, lequel met en jeu l’orientation du rapport sujet-monde comme non seulement pouvant être signifiée (dans un discours) mais comme devant être réellement signifiante : comme ayant un "sens". Il y a sens lorsque l'être-au-monde est vécu comme intelligible et signifiant mais également finalisé, autrement dit lorsque l'ordre du signifiant et la réalité se sont mutuellement recouverts, sans réduction mutuelle.

Le registre symbolique est alors celui dans lequel s'édifie subjectivement le rapport sujet - autrui - monde ; au cours de cette construction, la réalité se construit en entrant dans l'ordre du signifiant, et pour cela dans l'ordre du langage  en le "faisant parler", le symbolique commence par soumettre le réel à sa propre "loi" (celle du signifiant). Le langage apparaît alors à lui seul comme univers métasymbolique englobant qui peut subsumer toutes choses dans les registres du symbolique, du réel - et de l'imaginaire : il suffit en effet de dire pour faire coexister tout avec tout. C'est ce que nous appellerons la "fonction", mais aussi la "force symbolique" du langage, dans la mesure où celui-ci permet de faire "symboliser" toutes choses entre elles (cf. LEIBNIZ, Monadologie, 1714), même les mots avec les choses, les choses avec les concepts, les concepts avec les images, les images avec les mots... C'est ce qui permet de dire que "la terre est bleue comme une orange" (ELUARD, L'amour 1a poésie, VII).
C'est aussi ce qui permet de penser. Penser va impliquer la mise en activité de la cognition pour donner et trouver un caractère intelligible (logique) au réel pris dans le symbolique, d'une part dans la dimension du signifié et d'autre part dans la dimension du signifiant. En parlant logiquement (et non poétiquement) la pensée va pouvoir chercher et attribuer une intelligibilité à la symbolisation généralisée que permet le langage. Ce qui revient à dire que le signifiant, pour être signifiant va devoir être structuré et donc obéir à la loi comme principe d'intelligibilité interne du réel signifié.  

Mathesis ou le langage de la loi

Le règne du langage "naturel" est ouvert, intentionnel et polysémique  il est loin de n'être que logique, même s'il est (grammaticalement) bien "réglé". Ce règne, inscrit dans l'ordre symbolique, apparaîtrait absolu et sans partage si en son cœur même ne réapparaissait sous la forme de l'entreprise logico-mathématique de "caractéristique universelle" (mathesis universalis, cf.LEIBNIZ, De arte combinatoria, 1666, etc.), autrement dit de langage "dur", de langage univoque, le langage de la nécessité interne, donc de la loi munie de la raison de la loi (son caractère strictement défini), donc en dernière instance de la réalité qui par ce renversement se retrouve faisant la loi dans l'ordre symbolique même. Polysémie et rhétorique sont révoqués du langage mathématique. Il en va de même de l'intentionnalité signifiante : il n'y a pas d'autre "sujet" des mathématiques que le sujet universel et formel qui dit "on".

Que la logique et les mathématiques soient possibles, et par suite tout langage et tout discours "scientifique" fait comprendre, dans l'ordre symbolique lui-même (l'ordre de la donation de sens), la non-réduction de la réalité au symbolique, autrement dit la non-réduction de la nécessité au sens (non plus que du sens à la nécessité) la nécessité n'a pas de sens en soi. En énonçant l'ordre (nécessaire) des choses (le principe de raison ou de réalité), elle rend simplement possible la réalité comme réalité, condition pour que cette réalité puisse avoir ou recevoir un sens. La loi apparaît donc comme la condition de possibilité du sens. En ceci réside, si l'on veut, le sens de la loi... mais cela, on ne peut pas le dire à partir de la nécessité mais seulement à partir du sens, c'est-à-dire comme une interprétation. Ce que l'on peut dire en revanche en terme de compréhension, c'est que l'activité cognitive comme construction du contenu intelligible de la loi (mais non de son sens") est nécessaire à l'ensemble de l'activité symbolique et linguistique qu'elle structure.  

loi et sens : cognitif et symbolique

Observons d'abord qu'entre l'ordre du cognitif, qui est l'ordre de la compréhension rationnelle et du savoir, et l'ordre du symbolique, qui est l'ordre de l'interprétation et du sens, il y a conflit potentiel. Il y a à tout moment conflit possible, pour la conscience subjective comme pour la culture humaine, entre d'une part comprendre rationnellement la réalité (qui se construit comme monde), et d'autre part l'interpréter comme signifiante (autrement dit lui donner un sens). Lequel commande l'autre, lequel "fait la loi" à l'autre ? Ce conflit se retrouve dans l'opposition subjective (interne au sujet) entre cognition et symbolisation (la symbolisation ne se réduisant pas à produire du signifiant mais à convoquer ou invoquer le réel comme signifiant). On voit pourquoi élucider l'articulation entre cognitif et symbolique est nécessaire pour comprendre ce qui se joue dans l'apprentissage, celui-ci n'étant pas autre chose que le processus de construction du rapport d'un sujet à son monde  la construction d'une culture. Ce rapport sujet-monde requiert la conciliation de la loi et du sens, de la cognition et de l'interprétation. Si l'acte de donner sens n'est jamais réductible à un principe de raison immanente et nécessitante, néanmoins le contenu de l'interprétation doit nécessairement dans sa forme se soumettre à la cognition, sauf à voir se dissoudre la possibilité même de "donner sens

C'est donc à partir de l'opposition de la loi et du sens que l'opposition et l'articulation du cogni tif et du symbolique peuvent être envisagée : - comprendre, d'un point de vue cognitif, signifie construire conceptuellement une loi de composition interne (ce qui va occasionner la production d'algorithmes et de règles, étant entendu que la forme des énoncés n'est pas à confondre avec la structure logico-conceptuelle de leurs contenus) ; - "comprendre", d'un point de vue linguistique, signifie attribuer une signification à un énoncé (valeur sémantique, à partir de l'analyse de données syntaxiques et lexicales) ; - comprendre, d'un point de vue symbolique, signifie attribuer un sens à quelque chose (valeur existentielle). Un concept se comprend  stricto sensu. Une signification est plutôt objet d’interprétation (d'où l'importance à accorder à l'herméneutique ou science de l'interprétation" pour penser le langage et le rapport du sujet au langage et à tout ce qu'il interprète au moyen du langage). Un sens, enfin, comme signification de la réalité et dans la réalité, demande tout autant à être interprété : non seulement tout ce que dit quelqu'un demande à être interprété, mais également tout ce qu'il fait (ses actions) et de manière générale tout ce qui est de l'ordre de l'événement. A cet égard une révolution, par exemple, est un événement, tandis qu'une éruption volcanique n'est qu'un phénomène. L'événement a un sens, tandis que le phénomène a une explication (c'est pourquoi on ne devrait pas pouvoir enseigner l'histoire comme on enseigne la physique). L'explication se comprend en se construisant rationnellement (dans le registre cognitif) ; le sens, nécessairement pluriel parce qu'ouvert, se scrute, s'élabore dans une construction cognitivo-symbolique qui engage le sujet. Il y a des explications "objectives" ; il n'y a d'interprétation que subjective, parce qu'intentionnelle - ce qui ne signifie pas "fausse" ! La signification enfin, comme acte d'articuler signifiant et signifié, dans la mesure où elle peut avoir pour objet soit des "explications », soit du sens, soit enfin elle-même, demeure le lieu, le médium dans lequel s'actualise et s'inscrit dans le sujet son rapport au monde, à autrui et à soi. 


  (2)
La valeur illocutoire d'un acte de parole indique que non seulement le sujet a produit un énoncé (locutoire), que non seulement l'énoncé a produit un effet non linguistique (perlocutoire), mais que ce qui est signifié par l'énoncé est réalisé par l'énonciation elle-même. Si je dis  "je promets", l'acte de promettre est réalisé par le fait de le dire. Mais aussi, si je dis : "fais-le ! »   l'emploi de l'impératif fait de l'acte de le dire l'acte effectif de donner un ordre. Si je dis "il écrit", écrire est un acte, mais le dire est aussi un acte. La valeur illocutoire de ce qui n'est qu'un simple "constatif" vient du fait que "en le disant" je fais le constat qu'il écrit, ce qui s'explicite dans le "performatif" : "je constate (je dis, je vois etc.) qu'il écrit". D'où l’affirmation que le langage est structurellement réflexif (son caractère "métalinguistique" ne constitue pas une propriété parmi d'autres).

  (3) C'est ainsi que la valeur des unités linguistiques signifiantes (SAUSSURE, 1915) est établie dans la langue à partir de l'acte de signifier qui détermine génétiquement leur usage, lequel en détermine à son tour la valeur.

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