Sommaire
Introduction
1. le RASED
1.1 Fonctionnement
1.2 Rôle du maître E
2.Premières rencontres avec l’élève
en difficulté
2.1 Le premier entretien
2.2 La discussion approfondie
3. Comprendre les difficultés
3.1 Le projet de lecteur
3.2 Comportement de l’apprenti lecteur
3.3 Compétence narrative
Conclusion
Après avoir travaillé pendant plusieurs années
dans des classes de perfectionnement ou d’adaptation, j’exerce actuellement
la fonction de maîtresse E au sein d’un Réseau d’Aides Spécialisées
aux Elèves en difficulté.
Durant ces années de pratique dans l’AIS, j’ai rencontré
de nombreux élèves au bord du chemin du « savoir-lire
» ou ne sachant comment s’y engager.
Accompagner l’enfant vers l’appropriation de l’écrit, le mettre
dans les conditions les plus favorables est une tâche complexe qui
incombe à plusieurs partenaires. Le maître reste le garant
des apprentissages. Lorsque malgré une pédagogie individualisée,
un élève ne parvient pas à surmonter ses difficultés,
le Rased peut être sollicité.
Les difficultés d’entrée dans l’écrit ne relèvent
pas toujours du même type d’aide. Une étude attentive de la
situation par des rencontres avec le maître, l’enfant et les parents
est nécessaire pour parvenir à une indication d’aide.
Ce travail fait part de mes observations et de mes pratiques durant
la phase d’investigations auprès d’élèves de C.P qui
s’engagent difficilement dans l’apprentissage du lire-écrire.
Ces premières rencontres avec l’enfant sont essentielles
afin d’apporter les éléments jugés nécessaires
à une décision. Elles peuvent permettre également
de comprendre quels sont les obstacles auxquels il se heurte, comment il
vit et se représente son apprentissage afin de mieux l’aider à
entrer dans une dynamique d’apprentissage de la lecture.
La lecture n’est pas simplement la maîtrise d’une technique. Elle implique l’être dans sa totalité et lui demande des compétences d’ordre cognitif, linguistiques et psychologiques importantes. L’acte de lire est un acte complexe et il l’est d’autant plus qu’il fait l’objet d’enjeux vitaux pour l’enfant, sa famille, l’institution et la société toute entière. Ainsi parmi toutes les difficultés scolaires rencontrées, les difficultés d’apprentissage de la lecture apparaissent les plus fondamentales.Introduction
1. Le RASED
1.1- Fonctionnement
« L’école qui accueille tous les enfants doit
permettre à chacun d’entre eux de tirer le meilleur profit de sa
scolarité. Adapter l’action pédagogique et le fonctionnement
de l’institution scolaire aux caractéristiques des élèves,
notamment de ceux qui éprouvent des difficultés particulières
dans l’acquisition et la maîtrise des apprentissages fondamentaux,
s’impose comme une nécessité et un devoir. »
La circulaire de 1990 qui met en place les réseaux d’aides spécialisées
aux élèves en difficulté pose le cadre de l’aide apportée
par l’école. « L’aide spécialisée n’est requise
que lorsqu’une réponse pédagogique suffisamment efficiente
n’a pu être apportée. »
Le RASED intervient à la demande du maître, du conseil
de cycle ( la famille ayant été informée et ayant
donné son accord). Actuellement de plus en plus de parents sollicitent
directement le réseau. Parfois, des enfants expriment eux-mêmes
une demande d’aide.
Chaque demande est étudiée lors d’une première
synthèse avec les membres du Réseau. Une première
hypothèse est alors élaborée. Dans bon nombre de situations,
un membre de Réseau rencontre l’enfant afin de recueillir
les éléments jugés nécessaires à une
décision.
Lors d’une seconde synthèse l’étude de ces éléments
détermine la réponse. Il arrive que plusieurs synthèses
et autres entretiens avec parents, maître et enfant soient nécessaires
avant de parvenir à une décision. Parmi les réponses
possibles, pas d’aide, élaboration d’un projet personnalisé
en classe, aide extérieure, aide à l’école, une aide
spécialisée à dominante pédagogique assurée
par le maître E peut être proposée.
1.2 -Rôle du maître E
La circulaire de 1990 définit les objectifs de son
action : « améliorer la capacité de l’élève
à dépasser ses difficultés, maîtriser ses méthodes
et techniques de travail, prendre conscience de ses progrès en suscitant
l’expérience de la réussite ».
L’aide à dominante pédagogique peut être proposée
à l’élève qui a envie d’être aidé, est
conscient de ses difficultés d’apprentissage, peut en parler et
s’y confronter. Les premiers entretiens avec l’enfant sont donc essentiels
afin de recueillir le plus justement possible ces éléments
et de garantir une indication d’aide la plus adaptée qui soit.
2.- premières rencontres avec l’élève en difficulté
Je rapporte ici ces premiers entretiens avec des élèves
de C.P, signalés par leur maître durant cette année
scolaire. Ces élèves, malgré l’aide apportée
au sein de la classe, ne s’engageaient pas dans l’apprentissage de la lecture.
Ils ne montraient que peu d’intérêt, avaient une attitude
passive. Certains étaient décrits comme étant rêveurs,
endormis pendant les activités de lecture alors qu’ils pouvaient
être actifs par ailleurs. Pour un enfant en particulier, le maître
décrivait une attitude de panique face à toute situation
de découverte d’un écrit nouveau.
Après étude de la demande avec les autres membres du
Réseau, une aide E était envisagée. J’ai donc rencontré
les enfants individuellement afin de pouvoir confirmer ou infirmer cette
indication d’aide.
2.1- Le premier entretien avec l’enfant
Selon Yves de la Monneraye, l’entretien, qu’il soit avec l’élève
en difficulté, le maître ou les parents doit être considéré
comme préalable à autre chose. Il est lui-même un acte
qui va avoir son efficience propre. Dès son premier contact avec
l’interlocuteur, le membre de Réseau est en position d’aidant et
la forme essentielle de l’aide à autrui est d’être d’abord
en position d’écoutant. C’est lui proposer une écoute réelle
de façon à l’inviter à prendre une décision.
Lors du premier entretien avec l’enfant, il y a d’abord à lui
expliquer en quoi il est l’objet d’une demande. C’est le premier acte qui
peut lui permettre de devenir sujet.
Ainsi, je rapporte à l’enfant l’inquiétude du maître
à son égard, ses propos et je l’invite à confirmer
ou infirmer cet avis. La première chose à voir, à
entendre, c’est si l’enfant parle facilement de ses difficultés
ce qui est souvent le cas dès la première rencontre : «
En
maternelle, c’était moins dur ! ». « C’est dur au C.P
». « Je sais pas trop lire » « Je comprends pas
les fiches en lecture ». La difficulté est douloureusement
perçue: « Ma copine, elle sait lire et pas moi. »
Les autres sont mis en cause : « J’écoute pas bien parce
que y’en a qui rigolent à côté ». Ils expriment
leur désir d’apprendre à lire mais ils n’y arrivent pas.
D’autres enfants sont mal à l’aise, restent muets ou murmurent un
« Je sais pas ».
Nous parlons également de sa vie d’écolier, d’élève.
Lors du second entretien, je leur rapporte souvent leurs propos. Il
découvrent alors comment leurs paroles ont été
entendues; certains expriment leur satisfaction.
Une fois que j’ai expliqué à l’enfant de quelle demande
il était l’objet, que nous avons fait connaissance, la question
est de savoir s’il a besoin d’aide et, si oui de quelle aide.
« La meilleure façon de traiter l’indication est non
pas de remettre l’enfant en position d’objet, objet d’investigations nouvelles,
mais d’emblée d’entrer avec lui en conversation de sujet à
sujet » écrit de la Monneraye.
2.2- La discussion approfondie
Après ce premier entretien, l’enfant est souvent plus
détendu, s’exprime davantage.
Cette première rencontre peut l’avoir aidé à
se distancier de ses difficultés pour avoir pu en parler. Sartre
a écrit : « Quelqu’un qui peut dire comme il est ému,
n’est plus ému de la même manière qu’il l’était
quand il ne pouvait pas le dire. »
Durant cet entretien, l’enfant va confirmer (ou non) sa difficulté.
Je vais lui proposer de
travailler sur sa difficulté à lire, de parler lecture,
de se confronter ensemble à une situation
de lecture. Certains enfants sont à l’aise dans ce genre d’approche.
Ils parleront
volontiers, essaieront de lire, d’expliquer quelle démarche
ils ont mis en œuvre. Ces enfants pourront bénéficié
positivement d’une aide à dominante pédagogique.
Par contre, d’autres enfants sont mal à l’aise dans cette situation,
la refusent même. Je rapporte ici le cas d’Antoine qui ne semblait
mettre aucun sens à son statut d’élève de C.P. Chaque
réponse à mes interrogations n’était qu’un «
Je sais pas ».Il ne put me signifier verbalement son refus de s’engager
dans une situation de lecture mais son attitude me montrait qu’il n’était
pas en mesure de s’y investir ; il ne portait aucun regard vers les écrits
que je pouvais lui proposer (étiquettes-mots, étiquettes-phrases)
; il s’interdit même de toucher à un livre que je lui présentais.
Je reparlais de cet enfant en synthèse. Après entretien avec
les parents et lui-même, une aide extérieure fut proposée.
Je souhaite évoquer également le cas de Catherine qui
fut très à l’aise dès la première rencontre.
Elle me parla facilement de l’école, exprima ses difficultés
dans l’apprentissage de la lecture malgré son envie de lire. Mais
dès que je lui proposai une situation de lecture, elle se montra
gênée et retarda le moment de s’engager réellement
dans la découverte de l’écrit en invoquant de multiples raisons.
Lors d' une seconde rencontre, elle refusa de lire et d’écrire.
Elle me signifia très explicitement qu’elle aimerait bien être
aidée en lecture mais qu’elle ne savait pas trop pourquoi elle n’avait
pas envie. Après discussion en synthèse, je passais alors
le relais au rééducateur.
Il est donc essentiel de s’assurer lors de ces premiers entretiens
que l’enfant conscient de ses difficultés, peut en parler
et s’y confronter.
Je propose donc à l’enfant de parler lecture, de se confronter
à plusieurs situations d’écrits, d’essayer d’expliciter comment
il s’y prend. Régulièrement , je lui demande s’il a envie
d’aller plus loin. Ce moment doit me permettre également de comprendre
comment l’enfant vit et se représente l’apprentissage de la lecture,
quels sont les obstacles auxquels il se heurte ?
Quand cela est possible, j’utilise, en partie, des situations inspirées
d’un outil d’évaluation des difficultés de l’apprenti lecteur
( Médial)
3.Comprendre les difficultés
L’enfant qui apprend à lire acquiert progressivement des savoirs et des savoir-faire qu’il doit intégrer en une compétence globale. Il doit les relier les uns aux autres. Un facteur essentiel de cette intégration se trouve dans les représentations des fonctions de la lecture et de son apprentissage que l’enfant a pu, va ou est en train de se construire.3.1- Le projet de lecteur
Lire c’est construire du sens grâce à un traitement approprié de l’écriture. Il est avant tout essentiel de s’assurer que l’enfant a pris conscience que l’écrit signifie quelque chose.3.2-Comportement de l’apprenti lecteur
« Alors qu’on continue de penser qu’il est plus facile de lire un mot qu’un texte, il est plus facile de lire un texte qu’un mot même quand on commence ». Darrault évoque ici la compétence narrative qui pour lui est un point fondamental pour la construction de la compétence du vrai lecteur.3.3 La compétence narrative
Conclusion
En rapportant mes observations et mes pratiques de maître
E lors de la phase d’investigation auprès d’enfants en difficulté
dans l’apprentissage de la lecture, je souhaitais
- d’une part, présenter le travail du membre de Réseau
en particulier avec l’élève en amont de la prise en charge.
Avant cette rencontre avec l’enfant, l’entretien avec le maître
demandeur est tout aussi important : il s’agit d’écouter ce que
le maître a à dire de cet élève qui est en difficulté,
de ce pourquoi il demande une aide, de savoir quel investissement lui semble
possible dans un éventuel contrat d’aide...
Après les investigations auprès de l’enfant, il
est nécessaire de rencontrer les parents afin de leur demander s’ils
donnent ou s’ils refusent leur autorisation pour l’aide proposée
en s’assurant que cette autorisation ou ce refus soient donnés autant
que faire ce peut en connaissance de cause. Cela signifie qu’il faut leur
expliquer comment nous travaillons. En tant que maître E je leur
demande s’ils sont d’accords pour que leur fils ou fille soit aidé
à comprendre comment il fonctionne intellectuellement.
Lorsque la décision d’aide est prise, je rencontre à
nouveau le maître afin d’élaborer avec lui le projet d’aide.
- d’autre part, présenter une pratique d’évaluation diagnostique
des élèves en difficulté dans l’apprentissage de la
lecture.
L’évaluation de la classe ne retient le plus souvent qu’un aspect
du savoir-lire ; elle permet de constater la difficulté mais n’est
pas suffisante pour réfléchir à la manière
d’aider l’élève.
C’est par une meilleure connaissance des obstacles auxquels l’enfant
se heurte lors de son entrée dans l’écrit, par la compréhension
de la façon dont il chemine, vit et se représente l’apprentissage
de la lecture qu’il sera possible :
Emmanuelle Porhial-Verrière
Maître E travaillant en réseau