Pour conclure
L'intelligence est, à propos et de la réalité et du symbolique, compréhension de la loi. C'est à partir de l’opération de subsomption (de subsumer) des "choses", des significations, du sens et des règles (du symbolique dans son ensemble) sous de la loi, dans des énoncés bien formés, que se construit le corrélât entre sujet connaissant, sujet apprenant, et objet, d’une manière qui garantit la non-confusion entre le moi et le monde. La réalité se construit donc, par la médiation du langage, comme objectivation de la loi (réalisation de la loi dans des objets construits), et cette construction est structurante de l'ordre symbolique lui-même. C'est la raison pour laquelle travailler directement sur et dans l'activité cognitive n'aura pas de sens si le contexte symbolique défaille ou fait défaut. C'est à partir d'un "postulat" de sens que peut être posé et étayé un "postulat" de rationalité. Alors une suffisante "confiance" dans la réalité permet de "libérer" l'activité cognitive qui peut alors non seulement se soumettre à la loi mais faire son entrée dans la loi, c'est-à-dire s'engager dans un processus d'exploration et de découverte de la "raison interne" (du caractère intelligible en raison de sa nécessité interne) de la loi. L'activité cognitive, dans son contexte symbolique, petit alors être comprise comme activité de construction des savoirs , la nécessité interne apparaissant, non de ce que l'on "sait", mais de ce que l'on comprend ce que l'on sait.
L'activité cognitive ne se développe pas à côté de l'activité symbolique. Elle est ce par quoi se construit l'intelligibilité de l'univers symbolique lui-même. Comprendre "comment ça marche" et comprendre "pourquoi et pour quoi c'est là" sont deux démarches irréductiblement différentes, mais qui doivent continuellement s'appliquer l'une à l'autre : c'est leur opposition irréductible qui introduit irréductiblement de la différence dans le rapport au monde ; de la sorte, ce rapport ne peut pas être unilatéralement rationnel et nécessaire, au point que le sujet n'aurait pas d'autre place que celle (nulle) d'un "on" ; mais ce même rapport ne petit pas davantage être unilatéralement "a-rationnel", privé de raison et néanmoins (suppose-t-on) être tout-signifiant : le sujet, cette fois-ci, sombrerait comme le capitaine Achab dans le naufrage du réel.
La cognition se saisit du registre du sens pour en construire la cohérence interne, l'ordre qui le fait "tenir debout", sans que jamais soit abolie la dynamique du sens qui vise l'au-delà de l'ordre immanent, de la pure légalité de la loi. C'est cette entreprise que l'enseignant spécialisé a pour vocation d'aider chez l'élève en difficulté.
Philippe CORMIER
Responsable du Centre de Formation pour l'Adaptation et l'intégration Scolaires de l'IUFM de Nantes