Marie-Christine est institutrice spécialisée E dans un RASED de Nouvelle Calédonie, dans le village de Poindimié, côte-Est de la grande terre

[...] Chacun peut utiliser le principe tout en gardant sa personnalité d'enseignant, son feeling. A partir du principe de création d'un lieu imaginaire, les orientations peuvent être complètement différentes. Je l'ai utilisée juste pour parler, améliorer ses capacités à s'exprimer, donner son point de vue et pour le faire valoir, argumenter. Je l'ai utilisée aussi juste pour apprendre à lire, les mots globaux sont pris dans le vocabulaire du début de la création. On peut l'utiliser à des fins d'expression écrite. Mais je pense qu'elle travaille surtout la démarche de projet et a le mérite de faire quelque chose jusqu'au bout avec le sentiment d'avoir beaucoup avancé. La démarche de création permet l'épanouissement etc... Cette liberté de pratique semble être un atout et permet à chacun de faire une adaptation adéquate à son public."(Courrier du 5.10.2000)

Idée de départ

Témoignage de pratique :
Concernant des prises en charge d'enfants à partir de signalements qui parlent de : "pas de motivation"" aucun investissement""n'entrent pas dans les apprentissages scolaires".
Où et quand ?
Depuis 4 ans, nous tentons avec une autre collègue de travailler avec ces enfants à partir de la simulation globale (une expérience menée à l'origine pour des enfants non-francophones).
Cette expérience a été menée en classe de perfectionnement, en regroupement d'adaptation RASED à Poindimié. Nouvelle Calédonie.
  Pourquoi ?  
J'ai envie de vous en parler car le côté bénéfique de cette pratique nous surprend à chaque fois (un peu comme l'ordinateur dans le livre de Daniel Calin). A chaque fois, nous avons constaté que les enfants s'investissaient plus en classe, et  même dans plusieurs cas ont appris à lire.
Description

C'est une pratique tirée dans les grands principes de la simulation globale (FLE) mais sans faire de jeux de rôles.
Le principe est très simple :
Il s'agit pour un petit groupe restreint d'inventer une tribu (pour nous en Calédonie), un village, un quartier, un bâtiment etc.
En aucun cas, l'enfant ne sera amené à parler de sa vie privée (tous les noms les situations sont fictives seul, le cadre est réel)
La création est totale dans le sens où les enfants devront trouver :

1. à l'oral : (en s'aidant du dessin pour travailler de manière individuelle)

     - trouver un lieu et placer le village sur une carte réelle
     -décrire le village de manière de plus en plus fine (séries de propositions de dessins commentés à l'oral, retravaillés et redessinés jusqu'à l'obtention d'un grand dessin représentant le village comportant tous les éléments de chacun)
    -inventer les personnes (chaque enfant invente une famille, composition, âge, etc...)
    -chaque famille aura une maison, un appartement ou une case etc..
    - le village aura des structures communes proposées par chacun (terrain de foot, piscine, maison commune etc...)
     -la langue pratiquée par les gens du village, de la famille etc...
     -réfléchir aussi sur la faune, la flore etc.;;;
     -imaginer enfin différentes histoires (partant des relations des gens du village) par exemple, deux voisins jouent aux boules et...

2. Écrire (Création d'un livre "le village de ... " "la tribu de ..." le quartier de...") ce qui est décidé après consensus

Postulat et hypothèse de travail
L'enfant en difficulté est un enfant qui n'arrive pas à jouer son rôle d'élève donc il faut qu'il puisse confronter ses propres réalités à celles des autres afin de mettre du sens à ses activités et de sentir que son identité lui permet d'entrer dans les apprentissages scolaires.
Dans le cadre de la prévention prendre en compte ces réalités peut éviter quelques fois certains blocages notamment en lecture.
Fondement théorique

1.Modalité pédagogique : utilisation du groupe restreint (5 à 6 maximum)
2.sur le plan cognitif :  la nécessité de parler provient du conflit socio-cognitif par la confrontation des points de vue sur ce qu'est l'enfant, d'où il vient, de ce qu'il connaît de son environnement
3.sur le plan psychologique : se situer dans un espace transitionnel; l'enfant est obligé de se situer dans un espace de transition pour parler de ce qu'il connaît, c'est à dire qu'il doit prendre du recul pour exprimer ses richesses (Winnicott - Jeux et réalités)

Le maître joue le rôle d'animateur, de médiateur en posant des questions qui provoquent la confrontation des points de vue. Il amène du vocabulaire, des référents par l'introduction de contes (référentiel de contes)

 

Durée du projet : 2 mois et plus

Sur le plan individuel : chaque enfant travaille sur différents thèmes, à l'oral (discussions), à l'écrit (écriture et description de la famille qu'il aura inventée)(sur ordinateur c'est mieux), en lecture (apprentissage à partir du livre de la tribu, du village ou du quartier, et à partir des contes)
Expression écrite : chacun peut écrire un livre racontant différentes histoires qui se passe dans la tribu.

Notre conclusion
Le fait simplement d'inventer un village (une tribu ou un quartier), une famille et ses relations permet à l'enfant de parler de choses qu'il connaît et de s'en servir pour discuter avec ses pairs, pour apprendre à lire, à écrire.
Partir du vécu de l'enfant ne veut pas forcément dire qu"il parle de sa vie privée, mais de ce qu'il connaît pour comprendre d'où il vient, où il vit en confrontant sa vision à celles des autres.
Constatations        
Je constate à chaque fois que durant ces séances, les enfants deviennent très actifs, s'expriment beaucoup, les discussions sont souvent passionnantes quand il s'agit de se mettre d'accord pour la taille du terrain du foot par exemple.
Ce matin, un élève signalé comme non-lecteur a demandé de lire aux autres le résumé que nous venions d'écrire (résumé de ce qu'ils venaient d'inventer pour rajouter au livre de la tribu).
Bibliographie

"Simulations globales (mode d'emploi)" : M. YAICHE Alain Hachette Education
 "Jeu et réalité - L'espace Potentiel" ( Winnicott) Éditions Gallimard (Connaissance de l'inconscient)
"L'enfant à l'ordinateur" Hélène GARRE, Daniel CALIN chez l'Harmattan
cette présentation est une adaptation tout à fait personnelle, et elle s'éloigne un peu de la simulation globale telle qu'elle a été décrite dans l'ouvrage de M.YAICHE.

Liens sur le net
Pour savoir ce qu'est la simulation globale
Historique, objectifs, canevas pour la simulation globale

"Je joins un dessin d'un enfant de CM1 (premier dessin de la tribu de Sicozizou) où on peut voir qu'il y a rarement plusieurs maisons (cases) (La case ressemble bien d'ailleurs aux cases de notre région de Poindimié) Le toit en paille, la flèche faîtière sur le sommet (représente le clan coutumier), les chambranles de chaque côté de la porte qui représentent les gardiens (protecteurs). Sur l'arbre on peut voir suspendue une roussette (chauve-souris calédonienne) qui est chassée pour être mangée (plat traditionnel Kanak : le bougna aux roussettes), le cocotier, les cascades. Tout ceci reprend bien l'environnement traditionnel que l'on trouve en tribu." Marie.Christine CAZALY. (Courrier du 14.10.2000)


Dessin de Benjamin . CM 1

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